Samedi 10 juin 2006
Cette semaine, la presse a fait (très discrètement) état de ce que la décision de relaxe de JC Trichet dans l'affaire dite "des comptes du Lyonnais" avait été cassée sur pourvoi de la partie civile, l'obstiné Alain Geniteau.

Je ne reviendrai pas sur le fait que cette décision sera en toute hypothèse sans conséquence sur la situation pénale de l'intéressé. Par la grâce du parquet qui, contrairement à toutes les pratiques dans ce genre d'affaires, n'a pas cru bon de faire appel de la décision de relaxe du tribunal correctionnel de Paris en 2003, M. Trichet restera définitivement relaxé même s'il devait être déclaré coupable des infractions dont on l'accuse par la cour d'appel de renvoi... Cette situation, incompréhensible pour tout un chacun, ne fait que confirmer l'opinion de la plupart des observateurs qui ont considéré cette procédure comme une caricature de procédure judiciaire au cours de laquelle le parquet, voire le tribunal et la cour d'appel, ont paru avoir pour objectif essentiel de préserver les chances de M. Trichet à la BCE... Les mauvais esprits comme moi (et d'autres) se contenteront d'observer qu'en France, en 2006, cette affaire relative à des faits remontant au début des années 1990 est donc toujours loin d'être définitivement jugée et restera en tout état de cause une affaire "tronquée" des responsabilités de certains, alors qu'aux Etats-Unis, la procédure "Enron" est en train de s'achever à peine 5 ans après les faits ... Et il n'est pas besoin d'insister sur la disproportion des sanctions prononcées en France (au maximum 18 mois de prison avec sursis prononcées en France - sans parler des relaxes telles que celles de M. Trichet) au regard du scandale qu'a représenté l'affaire du Crédit Lyonnais (environ 150 Mds de francs "envolés" et dans une large mesure financés par le contribuable)... Rappelons qu'aux Etats-Unis, les responsables d'Enron encourent entre 165 et 189 ans de prison et qu'il y a fort à parier que la peine prononcée conduise les intéressés à un fort long séjour à l'ombre du pénitencier...

Il reste que cette mise en cause (au moins au plan symbolique) de la responsabilité de M. Trichet me semble (enfin) venir infirmer les déclarations de M. Trichet à la barre du tribunal correctionnel, qui s'était courageusement défaussé de ses responsabilités de directeur du Trésor sur ses collaborateurs en indiquant notamment aux juges qu'il n'était pas responsable du contenu des notes préparées par ses bureaux et qu'il se contentait de les signer... Néanmoins, le simple fait que cette "revendication d'irresponsabilité" ait pu être admise par le tribunal et les médias (indépendamment de sa faible crédibilité pour quiconque connait le fonctionnement de la direction du Trésor à l'époque de M. Trichet) me semble malheureusement révélateur de l'ambiance d'irresponsabilité générale existant chez les "élites" françaises qui, souvent, trouvent normal de bénéficier des privilèges de leurs fonctions mais s'indignent à l'idée qu'on puisse venir leur demander des comptes sur leur action...

En attendant, M. Trichet peut-il rester président de la BCE alors que sa responsabilité personnelle se trouve à nouveau (potentiellement) engagée dans l'un des plus grands scandale financier français ? Il est vrai que M. Chirac pourra sans doute l'amnistier par mesure individuelle...
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Vendredi 9 juin 2006
Le programme socialiste nous confirme donc le projet de "renationaliser" EDF en cas de retour au pouvoir, pour un coût (actuel) d'environ 10 mds d'euros... Mon intention n'est pas de discuter du fond de cette mesure ni du fond du programme socialiste (je ne saurais dire mieux que M. Le Boucher sur ce point). En revanche, j'avoue être impressionné par les incongruités de la proposition quant elle indique que "l'Etat ne dépensera pas un euro" pour cette renationalisation dont le coût serait assumé par EDF elle-même et la Caisse des dépôts et Consignation :
- Sur le "raisonnement" économique, dans la mesure où ces deux entreprises appartiennent à l'Etat, toute dépense de ces entreprises constitue évidemment une dépense indirecte de l'Etat (qui, dans le meilleur des cas, devra supporter une moindre remontée de dividendes).
- En ce qui concerne la participation de la Caisse des dépôts et consignations, cette proposition - qui ignore totalement l'indépendance de la Caisse - démontre simplement que les socialistes n'ont pas évolués depuis 1989, date à laquelle on la faisait piteusement participer à la tentative de renationalisation de la Société Générale...
- En ce qui concerne la participation d'EDF elle-même, il faudrait peut-être que quelqu'un dise à M. Hollande - ou à sa compagne - que, depuis la loi du 9 août 2004 EDF n'est plus un EPIC mais une SA "régie par les lois applicables aux sociétés anonymes (article 24) et notamment aux dispositions de l'article L 242-6 du code de commerce. Or, je ne vois pas où se situerait l'intérêt social d'EDF-SA dans le fait de financer sa propre renationalisation ; au contraire, il est ouvertement indiqué que la participation de l'entreprise n'aurait pour objet que d'éviter cette dépense à l'Etat... tout ceci me paraît relever de l'abus de biens sociaux, étant observé que bien évidemment, l'intérêt de la filiale (EDF) ne se confond pas avec celui de sa "société mère" (l'Etat), même si cette dernière détient à l'issue de l'opération 100 % du capital. Je me demande si je ne vais pas acheter un titre EDF pour me donner qualité à agir et m'offrir le plaisir de me constituer partie civile ... Il est vrai que la probabilité de voir cette "promesse" se réaliser me semble proche de zéro.
par Cacambo publié dans : Economie
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Jeudi 8 juin 2006

