Mardi 20 mars 2007

Une main facétieuse a corrigé l'affichette "traditionnelle" figurant dans les toilettes des bâtiments annexes de l'hôtel Matignon qui servent notamment de siège à la plupart des réunions interministérielles (en gras, les termes ajoutés par ladite main facétieuse)  :

"Ayez l'amabilité de laisser ces lieux l'Etat aussi propres que vous souhaitiez les trouver en y entrant. courage"."

Bien que l'ajout remonte déjà à quelque temps, on va dire que c'est de circonstance...

par Cacambo publié dans : Humour
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Samedi 10 mars 2007

Je suis semble t-il un peu seul, ou presque, à être choqué de l'attitude de Simone Veil qui, quelques jours à peine après sa sortie du Conseil constitutionnel, prend ouvertement parti pour l'un des candidats au point, semble t-il, de devoir prendre la présidence de son comité de soutien.

Certes, juridiquement, l'intéressée n'exerçant plus de fonctions officielles n'est plus juridiquement tenue au devoir de réserve. Déontologiquement en revanche, je trouve cette attitude choquante de la part d'une personne qui, il y a quelques jours à peine, statuait (notamment) sur la loi relative à la prévention de la délinquance présentée par le ministre dont elle soutient maintenant la candidature à la présidence de la République ? Comment nos concitoyens (et moi-même du reste) pourraient ne pas penser qu'un tel engagement militant a pu interférer, consciemment ou non, dans la teneur de ses décisions au Conseil ? 

On dira sans doute que ceci n'est pas sans précédent puisque Robert Badinter, au terme de sa présidence du Conseil constitutionnel, a quant à lui été élu sénateur sous les couleurs socialistes (il l'est encore à ce jour). Ceci ne me paraît pas un argument pertinent. D'abord, je ne fais pas partie de des admirateurs inconditionnels de M. Badinter. Surtout, il ne me semble pas qu'on puisse comparer un mandat de sénateur assorti d'un relatif éloignement vis à vis de la politique quotidienne et une participation active à la campagne électorale présidentielle au lendemain de l'échéance d'un mandat de conseiller (ce dont précisément Robert Badinter s'était abstenu en 1995). Même si le conseil constitutionnel est davantage un arbitre politique qu'une instance judiciaire, ses membres, même à l'échéance de leur mandat, devraient avoir à coeur de conserver une certaine distance par rapport aux débats quotidiens. Surtout dans le cadre d'une campagne électorale engageant un Ministre dont de nombreux textes ont été soumis à l'appréciation du conseil au cours des dernières années. Ce n'est certes pas une obligation juridique, celà me semble simplement relever du devoir moral vis à vis de l'institution...

Ce type d'attitude est d'autant plus déplacé qu'il émane d'une personne souvent présentée comme une "conscience morale" de la droite alors même qu'elle participe ainsi à un discrédit moral des institutions dont ne peuvent profiter que les partis extrémistes. Il est vrai qu'elle est une habituée de ce type de dérives, puisqu'on se souvient de sa très contestable "auto-suspension" du Conseil constitutionnel au moment du référendum de 2005, lui permettant d'inventer le concept de devoir de réserve en pointillés... (avec un effet contre productif évident sur le résultat du référendum)...

Tout celà n'est guère glorieux ni pour l'intéressée, ni pour les institutions dont elle émane, ni pour le candidat qu'elle soutient. Que valent dans ces circonstances les promesses de ce dernier concernant la restauration de la neutralité des institutions ?

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 9 mars 2007

La critique favorite faite, à gauche et à droite, à l'encontre de François Bayrou consiste à dire que son élection se traduirait par un retour à la 4ème République honnie...Au plan strictement institutionnel, j'avoue ne pas bien comprendre l'argument car, au contraire, il me semble qu'on peut raisonnablement soutenir qu'un tel évènement permettrait sans doute de restaurer certains principes fondateurs de la 5ème République...

