Dimanche 30 avril 2006

Il semble donc qu’après le CPE, mort-né, le CNE soit lui aussi moribond à peine 9 mois après avoir vu le jour… Le jugement du conseil des prud’hommes de Longjumeau du 28 avril qui requalifie un CNE en CDI signe sans doute, au moins à ce stade, la « suspension » du CNE : l’insécurité juridique qui en résulte est suffisamment redoutable pour les employeurs pour les dissuader de recourir à cette forme de contrat.

Je n’irai pas reprendre la polémique sur l’utilité ou les vices de ce contrat. Chacun a son opinion sur la question. Je n’épiloguerai pas non plus à ce stade sur les motivations du jugement, n’en ayant eu à ce stade connaissance que par la presse du week-end. De plus éminents juristes que moi ne manqueront pas pour faire la critique de cette décision.

D'orees et déjà, on peut en revanche noter que cette affaire illustre à nouveau l’un des anachronismes des institutions françaises : la dualité entre les juridictions administratives et judiciaires.

En effet, le motif retenu par le conseil des prud’hommes pour requalifier le CNE, à savoir son incompatibilité avec la désormais fameuse convention 158 de l'Organisation internationale du travail (OIT) du 22 juin 1982, s’inscrit en totale contradiction avec la décision rendue, exactement sur ce même point par le conseil d’Etat (statuant au contentieux) dans sa décision du 19 octobre dernier. Mais le conseil des prud’hommes est une juridiction judiciaire et celle-ci n’a que faire des arrêts de la plus haute juridiction administrative (l’inverse étant du reste également exact).

Certes me dira t-on, rien ne prouve que le conseil des prud’hommes ou que toute autre juridiction du fond, aurait statué différemment si la cour de cassation s’était prononcée à l’instar du conseil d’Etat. Il n’en reste pas moins que, pour le justiciable, le risque juridique eût alors été nettement moindre puisque l’issue d’un recours aurait alors été largement prévisible.

Cette séparation entre les deux ordres de juridiction est autant néfaste pour le citoyen – qui, à juste titre, n’y comprend rien – que pour l’Etat – qui « organise » ainsi sa propre insécurité juridique puisque son « conseil juridique » (les formations administratives du conseil d’Etat) est institutionnellement et culturellement séparé de la juridiction judiciaire.

Cette affaire démontre à nouveau que la logique, l’histoire et la démarche de rationalisation de l’Etat commanderaient évidemment de réunir les deux ordres de juridiction, ou tout du moins les deux cours suprêmes (conseil d’Etat et cour de cassation), en un seul, comme l’ont fait la plupart des pays modernes.

Mais dire cela en France, c’est s’attaquer à l’une des vaches les plus sacrées de la haute administration… A ma connaissance personne n'y songe et aucun politique ne l'envisage publiquement (en privé, en revanche, ils sont nombreux à le souhaiter). Le lobby actif du conseil d'Etat pour tuer toute velléité de réforme sur ce point est on ne peut plus efficace...

par Cacambo publié dans : Droit
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Dimanche 30 avril 2006
Selon les goûts de chacun, on peut me considérer comme un "technocrate" ou un "serviteur de l'Etat". Je revendique les deux appellations. Je suis fonctionnaire. Bien que je sois économiste de formation, j'ai acquis une (relative) compétence technique, dans le domaine juridique.
J'ai été conduit à exercer diverses responsabilités dans plusieurs administrations de l'Etat.  Bien que mes engagements politiques soient toujours restés discrets, j'ai fait partie de plusieurs cabinets ministériels.
L'anonymat que je conserverai dans ce blog est pour moi une obligation liée à mon devoir de réserve. C'est aussi, je ne le cache pas, la contrepartie nécessaire d'une certaine liberté de propos.
Au risque de décevoir, je précise toutefois que ce blog ne sera pas le moyen de dévoiler des secrets d'Etat ou de règler des comptes avec qui que ce soit.
Il se veut simplement un moyen de faire partager, avec ceux que tous ceux que celà peut intéresser, les points de vue que peut développer quelqu'un qui ne se considère pas plus intelligent qu'un autre mais qui, depuis plus de 10 ans, a le "privilège" (parfois triste) de voir de l'intérieur le fonctionnement des "hautes sphères" de l'Etat, et parfois  participer aux décisions qui y sont prises.
Modestement, j'espère ainsi contribuer à cette nouvelle forme de transparence démocratique que permet l'internet.
par Cacambo publié dans : Cacambo, sa vie, son oeuvre ...
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