Le fonctionnaire que je suis ne peut pas être indifférent au "projet de loi de modernisation de la fonction publique" adopté hier en conseil des ministres (http://www.fonction-publique.gouv.fr/article794.html) et notamment à son chapitre 3 (articles 10 à 12) qui procède à une modernisation très attendue des règles de déontologie des fonctionnaires dans le cadre des échanges entre le secteur public et le secteur privé.

L'expérience démontre en effet que le dispositif actuel de contrôle pénal et statutaire de la situation des fonctionnaires partant dans le privé était critiquable notamment du fait de l'absence d'articulation entre le contrôle statutaire et le contrôle pénal. La situation était paradoxalement à la fois insécurisante (un fonctionnaire pouvant partir dans le privé avec un avis favorable de la commission de déontologie sans pour autant être certain de n'encourir aucun risque pénal), insuffisamment rigoureuse au plan statutaire (les fonctionnaires partant sans avis de la commission ou contre son avis défavorable n'encouraient "que" des sanctions discipàlinaires, parfois théoriques notamment dans le cas de démissions) et excessivement rigoureuse au plan pénal (termes relativement flous de l'article 432-13 du code pénal, "délai de viduité" de 5 années unanimement considéré comme très excessif au regard de la réalité d'une carrière).

Au plan pratique, et même s'il est de bon ton de stigmatiser les départs vers le privé des fonctionnaires, je suis personnellement convaincu que de tels départs (et retours, parfois) sont indispensables à une modernisation de la fonction publique. Or, le dispositif actuel aboutissait à des aberrations. Dans certaines fonctions techniques relativement "pointues" pour lesquelles l'Etat n'a pas de compétence en interne, il était devenu pratiquement impossible de recruter des personnes venant du privé car ces mêmes personnes se seraient interdites du même coup pratiquement toute possibilité de quitter l'administration... Dans un autre ordre d'idée, j'ai vu un ingénieur télécom (fonctionnaire) reconnu comme l'un des spécialistes mondiaux dans son domaine, être obligé de quitter la France et ne pouvoir accepter de proposition de recrutement que d'une d'une grande entreprise américaine, ses fonctions l'ayant nécessairement mis au contact de pratiquement toutes les entreprises françaises dans ce secteur.

Concrètement, le nouveau dispositif prévu bouleverse complètement le schéma actuel et me semble à la fois innovant et équilibré. Il y a d'abord des dispositions qui relèvent du "toilettage" salutaire. Notamment, un délit spécifique consistant à exercer une activité privée sans que la commission de déontologie ait préalablement statué est introduit dans le code pénal ; le champ de l'interdition pénale se réfèrera désormais à une analyse "in concreto" des tâches de l'agent et non à analyse des fonctions théoriques dont il était investi ; surtout, le "délai de viduité" pris en compte pour le contrôle pénal et statutaire de l'activité de l'agent et l'interdition subséquente d'activité privée dans le même secteur est ramené de cinq à deux ans.