Nos institutions reposent en effet, et c'est leur originalité, sur une division de l'exécutif entre deux personnes. L'une, le Président, tenant sa légitimité (au moins depuis 1962) du suffrage universel direct. L'autre, le Premier Ministre, la tenant de sa désignation par le Président (pour l'essentiel) et de la confiance de l'Assemblée (ou tout au moins de la non censure de son gouvernement par celle-ci). La logique des institutions s'oppose certes clairement à l'idée de la "cohabitation", entendue comme la coexistence d'une majorité parlementaire opposée au président (encore que l'honnèteté oblige à constater que les institutions n'ont pas si mal fonctionné durant les différentes périodes de cohabitation que nous avons connu). Pour autant, rien dans ces mêmes institutions ne permet d'estimer que leur fonctionnement dépend d'une identité absolue entre le Président et la majorité parlementaire (les circonstances politiques en 1958 ne permettaient évidemment pas d'espérer aux gaullistes d'éspérer détenir la majorité parlementaire à eux seuls). A cet égard, l'absence d'opposition entre la majorité parlementaire et présidentielle ne signifie pas nécessairement identité complète de vue entre les deux et, si on peut ne pas partager le souhait de M. Bayrou de constituer un gouvernement de coalition, il me semble difficile (surtout aux gaullistes "historiques") d'affirmer qu'un tel programme serait contraire à l'esprit de la 5ème république. On notera en passant que les socialistes oublient également un peu vite qu'ils ont gouverné selon une telle logique entre 1988 et 1993.

J'irai même jusqu'à considérer que c'est cette identité absolue entre les majorités présidentielles et législatives, présentée aujourd'hui comme un optimum à atteindre, qui est en grande partie à l'origine de la dérive "absolutiste" de la 5ème République. Pour illustrer ladite dérive, je citerai une déclaration entendue d'un député qui, à l'occasion de l'élection du nouveau président de l'Assemblée Nationale, déclarait benoitement que le président de l'Assemblée qui sera élu au "perchoir" après les élections devra être désigné "en accord avec le président de la République"... Dans ces conditions effectivement, on peut se demander à quoi celà sert-il de séparer les pouvoirs et, par exemple, autant donner immédiatement au Président de la République le droit  de désigner le président de l'Assemblée Nationale et de nommer 6 membres sur 9 du conseil constitutionnel et du CSA... Par ailleurs, l'intention que l'on prête, à tort ou à raison, M. Sarkozy de rester président de l'UMP après son éventuelle élection à la présidence de la République me semble également caractériser une atteinte à l'esprit des institutions autrement plus grave que celle d'une éventuelle élection d'un président sans majorité parlementaire à sa botte...

Dans ces conditions, j'estime pour ma part que l'éventuelle élection de M. Bayrou serait donc plutôt une bonne nouvelle pour les institutions françaises. Quel que soit le résultat ultérieur des législatives, un tel président indépendant de la majorité parlementaire conduirait en effet necéssairement à une importance accrue du parlement tout en assurant l'existence d'un contre-pouvoir présidentiel stable susceptible d'assurer un certain équilibre des pouvoirs. Loin d'être contraire à l'esprit de la 5ème République, je pense qu'une telle situation correspond au contraire à sa logique institutionnelle historique. Celà permettrait peut-être de créer ainsi les circonstances permettant un rééquilibrage des pouvoirs tout en s'épargnant une ènième réforme constitutionnelle...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Lundi 26 février 2007
Pas de pitié pour les nouveaux membres du conseil constitutionnel qui, à peine nommés, auront à se pencher sur quatre nouvelles saisines.

S'agissant de la saisine (par le gouvernement) de la loi organique relative au recrutement, à la formation et à la responsabilité des magistrats, il s'agit d'un exercice imposé par la nature organique de ladite loi. Les autres émanent de l'opposition. Deux étaient attendues, il s'agit de celles relatives à la loi relative à la prévention de la délinquance et de la loi relative à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur. La troisième est plus surprenante puisqu'il s'agit de la loi relative à la protection juridique des majeurs dont la teneur faisait pourtant largement l'objet d'un consensus parmi les différentes familles politiques.

Ces saisines (et notamment la dernière) m'amènent à quelques réflexions en vrac :

- Tout d'abord, on ne peut que regretter à nouveau l'absence de transparence du Conseil qui s'obstine à ne pas rendre public les motifs de ces saisines (non plus du reste que les observations en défense du gouvernement), tant que la décision n'est pas rendue. J'avoue ne pas comprendre à quelle nécessité répond cette politique alors que, dans un pays démocratique, il ne me semble pas absurde que tout citoyen soit mis en mesure de connaître les raisons pour lesquelles ses représentants estiment qu'une loi viole la Loi fondamentale...

- Tous ces textes de loi sont soumis à l'analyse du nouveau président du Conseil Constitutionnel qui les aura évidemment connus dans ses fonctions antérieures à l'Assemblée Nationale... Je fais personnellement partie de ceux qui se réjouissent de sa nomination à ses nouvelles fonctions qu'il me semble avoir très largement mérité (bien plus, à beaucoup de points de vue, que la majorité des membres composant actuellement le Conseil, et je ne parlerai pas du passé). Mais je reconnais qu'il sera intéressant de voir si l'intéressé se "déportera" lors de l'examen de ces recours, ce qui serait un minimum... Il est vrai que je ne suis pas sûr qu'une telle attitude soit habituelle au sein du Conseil qui, parmi les mauvais cotés de la juridiction administrative, en a gardé la confusion institutionnelles des genres (je ne crois pas que M. Steinmetz, ancien directeur de cabinet de M. Raffarin, se soit abstenu d'examiner les textes dont il avait nécessairement la charge quelques mois avant sa nomination).

- Je n'ai pas examiné chacun des textes déférés et je m'abstiendrai donc de donner mon avis sur le mérite de ces saisines (encore que le texte sur "la télévision du futur" me semble souffrir de sérieuses critiques). Je ferai toutefois une exception sur le texte relatif à la protection juridique des majeurs car, sans connaître les motifs de la saisine, je peux sans doute les deviner pour avoir assisté fortuitement à une partie des débats au Sénat... Compte tenu en effet du caractère très consensuel de l'objet affiché du projet de loi (l'opposition s'est abstenue lors du vote final), il est en effet très probable que les sénateurs socialistes auront limité leurs critiques aux différents "cavaliers législatifs" que le gouvernement (sans doute trop sûr de l'absence de saisine) avait cru bon d'ajouter au texte... Ce projet de loi s'était vu en effet lesté d'au moins quatre dispositions sans aucun rapport avec son objet (articles 39, 40, 41 et 42) respectivement relatifs au registre du commerce et des sociétés, à l'habilitation du gouvernement pour recourir à une ordonnance sur l'intéressante question de l'arbitrage en droit administratif, à la réforme de la loi sur les ventes volontaires de meubles aux enchères publiques et à l'accès des huissiers de justices aux parties communes des immeubles d'habitation... Ces quatre textes résultent d'amendements gouvernementaux déposés au Sénat et dont le ministre (comme la Commission des lois du reste) a reconnu ouvertement lors des débats qu'il s'agissait de "cavaliers", sans même chercher à justifier une urgence quelconque (des mauvais esprits au Sénat ont néanmoins noté que dans trois cas sur quatre, il s'agissait de rendre un service signalé à des professions règlementées, greffiers de tribunaux de commerce, huissiers de justice, commissaires priseurs)... L'inconstitutionnalité est donc manifeste au vue de la jurisprudence du Conseil, bien connue et encore récemment rappelée. J'avoue ne pas cacher une certaine satisfaction à l'idée de cette probable inconstitutionnalité dans la mesure où le gouvernement semble, en l'espèce, avoir fait preuve d'un mépris assez souverain tant du droit parlementaire (ce qui n'est déjà pas bien) que du parlement tout court. Cette législature se terminera ainsi sans doute avec un brutal "rappel au règlement". Ce sera d'autant moins volé que, funeste ironie, ce sera à l'occasion d'un texte présenté par le ministre de la justice auquel on prêtait, jusque peu, des ambitions de se voir nommé au Conseil constitutionnel... En pratique, si mon hypothèse est exacte (saisine limitée à ces seuls "cavaliers"), celà signifiera sans doute largement la fin de ces "cavaliers législatifs" dans la mesure où il apparaîtra ainsi que, même les textes les plus consensuels, peuvent être déférés... Auquel cas cette saisine aura, à mon sens, davantage fait progresser la 5ème République sur la voie du "parlementarisme rationalisé" que bien des réformes constitutionnelles souhaitées ou évoquées...

Mise à jour au 1er mars : comme le mentionne Monsieur Bernos dans son commentaire, s'agissant de la loi sur la protection des incapables majeurs, la décision du conseil, sans surprise, prononce l'invalidation des différents "cavaliers" contenus dans ce texte.

Au regard de mes deux autres réflexions d'origine, je note que, selon l'habitude, la saisine et les observations du gouvernement ont été rendues publiques après la décision ce qui n'enlève rien à ma critique d'origine sur l'absence de transparence de la procédure suivie devant le Conseil (je note avec amusement l'absence manifeste de conviction de la défense présentée par le Gouvernement). Conformément à ce que j'indiquais (la modestie n'est pas mon fort), la saisine était limitée aux seuls "cavaliers" législatifs. On peut donc espérer qu'un ministre y regardera désormais à 2 fois avant de se livrer à cette pratique...

En revanche, ma seconde observation était sans objet car il m'avait échappé que les nouveaux membres étaient certes désignés mais non encore entrés en fonction. La décision est donc rendue par le Conseil dans sa formation antérieure, sous la présidence de Pierre MAzeaud.
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Jeudi 22 février 2007

Je rompts mon silence actuel pour vous faire partager un grand moment de bonheur ce matin (on a les bonheurs que l'on peut) : la lecture (presque) attentive du rapport annuel (pour 2006) de la cour de discipline budgétaire et financière (CDBF), que chacun peut consulter ici.

Sans entrer dans le détail (je vous renvoie aux articles L311-1 et suivants du code des juridictions financières), on rappellera en tant que de besoin que cette juridiction financière, distincte de la cour des comptes, est une juridiction dont la fonction est de sanctionner les atteintes aux règles budgétaires et financières commises (essentiellement) par les ordonnateurs (c'est-à-dire ceux qui donnent les instructions d'engagement des dépenses). Cette juridiction est placée sous la présidence du Premier Président de la Cour des Comptes le procureur général près ladite cour en assure le ministère public) et est composée à parité de magistrats de la Cour et du Conseil d'Etat. Cette juridiction peut prononcer des sanctions pécuniaires d'un montant variable, plafonnées en fonction du traitement ou du salaire de la personne sanctionnée (1 ou 2 fois le traitement annuel selon les cas). Bien qu'ayant ainsi une vocation répressive ("disciplinaire" au sens strict), il s'agit bien d'une juridiction relevant de l'ordre administratif et qui statue sous contrôle (en cassation) du conseil d'Etat, sans préjudice d'éventuelles (autres) sanctions pénales.

Certes, ce rapport ne nous "apprend" que des choses assez largement connue au sein de l'administration. Il est, je crois, néanmoins utile de lutter contre l'habitude et de lire un tel document avec le regard du huron de passage à Paris... Ledit huron prendra ainsi connaissance de la frénétique activité de cette juridiction qui aura depuis 1948, prononcé un peu plus de 2 arrêts par an (154 depuis 1948), au terme d'une procédure d'une durée supérieure à 5 ans (67 mois en moyenne en 2006)... Huron mais honnète, il pensera que de tels délais peuvent s'expliquer par la grande qualité des décisions ainsi laborieusement rendues... hélas, il apprendra aussi que près d'une décision sur deux a été cassée par le conseil d'Etat au cours des 10 dernières années... Dans un sursaut d'espoir, il se dira peut-être que ces affaires ainsi traitées doivent être d'une complexité et d'une importance rare avant de constater aussi qu'à 2 ou 3 exceptions près les amendes prononcées n'ont presque jamais dépassé 10 000 ? et sont en fait assez souvent comprises en 500 et 1500 ?... Désespérant alors de prétendre comprendre un jour les moeurs de notre beau pays, notre huron ne pourra que constater que la France est ainsi un pays où il faut 80 pages de rapport annuel pour décrire l'activité d'une institution qui, au cours de l'année considérée, aura, en tout et pour tout, rendu 6 arrêts (dont 2 condamnations à 500 ? et un non lieu...) sans qu'une seule ligne (ou presque) ne s'interroge sur l'origine de cette situation et peut-être (soyons fous) sur les moyens d'y remédier... Avec un peu de cynisme, notre huron se demandera peut-être pourquoi la Cour des Comptes ne se penche pas avec son acuité habituelle sur un tel dysfonctionnement...