Surtout, ce projet instaure un dispositif très innovant consistant à prévoir que le délit pénal de prise illégale d’intérêt devient inapplicable aux agents ayant bénéficié d'un avis favorable de la commission. L'articulation des dispositifs déontologique et pénal est ainsi assurée au moyen d'une forme de "permission de la loi" qui serait plutôt en l'espèce une permission d'une commission administrative indépendante dont l'appréciation s'imposera au juge pénal. C'est sans doute efficace et pertinent, mais au plan des principes pourrait paraître baroque et, sauf erreur de ma part, sans précédent.

Il reste tout de même une lacune à mon sens : il est fréquent en pratique que la commission de déontologie assortisse un avis favorable de réserves, ce qui permet une application souple et intelligente des textes (une réserve fréquente consiste par exemple à prohiber toute prise de contact à titre professionnel par l'ex-fonctionnaire avec ses anciens collègues). Il semble que le projet initial prévoyait la pénalisation du non respect de telles réserves, ce qui est apparu à juste titre excessif, voire constitutionnellement impossible au regard de l'exigence de précisison de la loi pénale (de telles réserves peuvent être très floues ou difficiles d'interprétation). Il reste toutefois qu'il serait choquant qu'un fonctionnaire violant les réserves déontologiques formulées par la commission puisse se prévaloir d'une excuse pénale au vu d'un avis qui, néanmoins, reste favorable... sans doute faudrait-il envisager lors des débats parlementaires de prévoir que la dérogation pénale ne soit valable que dans la mesure des réserves le cas échéant formulées par la commission de déontologie, ce qui permet à la fois d'éviter la pénalisation de ces réserves tout en leur donnant un plein effet juridique.

Au total, on ne peut que souhaiter que ce dispositif qui permettra peut-être defavoriser la "respiration" du secteur public soit voté avant la fin de la législature sans dénaturation liée à la surenchère plus ou moins démagogique à laquelle on peut néanmoins malheureusement s'attendre... C'était mon billet corporatiste du jour.

par Cacambo publié dans : Droit
ajouter un commentaire commentaires (6)    créer un trackback recommander
Mercredi 7 juin 2006

L'Assemblée Nationale vient d'adopter une modification de son règlement, elle devra encore être examinée par le conseil constitutionnel avant de pouvoir entrer en application). Tout "praticien" du parlement connait l'importance de ce règlement (et de son équivalent au Sénat) qui régit le fonctionnement des Assemblées et la procédure à suivre lors des discussions parlementaires. On dit parfois que ces règlements sont plus importants que la constitution même... C'est sans doute un peu abusif mais, concrètement, il faut bien admettre que les questions liées à l'application de ces règlements (qui ne se limitent pas aux fameux "rappels au règlement"), sont nettement plus fréquentes que celles liées à l'application de la constitution. En tout cas, tout parlementaire et/ou ministre sait que le bon usage du règlement peut parfois permettre de sauver un texte ou au contraire de l'enliser définitivement...

Sur le fond, on ne peut qu'être déçu de la timidité des réponses apportées à la crise de fonctionnement du parlement. Du reste, même le débat sur ce texte n'aura pas été un modèle du genre avec notamment un rapport de la commission des lois rectifé ce matin, le jour même de la discussion en fonction des états d'âme de la majorité ...

Au plan des méthodes de travail, les tensions au sein de la majorité semblent avoir eu raison des innovations les plus intéressantes du projet "Debré". Il reste que les "commissaires du gouvernement" (c'est à dire les fonctionnaires du gouvernement qui, comme je l'ai été et le suis encore parfois, assistent un Ministre lors des discussions parlementaires) apprécieront tout particulièrement la nouvelle règle imposant (sauf exceptions) que les amendements des parlementaires soient déposés au plus tard la veille de la discussion (au lieu de pouvoir être déposé jusqu'au début de la discussion générale, comme aujourd'hui, ce qui oblige parfois à étudier - si l'on peut dire - plusieurs centaines d'amendements déposés au dernier moment...).

Au plan des principes, on notera une innovation qui a largement fait débat, celle de la création d'une "déclaration d'appartenance" des différents groupes parlementaires à la majorité ou à l'opposition. L'intention est sans doute légitime (il s'agit de mettre en place une ébauche de "statut" de l'opposition, ce qui nécessite logiquement de commender par définir celle-ci). Mais on peut légitimement s'interroger sur une telle innovation (vigoureusement combattue par l'UDF pour des raisons évidentes) s'inscrivant dans une logique de République parlementaire mais qui, paradoxalement, pourrait réduire encore la place du parlement dans une République présidentielle (en imposant une discipline plus stricte des greoupes parlementaires).