Et pourtant, sur le papier, la CDBF reste une institution utile. C'est notamment à peu près la seule instance non pénale susceptible de donner un semblant de contenu à la responsabilité individuelle de chaque fonctionnaire. Mais c'est sans doute précisément là que le bât blesse : cette seule idée de "responsabilité individuelle" du fonctionnaire suscite des frissons d'horreur au sein de la la fonction publique - et notamment de la "haute" fonction publique à laquelle appartiennent les magistrats composant la CDBF. C'est après tout un choix (contestable, mais au moins implicitement approuvé par le pouvoir politique). Encore faudrait-il alors que les intéressés soient cohérents et ne se plaignent pas de la "pénalisation de la vie publique". Car après tout, comment reprocher au juge pénal de faire le travail que l'administration se refuse de faire elle-même ?

par Cacambo publié dans : Droit
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Jeudi 18 janvier 2007

Amusante (sourire forcé, toutefois) simultanéité des annonces :

- "Eurostat" publie une brêve étude dont il résulte que la France se situe parmi les pays européen dépensant le plus en faveur de la recherche (2,13 % du PIB, au 6ème rang de l'Union Européenne en terme relatif et au 2ème rang en valeur absolue, nous sommes devancés par l'Allemagne). Près de la moitié de cet effort (48 %) est financé par le secteur public, soit une proportion supérieure à celle de la moyenne de l'UE (45 %), étant observé que les pays dont l'effort de recherche (total) est le plus important sont également ceux dont les entreprises participent le plus audit effort.

"Le Monde" du 16 janvier fait état d'un rapport relatif à la recherche, établi par deux personnalités plutôt marquées à gauche (l'un, Henri Guillaume, inspecteur général des finances, ayant fait partie du cabinet de Pierre Mauroy avant d'être nommé commissaire au plan en 1984 et d'être débarqué de cette fonction sous la droite en 1987, l'autre Jean-Richard Cytermann, inspecteur général de l'administration de l'éducation et de la recherche ayant été directeur-adjoint du cabinet de Claude Allègre). La conclusion de ce rapport, semble t-il (le document ne paraît pas avoir été rendu public) serait que les politiques de recherche françaises n'ont conduit qu'à accroître l'effort public de recherche sans résultat pour l'économie et avec une qualité de travaux insuffisante qui ne permet donc pas leur valorisation ultérieure (contrats, brevets, création d'entreprises).

- Ce jour, Nicolas Sarkozy Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP à la présidentielle, annonce qu'il propose "un effort historique" en faveur de la recherche en augmentant le financement (public) de celle-ci, soit quatre milliards d'euros. Ségolène Royal n'est pas en reste et propose de son coté dans une interview à paraître dans le magazine "Recherche" d'accroître de 10 % par an ce même effort public de recherche. Promettons et dépensons, c'est toujours plus facile que de réformer. La "rupture" n'est pas pour demain, ni à gauche ni à droite.

Actualisation au 30 janvier : le rapport est en ligne sur le site du MINEFI (https://www.igf.minefi.gouv.fr/sections/rapports/valorisation_de_la_r/). Le ministère de la recherche, dont l'inspection générale est pourtant co-auteur du document, s'abstient pour sa part de toute publication. Bel exemple de solidarité gouvernementale...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Samedi 13 janvier 2007
Je sais que j'arrive un peu tard, mais il était difficile de ne pas relever dans la présente catégorie l'époustouflante prestation de Madame Royal en Chine qui, au cours d'un voyage pourtant relativement bref, a réussi :
- A inviter la justice française à suivre l'exemple de la célérité de la justice chinoise (je n'ose pas penser ce qu'aurait été l'hystérie de certains bien-pensants si M. Sarkozy avait formulé une telle proposition...).
- A donner doctement des leçons d'exportation sur le marché chinois aux entreprises françaises et, sans doute inspirée par les mânes de Mao, à inviter celles-ci à faire leur auto-critique lorsqu'elles n'obtiennent pas les marchés espérés. (J'avoue une certaine jouissance à entendre ce type de propos de la part d'une d'énarque n'ayant jamais fait autre chose que de la politique - franco-française - et des cabinets ministériels).
- A nous infliger avec plus de platitude que de bravitude, les triste proverbes pour touristes qui en viendraient presque à me faire regretter les raffarinades.

On passera enfin les fautes de goût caractérisées (qui démontrent qu'à défaut d'expérience diplomatique, ce qu'on ne saurait lui reprocher, elle ne sait pas non plus s'entourer de conseillers compétents), tels que l'habit immaculément blanc (couleur du deuil en Chine et considérée donc comme portant malheur lorsque portée hors ce type de circonstance) ou la tentative maladroite de faire la bise à une brave dame (alors que les orientaux ont horreur de ce type de contacts physiques).

Pour accroître ses chances de perdre, Madame Royal se doit de démontrer à tous les français la justesse des critiques faites (notamment) par les éléphants du PS à son encontre. La campagne électorale ne faisant que commencer, je vois que tous les espoirs sont permis...
par Cacambo publié dans : Que le meilleur perde (ils font des efforts)...
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Vendredi 12 janvier 2007
Depuis que Ségolène Royal - qui s'espère future garante de l'indépendance de l'Autorité Judiciaire - donne la justice chinoise comme modèle à la justice française, toutes les audaces semblent permises en la matière. Ma moindre connaissance que Ségolène des grandes qualités de la justice chinoise m'amène à prendre la direction géographiquement opposée et je vais plutôt me référer à la justice américaine et, notamment, à la relativement récente condamnation prononcée le 23 octobre dernier par une cour fédérale des USA à l'encontre de Jeffrey Skilling, ex CEO (chief executive officer, directeur général en bon français) d'Enron à la peine de 24 années de prison (excusez du peu) et à 45 millions (de dollars, mais ca fait cher aussi en euros) d'amende en répression de divers chefs d'accusation liés, bien sûr, à la faillite de l'entreprise considérée... Sans me livrer à l'analyse exhaustive de cette décision de justice, je voudrais essayer d'en tirer quelques réflexions comparatistes par rapport à notre justice nationale franco-française :

Commençons par les aspects que l'on peut considérer comme favorables à nos amis américains :

- Cette affaire nous rappelle tout d'abord l'incomparable rapidité du système judiciaire anglo-saxon : en moins de cinq années, la justice américaine est venue à bout du plus grand scandale financier du siècle... Est-il utile de rappeler que la France n'est toujours pas sortie de l'affaire du Crédit Lyonnnais, et qu'il faut en général au bas mot 10 années pour qu'une affaire financière vienne pour la première fois à l'audience avec notre belle justice ? Le délai est d'autant plus notable que l'affaire Enron passe, aux Etats-Unis, pour avoir été très lente et que, contrairement à la majorité des procès, 3 accusés (sur 16) plaidaient non coupables.

- La peine prononcée démontre elle-aussi la profondeur de l'océan Atlantique... Alors qu'en France, la prison ferme pour des affaires financières reste exceptionnelle (avec tout de même une petite tendance à une plus grande fermeté ces dernières années) et, quand celà arrive, elle est de quelques mois au plus (cf. les 8 mois infligés à Nanard). Les tarifs aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes... Depuis l'effondrement d'Enron, l'administration républicaine a fait de la lutte contre la délinquance financière une priorité. Outre le vote de la loi Sarbanes-Oxley, une structure dédiée à la lutte contre la criminalité financière (Corporate Fraud Task Force), placée sous l'autorité du Département de la Justice avait été mise en place au mois de juillet 2002. Loin de se limiter à l'affaire Enron, ce sont depuis lors environ deux cent cinquante dirigeants d'entreprises américaines qui ont été poursuivis et condamnés - parfois très lourdement, sur la base d'un "barème des peines fédérales" (« federal sentencing guidelines », fourchettes indicatives de peines) fortement relevé pour ce type d'affaires. Au-delà de quelques clichés habituels, ceci démontre que, quoi qu'on en dise en France, l'administration républicaine n'est pas forcément aussi indulgente qu'on le dit avec ce qu'on appellerait chez nous "le grand patronat" et que nos "juges rouges" paraissent bien pâlichons à coté de leur collègues américains... Certes, la qualité d'un système judiciaire ne se mesure pas nécessairement à la lourdeur de la peine, mais je fais néanmoins partie de ceux qui n'ont toujours pas digéré le traitement judiciaire de certaines affaires, telle que celle du Crédit Lyonnais, entre autres, déjà évoquée ici.

Il y a aussi des points moins favorables :

- D'abord, ce résultat a été obtenu au terme d'un procès considéré comme le plus onéreux de l'histoire américaine... la seule défense de Skilling aura coûté environ $70 millions (plus d'une dizaine d'avocats, sans compter les assistants, auraient facturé leurs prestations au taux horaire de plus de 800 $, de quoi sans doute faire rêver Maître Eolas). Mais ce n'est pas tout, car côté accusation, les montants seraient au moins du même ordre : plus de 20 procureurs assistés d'une équipe dédiée du FBI ont été mobilisés à plein temps sur cette affaire, pratiquement depuis le début de l'affaire. Certains en conclueront sans doute qu'il serait temps que la france prenne exemple sur les Etats-Unis et se mette à financer sa justice... Sans que ce soit totalement incompatible avec une telle réflexion, d'autres (dont je fais partie) estimeront néanmoins que cet aspect du système américain est devenu parfaitement incontrôlable (et en tout cas incontrôlé) et que, mis à part les avocats eux-mêmes, on peut se demander si "l'intérêt général" américain est réellement à la mesure du coût de cette justice... qui représente finalement un coût collectif considérable qui, bien que non compris dans le total des prélèvements obligatoires, est pourtant un supérieur à bien des impôts.

- Surtout, et ce point est sans doute le plus génant, cette affaire pourrait aussi démontrer les limites éthiques de l'efficacité du système judiciaire américain largement fondée, on le sait sur le" guilty plea" (plaider coupable) qui vient juste de faire son apparition en droit français. Comme il a été dit, l'intéressé plaidait "non coupable" et, même aux Etats-Unis, de nombreux commentateurs se sont interrogé sur la sévérité de la peine prononcée qui pourrait apparaître comme une forme de "sanction" à l'encontre de l'intéressé pour avor refusé de coopérer .... ce qui était pourtant évidemment son droit le plus strict (il continuait après le verdict à plaider son "innocence totale"). Il est intéressant d'observer que le directeur financier d'Enron, auxquels pratiquement les mêmes faits étaient reprochés mais qui, lui, avait accepté de plaider coupable, s'est vu condamner à "seulement" (tout est relatif) 6 années de prison... On a ainsi un sentiment désagréable de "bouc émissaire"... On comprend mieux dans ces conditions la l'opinion d'un (ex) patron (français) qui, après son expérience de la justice américaine décrite dans un livre et dans un article récent se met à trouver que la française n'est finalement pas si mal...

Au total, tout celà constitue un bilan relativement équilibré, mais moins favorable à la justice américaine que ne semble l'être le bilan tiré par Ségolène à l'égard de la justice chinoise. La seule leçon concrète que je retire de ces quelques éléments est qu'il me paraît pratiquement impossible de n'importer que les côtés favorables - réels ou supposés - d'un système judiciaire dont la logique et la cohérence constituent un tout. Je ne suis pas sûr que les admirateurs français de la procédure pénale américaine soient prêts à en assumer toutes les conséquences... Mais ceci n'engage que moi.
par Cacambo publié dans : Droit
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Mercredi 20 décembre 2006

L'actualité démocratique m'oblige à sortir de ma pré-hibernation prolongée de ces derniers jours (un léger surcroît de travail) pour féliciter le Sénat et en particulier son groupe socialiste qui a réussi à déposer et à faire adopter un merveilleux amendement au projet de loi de finances rectificative pour 2006 : il s'agit ni plus ni moins que d'indexer la revalorisation des indemnités parlementaires sur l'inflation et non plus sur l'évolution du traitement des fonctionnaires. On notera avec intérêt qu'au cours des débats d'hier, cet amendement a été adopté sans objection de quiconque, le gouvernement s'en remettant à la "sagesse" du parlement.

En d'autres termes, le Sénat permet ainsi aux parlementaires de s'exonérer de la politique suivie avec constance (par la droite comme par la gauche) depuis 1983 et consistant précisément à "désindexer" les salaires de l'inflation. Mais évidemment, il était sans doute vain de croire que les sénateurs puissent s'estimer soumis au régime général de tous les français (chacun sait que les sénateurs sont particulièrement mal lotis en terme de rémunération)... Le plus drôle (si l'on peut dire) dans cette affaire est que la motivation "officielle" de cet amendement est de "mieux garantir" l'équilibre financier du système de retraite des parlementaires qui est déjà un "régime spécial" de retraite particulièrement avantageux...

J'essaie en général de me détacher d'un certain antiparlementarisme souvent trop facile. En l'espèce toutefois, je dois admettre que la Sainte Alliance parti socialiste / majorité sénatoriale pour s'exonérer de la règle commune ne peut que m'amener à mieux comprendre la banalisation des idées extrémistes en France (et je ne pense pas qu'à M. Le Pen). Sans doute fallait-il que nos parlementaires aident encore à cette progression. Bravo à tous.

MISE A JOUR :
Comme le mentionne à juste titre M. Autheil dans son commentaire, cette brillante mesure a été suppprimée en commission mixte paritaire suite notamment à un "coup de gueule" (que je trouve moi aussi assez bien vu) de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée Nationale...

par Cacambo publié dans : Que le meilleur perde (ils font des efforts)...
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Samedi 25 novembre 2006
La presse a déjà largement évoqué l'arrêt du 18 octobre dernier par lequel la cour de cassation décide que "l'employeur, investi par la loi du pouvoir de direction et de contrôle des salariés placés sous sa subordination juridique, est tenu de garantir ceux-ci à raison des actes ou faits qu'il passent ou accomplissent en exécution du contrat de travail" et qu'à ce titre, l'employeur devait rembourser les frais engagés par le salarié au titre d'une procédure pénale engagée à l'encontre de ce dernier et clôturée par un non-lieu. Cette solution permet un rapprochement salutaire entre le statut du salarié privé de celui du salarié public. A l'égard de ce dernier, on sait en effet que l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 (plusieurs fois modifié) prévoit (entre autres) que "La collectivité publique est tenue d'accorder sa protection au fonctionnaire ou à l'ancien fonctionnaire dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle".

L'arrêt de la cour de cassation, comme les dispositions de la loi de 1983 se traduisent concrètement par une obligation de prise en charge par l'entreprise/collectivité des frais d'avocat du salarié/fonctionnaire (et des autres frais de justice). Il n'est du reste pas inintéressant de noter que ces frais restent néanmoins engagés par la personne concernée et pour son seul et unique intérêt. Peut donc se poser en pratique la question de savoir comment contrôler un minimum le coût de la défense ainsi mise en oeuvre par le salarié ? Comment éviter que le salarié n'engage des dépenses sans commune mesure avec l'enjeu du litige ? comment même contrôler le "service fait" de l'avocat alors que celui-ci, bien que payé par l'administration, reste tenu au secret professionnel vis à vis de cette dernière ? Pour autant que je sache, ces questions n'ont pas de solution claire en ce qui concerne le secteur public... dans le privé, sans doute un accord collectif (appelé de ses voeux par la cour de cassation) pourra les traiter.

En ce qui concerne la mise en oeuvre de cette "protection juridique", la jurisprudence de la Cour de cassation semble converger avec la loi de 1983 pour limiter les cas de protection aux contentieux l’objet est lié à l’exercice des fonctions considérées. Par ailleurs, la loi de 1983 exclut explicitement les cas de "faute personnelle" ; bien que ce point ne soit pas expressément indiqué, on peut raisonnablement penser que, mutatis mutandis, la cour de cassation adopterait une solution similaire pour les salariés privés. Il reste que ce concept, déjà parfois difficile à cerner en droit administratif, risque de l'être encore plus en droit privé et pourrait donner lieu à d'intéressant débats... Il est vrai toutefois que, curieusement, la mise en oeuvre de la protection juridique du fonctionnaire semble ne donner lieu qu'à un contentieux assez restreint. Les affaires sont-elles si limpides ou les désaccords sont-ils règlés "hors du juge" ?

En revanche, la Cour de cassation mentionne expressément le fait que la procédure engagée contre le salarié s'est conclue par un non-lieu. Est-ce à dire que la protection n'est due au salarié que dans ce seul cas ? la réponse n'est pas évidente à ce stade. S'agissant des salariés publics, les choses sont en revanche claires : sauf faute personnelle, la protection est due. Or, il est admis depuis longtemps que la commission d'une infraction pénale ne constitue pas nécessairement une faute personnelle. Dans ces conditions, le simple fait que l'agent public ait été reconnu coupable ne fait pas obstacle à la mise en oeuvre de la protection juridique (et ne permet pas de demander à l'intéressé le remboursement des sommes payées à ce titre), sauf s'il apparaît, mais par ailleurs, que les faits sont constitutifs d'une faute personnelle. Il sera sans doute intéressant que la Cour de cassation clarifie la portée de sa décision sur ce point. Si la limitation aux cas de relaxes ou de non-lieu devait être confirmée, il s'agirait en pratique d'une limite importante (mais pas forcément injustifiée) au dispositif par rapport à celui en vigueur "dans le public" (qui s'avère sans doute excessivement protecteur pour l'agent dans certaines circonstances).

Pour finir, et pour le fun, on notera qu'il s'agit d'un exemple intéressant où la créativité jurisprudentielle du droit privé s'oppose au droit écrit administratif... les images d'Epinal des facultés de droit (où les codes des "privatistes" s'opposent au recueil Lebon des "publicistes") en prennent encore un coup.

par Cacambo publié dans : Droit
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