Au total, beaucoup de travail et d'efforts (notamment du président Debré) pour pas grand chose.

Il faut reconnaître que la situation actuelle est sans doute tellement confortable. Pour les parlementaires, d'autant plus irresponsables qu'il sont sans influence réelle. Pour le Gouvernement qui, grâce à l'inefficacité du parlement n'est pas réellement contrôlé, ce qui n'est pas nouveau, mais en vient même à s'attribuer de façon récurrente les pouvoirs législatifs, ce qui l'est d'avantage : le nombre de dispositions prises par ordonnances au cours de la présente législature semble avoir désormais dépassé celui de celles votées par le parlement...


par Cacambo publié dans : Institutions et politique
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Lundi 5 juin 2006
Tombé dans un tunnel de travail, je n'ai pas même pu "fêter" dignement l'anniversaire du 29 mai. Voulant néanmoins faire un mot sur l'Europe, je profite de mon actualité hebdomadaire pour témoigner d'un fait que M. Chirac veut encore faire semblant d'ignorer : l'anglais est, qu'on le veuille ou non, en moins de 10 ans, devenu la langue de l'administration à Bruxelles.

Alors qu'au milieu des années 1990, le français était au moins à parité avec l'anglais dans tous les travaux courants (et même plutôt majoritaire, peut-être du fait de la francophonie de la région de Bruxelles), les élargissements successifs depuis 1995 ont totalement fait basculer la situation, bien au-delà encore de ce que relatent les médias.

La plupart des négociations ont désormais ouvertement lieu exclusivement en anglais et sur la base de documents anglais (obtenir une traduction de documents peut prendre plusieurs mois...). Et les délégations administratives françaises, si elles veulent avoir une chance d'être entendues, s'expriment aussi en anglais  et produisent leurs documents en anglais... On voit même des situations où, excès de zèle ou de pédantisme, les compte-rendus de réunion établis par la délégation française à l'usage de l'administration française étaient ... en anglais.

Le juriste se devait jusqu'à présent de nuancer ce point de vue dans le cas d'une institution européenne : la Cour de justice, pour des raisons historiques, était la dernière place forte du français en Europe communautaire les délibérés s'y faisaient en français et les documents de travail étaient établis en première version en français. Mais, même là, on me dit que l'arrivée des juges des "nouveaux Etats" est en train de modifier rapidement les pratiques.

Le constat s'impose à l'évidence : à défaut d'être langue officielle, l'anglais est devenu langue de travail. Et espérer modifier cette situation à court ou moyen terme relève à mon sens de la plus totale illusion car elle repose sur un consensus presque complètement partagé (y compris par de nombreux français...).

Il reste que la pratique familière de la langue de travail constitue évidemment pour les pays anglophones un "avantage compétitif" très notable qui, à mon sens, explique pour partie leur efficacité à Bruxelles (beaucoup de négociations se font à partir de concepts anglais plus ou moins bien traduits, tels que le "droit d'auteur" transformé en "copyright"...). Cette situation est d'autant plus délicate à gérer pour la France que force est de constater que beaucoup de fonctionnaires français ont un niveau d'anglais très moyen, et en tout cas sensiblement inférieur à celui de la plupart des autres pays et notamment des "nouveaux entrants".

Je n'ai malheureusement pas de solution à proposer pour résoudre ce problème. Et ce d'autant moins que pour la plupart des pays, c'est surtout une solution. Mais il faudra peut-être avouer un jour à nos concitoyens cette situation...Sur ce point comme sur d'autre, je ne crois pas que le déni de la réalité fasse beaucoup avancer l'Europe. Ni même la France.
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback recommander

Pourquoi ?

Ce blog a pour objectif d'offrir à son auteur, tenu dans sa vie professionnelle à une stricte obligation de réserve, un espace de libre commentaire de l'actualité institutionnelle, juridique et parfois économique française. Son point de vue est celui d'un témoin relevant de l'auto-proclamée "haute administration", et qui, par ses fonctions, se trouve à devoir pratiquer, bon gré mal gré, le droit sous toutes ses formes, bien que ce ne soit pas son "métier de base".
Tous vos commentaires sont les bienvenus, vous pouvez aussi m'écrire directement.
Si vous tenez vraiment à en savoir plus (mais pas trop) sur moi, vous pouvez mener votre enquête ou cliquer ici.

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus