Mercredi 31 mai 2006
Il y a dans le vocabulaire administratif des termes qui sont plus ou moins à la mode. Actuellement, il semble du dernier chic parmi mes semblables d'utiliser le terme "amodier", tellement plus joli que "atténuer" ou "aménager". Ca fait plus techno, et tellement plus plus sérieux... Le problème est que le verbe amodier n'a strictement rien à voir avec le sens qui lui est ainsi donné. Ainsi que celà est rappelé mieux que je ne saurais le faire dans les sites les plus sérieux (cf. notamment "langue française.fr"), "amodier" est un terme juridique signifiant "louer ou concéder une terre ou une exploitation minière contre une redevance".

Merci donc à ceux qui me lisent de faire savoir celà autour de vous. Peut-être m'éviterez-vous ainsi de passer pour un ringard grognon, comme autour de moi, à chaque fois que je refuse de signer ou de viser une note employant à contre-sens ce malheureux verbe (celà vient encore de m'arriver ce matin...).
par Cacambo publié dans : Cacambo, sa vie, son oeuvre ...
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Dimanche 28 mai 2006
La lecture du blog de Paxataxore m'amène à signaler son billet très intéressant sur les "opinions dissidentes" dans les décision de la Cour Suprême aux Etats-Unis, billet commentant une chronique de Findlaw à ce sujet. Je ne dirai rien de mieux que Paxatagore sur l'analyse de cette chronique. En ce qui me concerne, je trouve néanmoins curieux que personne en France (sauf erreur de ma part) ne semble sérieusement s'interroger sur l'absence de toute possibilité "d'opinions dissidentes" dans nos collégialités judiciaires, administratives ou constitutionnelles et sur l'éventuel intérêt d'introduire un tel dispositif pourtant fréquent à l'étranger, ainsi que dans les juridictions internationales.

Certes, me dira t-on, nous n'avons pas de tradition juridique en ce sens (même sous l'ancien droit, sauf erreur de ma part). Et alors ? Quant à l'argumentation selon laquelle les opinions dissidentes seraient un facteur d'affaiblissement de l'autorité de la décision rendue, je ne peux que renvoyer sur ce point aux articles ci-dessus mentionnés et observer que les pays dans lesquels la tradition de l'opinion dissidente existe ne me semblent pas ceux dans lesquels les décisions judiciaires ont le moins d'autorité...

En ce qui me concerne, je vois beaucoup d'avantages à ce système d'opinions dissidentes qui fonctionne notamment (à la satisfaction générale) au sein de la CEDH.

Je lui trouve d'abord l'avantage de la transparence. Je ne vois pas pourquoi le justiciable serait privé de la connaissance des débats qui peuvent parfois diviser ses juges. Par ailleurs, pourquoi ne serait-il pas souhaitable de savoir que telle ou telle jurisprudence est plus ou moins fragile, selon le nombre d'opinions dissidentes, ou au contraire fermement établie lorsque la décision a été acquise à l'unanimité ?

Je vois surtout dans ce dispositif des "opinions dissidentes" un moyen efficace pour responsabiliser chaque membre d'une collégialité, qu'il s'agisse de ceux qui ont emporté la décision (qui ne peuvent ainsi se dissimuler derrière leur anonymat) ou de ceux qui y étaient opposés (et qui sont en mesure d'exprimer leur opinion individuelle et, à défaut, rejoignent donc la majorité).

Ce dernier point rejoint du reste la réflexion entamée par mon récent billet dans lequel je faisais part de certaines réserves que m'inspire l'unanimisme apparent de la "commission Outreau" au sujet de la collégialité. Peut-être que le dispositif de "l'opinion dissidente" serait un système permettant de concilier les avantages de la collégialité et la nécessaire responsabilisation individuelle de ses membres ? Pourquoi ne pas en essayer au moins l'expérimentation, au sein du conseil constitutionnel par exemple ? Suggestion à transmettre aux spécialistes "justice" et "institutions" des principaux candidats de 2007 ...
par Cacambo publié dans : Droit
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Dimanche 28 mai 2006
La lecture de la presse de la semaine passée m'apprend les derniers développement de l'affaire Tapie (cf. l'article dans nouvelobs.com). On nous y rappelle que l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 30 septembre 2005 (frappé d'un pourvoi en cassation), qui avait, pour l'essentiel donné raison à Nanard et lui avait accordé la modique somme de 135 millions d'euros, souffrait de deux critiques essentielles :

- l'une était une erreur de calcul flagrante puisque la cour indiquait dans son arrêt que "La perte de chance de réaliser le gain dont a été privé le groupe Tapie est constituée par la différence entre le prix de vente des 78 % du capital d'Adidas en décembre 1994 () et le prix perçu en janvier 1993, soit 1,313 milliard de francs, dont le tiers (438 millions) serait revenu au groupe Tapie, les deux tiers (875 millions) au Crédit lyonnais". Or, il ne faut pas être très matheux pour constater que 3,498 - 2,085 = 1,413 et non 1,313 comme l'avait indiqué la cour. Selon le raisonnement de la cour d'appel, l'erreur (100 millions tout de même...) portait donc sur le tiers de ce montant, donc 33 millions.

- l'autre, plus juridique, selon les commentateurs les plus autorisés, venait de ce que la cour avait fondé son raisonnement sur la perte d'une chance (de gain) alors que l'indemnisation accordée correspondait à la totalité de ce gain qu'aurait pu espérer Nanard. Or, l'indemnisation de la perte d'une chance ne peut en aucun cas être égale au montant total de la perspective de gains, car celà reviendrait à indemniser la perte d'un gain certain, et non la perte d'une chance...

C'est notamment sur la base de cette deuxième critique que le Crédit Lyonnais (ou plutôt le CDR, venant aux droits du CL) a attaqué l'arrêt en cassation. Parallèlement, notre ami Nanard faisait une requête en rectification d'erreur matérielle pour demander à la cour de réhausser le calcul en sa faveur (pour 33 millions de francs, même réduits en euros, celà se comprend...)

Or, il semblerait qu'au lieu de corriger cette erreur à l'occasion de cette requête en rectification en erreur matérielle qui lui était présentée, la cour ait "justifié" le calcul en faisant état d'une "erreur de dactylographie" (dixit le Président de ladit cour), erreur qui aurait conduit à occulter une partie de la motivation de l'arrêt : l'objectif serait de faire apparaître que la différence de 100 millions d'euros correspondait en fait à la réduction des dommages et intérêts liés à l'existence d'un aléa et "sauver" ainsi l'arrêt d'appel de la cassation de ce chef...

Je vais demander à mes juristes préférés de me donner leur avis sur cette affaire, mais l'attitude de la Cour me paraît très douteuse dans cette affaire. Déjà, la simple existence d'une erreur de calcul de 100 millions, a fortiori dans une affaire qui était loin d'être banale ou sans enjeu, donne une impression d'amateurisme du système judiciaire qui laisse pantois... Mais que la cour tente de "sauver" son arrêt de la cassation, en "inventant" rétroactivement une motivation sur la question de la perte d'une chance, me semblerait autrement plus grave. En admettant même que "l'erreur de dactylographie" évoquée par le président de la cour corresponde à la réalité, le simple fait que les apparences ne puissent franchement pas corroborer cette thèse aurait dû, à mon sens, conduire la cour à s'abstenir d'en évoquer l'existence. Le risque est sinon que le citoyen que je suis se mette à douter (aussi) du fonctionnement de la justice de son pays en pensant que, peut-être, elle ne serait pas si impartiale qu'elle le devrait ?

Je précise à toutes fins que j'aurais tenu le même raisonnement si, entre Nanard et le CL, les rôles avaient été inversés...
par Cacambo publié dans : Droit
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 27 mai 2006
Continuation de cette triste affaire sur le plan juridique. Marine Le Pen annonce son intention de déposer un recours en excès de pouvoir contre le décret d'amnistie. Certes, je crois me souvenir qu'un tel type d'acte est généralement considéré comme insusceptible de recours, subsistance de la théorie des actes de gouvernement. Mais après tout pourquoi ne pas faire de jurisprudence-fiction en examinant les possibilités que pourrait avoir la juridiction administrative si elle voulait se pencher sur cet intéressant sujet ?

- en ce qui concerne l'ouverture du droit au recours, les choses me semblent paradoxalement relativement simples : la théorie des actes de gouvernement est en voie de disparition et, contrairement à la grâce, l'amnistie ne relève pas du pouvoir souverain du Prince (encore qu'en l'espèce....) mais constitue un acte pris en application d'une loi, dans des conditions relativement encadrées. Un contrôle juridictionnel n'aurait donc rien d'absurde en la matière.

- La question de la qualité pour agir me semble plus problématique car on ne voit pas en quoi un parti aurait intérêt (au sens juridique, bien sûr) à contester l'amnistie accordée à une personne...  On peut néanmoins estimer qu'en considération de leur rôle constitutionnellement reconnu (article 4 et préambule de la constitution), les partis politiques (quels qu'ils soient...) ont un intérêt à la défense de la moralité publique et au respect de la séparation des pouvoirs.

- Il reste la question de fond : le décret est-il illégal ? je n'ai guère de doute sur le fait qu'en admettant que le Conseil d'Etat retienne sa compétence en la matière (ce qui serait déjà une révolution juridique), il n'exercerait au mieux qu'un contrôle restreint, pour des raisons évidentes. Or, l'heureux bénéficiaire du décret justifie bien de mérites sportifs indéniables (bien qu'anciens). Il ne relève pas des exceptions à l'amnistie (comme l'a noté Maître Eolas, l'exception prévue par l'article 14-5 de loi porte sur l'abus de confiance et non sur le recel de ce délit ; et ce n'est pas une erreur du législateur car le recel est au contraire expressément visé dans d'autres cas d'exclusion). Le détournement de pouvoirs n'est pas démontrable en l'espèce... Il resterait donc un éventuel contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation, qui ne semble toutefois pas évidente à démontrer au plan juridique (l'éventuelle erreur politique d'appréciation ne relevant évidemment pas du contrôle du juge...).

Au terme de ce raisonnement rapide, je dois admettre donc qu'il faudrait au juge administratif beaucoup de bonne volonté - sans doute trop - pour accepter d'annuler ce décret. Il vaut  donc mieux laisser sa sanction aux électeurs...
par Cacambo publié dans : Droit
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Vendredi 26 mai 2006
Il est difficile d'ajouter quoique ce soit de bien pertinent à ce qu'a déjà écrit Eolas et aux commentaires qui lui font suite, au sujet de cette amnistie de Guy Drut.  Les mots me manquent pour exprimer le dégoût face à une telle décision ... Je n'ose évidemment pas penser aux voix gagnées par M. Le Pen grace à celà... Et pendant ce temps, il faut continuer à expliquer aux jeunes de ma banlieue - et des autres - que la loi républicaine est égale pour tous...

Sur la procédure, on notera que l'intéressé n'avait pas même cru bon de faire appel de sa condamnation (faut-il croire qu'il n'avait pas confiance en la justice de son pays ?). Il est vrai qu'une amnistie est tellement plus facile - et moins risquée - à obtenir qu'un arrêt d'appel.

S'agissant de la motivation (superfétatoire pour ce type d'acte administratif) de cette décision, on ne glosera pas sur le fait que les intérêts sportifs de la France n'ont évidemment rien à gagner, bien au contraire, à être défendus par une personne condamnée ... Oups, ma plume a fourché et j'avais oublié que je n'avais plus le droit de dire celà sauf à tomber sous le coup de l'article 15 de la loi du 6 août 2002 sanctionnant de 5000 euros d'amende "toute référence à une sanction ou à une condamnation amnistiée sur le fondement de la présente loi" (gageons qu'une telle condamnation ne serait sans doute pas amnistiée) ... il faudra donc se contenter de dire que les faits commis par l'intéressé étaient, voire auraient été "condamnables" (l'amnistie interdit certes d'évoquer la condamnation mais n'efface pas les faits qui peuvent donc être rappelés sans crainte de poursuites pénales et évoquer une simple (et hypothétique) possibilité d'une condamnation ne me semble pas non plus relever des sanctions prévues par le texte), et à renvoyer à la remarquable analyse développée par diner's room sur les liens entre amnistie et mémoire... On peut également, comme Eric Dupin, rappeler que le mérite exceptionnel de Guy Drut remonte juste à ... 30 ans, à moins que le président n'ait pris en compte d'autres mérites exceptionnels, moins sportifs et plus politiques.

Ne comptant guère sur le recours annoncé par Marine Le Pen contre ce décret... Il me reste l'espoir que le CIO - qui n'est pas soumis à cet oubli légal imposé par le droit pénal français - ne cautionne pas cette manipulation digne d'une République bananière et, la disparition de la faute pénale laissant entière la faute éthique, ne réintègre pas M. Drut. Il est toutefois bien triste que l'on en vienne à espérer une nouvelle humiliation publique de notre pays pour sauvegarder un minimum de morale publique...

Et il est difficile de bien servir un Etat quand on en a honte... Finalement, la seule chose rassurante dans cette affaire est que, malgré la torpeur du pont de l'Ascencion, cette affaire ne soit pas passée inaperçue... après avoir regardé sur I Télé la triste prestation de Renaud Donnedieu de Vabre qui, sans rire, nous a expliqué les vertus de la transparence démocratique, j'attends avec intérêt les déclarations de Jean-François Copé qui, bien sûr, selon son engagement, nous parlera sans "langue de bois" de cette affaire...
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Vendredi 26 mai 2006
Selon Le Monde, il semble que l'une des propositions de la commission d'enquête d'Outreau pourrait être de "supprimer les juges uniques que sont le juge d'instruction et le juge des libertés et de la détention (JLD) au profit de juridictions collégiales et départementales de l'instruction". Le débat a le temps de se prolonger et je me souviens du temps où, étudiant, mon professeur me parlait de la mise en vigueur imminente de la réforme Badinter consistant précisément à "collégialiser" l'instruction... c'était en 1985. Je trouve toutefois curieux l'unanimisme qui semble ainsi se dessiner autour d'une telle réforme dont le bon sens ne me paraît pas évident.

Sur le fond tout d'abord, je trouve toujours surprenant qu'en France, on se focalise ainsi sur la procédure d'enquête et l'instruction, la phase de jugement paraissant finalement n'interesser pas grand monde. En l'espèce, on veut établir une collégialité (qui n'a jamais existé) lors de la phase d'instruction. Doit-on rappeler que, parallèlement, le tribunal correctionnel dont la composition de principe est de trois juges, se trouve quant à lui de plus en plus souvent restreint à un seul (Article  398-1 du code de procédure pénale). Le juge unique correctionnel qui était à l'origine (en 1972) "réservé" aux affaires de chèques sans provision (avant leur dépénalisation) devient désormais pratiquement le juge de droit commun en matière de délinquance routière, de violences, de vol de dégradations etc, soit la grande majorité des affaires correctionnelles... avec la possibilité de prononcer une peine maximale jusqu'à 5 ans... On notera du reste que l'extension des compétences de ce juge unique est particulièrement sensible au cours des dernières années. Où est la cohérence du législateur ? Allons-nous donc arriver à une situation paradoxale où les affaires seront instruites par trois juges et jugées par un seul ? je ne suis pas sûr que la lisibilité du système judiciaire y gagnera.

En pratique ensuite (et sans parler des problèmes de moyens inéluctablement posés par une telle mesure et qui sont à l'origine de l'abandon de la réforme "Badinter"), quiconque a un jour participé à une instance collégiale sait bien que "collégialité" ne signifie pas toujours "débat" : bien souvent, un seul des membres de la collégialité a étudié le dossier et les autres se contentent d'avaliser son opinion ou, tout au plus, de contrôler "l'erreur manifeste d'appréciation".

Enfin, il me semble que nos législateurs oublient un peu la déresponsabilisation que permet la collégialité. Tout "décideur" (public ou privé) sait que la décision collégiale est souvent beaucoup plus commode que la décision individuelle (ce n'est sans doute pas pour rien que les syndicats de magistrats soutiennent cette idée). L'anonymat de la collégialité (ce n'est pas moi, c'est la majorité), entraîne en effet la dilution voire la disparition de la responsabilité individuelle des décideurs. Je trouverais paradoxal que cette affaire d'Outreau, à l'occasion de laquelle on aura si souvent parlé de responsabilité des juges, se traduise par une réforme des plus déresponsabilisante pour ceux-ci.


par Cacambo publié dans : Institutions et politique
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Jeudi 25 mai 2006
Je n'ai encore jamais parlé de ce rituel gouvernemental que sont les "réunions interministérielles". alors qu'on ne parle jamais de ces réunions en faculté de droit, ce sont pourtant elles qui marquent l'activité de direction du Gouvernement par le Premier Ministre et son cabinet. Il s'agit en fait, simplement, des réunions organisées à Matignon par le cabinet du Premier Ministre entre les différents ministères intéressés par tel ou tel sujet, en vue (en principe) de trancher les éventuels avis divergents des différents ministères et de rendre les "arbitragesé" gouvernementaux.
Des "réunions interministérielles" ("RI" ou "inter" dans notre jargon), il y en a sur tout (la vache folle, le budget de tel ou tel établissement public, les projets de lois, des communications en conseil des ministres etc.) et parfois n'importe quoi ... J'y reviendrai surement au fil du blog...
Les participants sont de niveau hiérarchique varié, il existe des réunions réservées aux directeurs de cabinet, aux seuls membres de cabinets, ou sans précision. En général, le format de la délégation d'un ministère est un membre du cabinet du ministre et un ou plusieurs représentants des administrations. Les réunions sont présidées par un ou plusieurs membres du cabinet du Premier Ministre assisté d'un représentant du secrétariat général du gouvernement.
Je reparlerai le moment venu de ces réunions, tout au plus puis-je noter que celles que j'ai eu en début de semaine n'ont fait que confirmer un constat que je fais depuis quelques années ... la tendance notable à l'inflation du nombre de participants à ce type de réunions. Il est vrai que les convocations du secrétariat général du gouvernement mentionnent rituellement que la limitation du nombre de chaque représentation ministérielle à deux personnes, mais cette injonction n'est en réalité jamais respectée et l'on voit régulièrement certains ministères (les finances sont des spécialistes) arrivant à 5 et plus... Comme ceci se conjugue avec un nombre de plus en plus grand de ministères convoqués aux réunions (chaque ministère s'estimant concerné par tout - ou presque), on arrive à un format global de réunion dépassant souvent 30 à 40 personnes avec souvent 3, 4 ou 5 conseillers du Premier Ministre co-présidents... Sans être pourtant un doyen, je me rappelle que, lorsque j'ai commencé à fréquenter ce type d'instances au milieu des années 1990, le format moyen d'une "RI" était de 10 à 15 personnes et d'1 ou 2 conseillers du Premier Ministre.
Evidemment, ces réunions sont de ce fait souvent inutiles (débats impossibles, décisions inexistantes). Elles sont donc doublées de plus en plus souvent par des "réunions informelles" qui,  selon un format plus restreint, prennent les vraies décisions.
Comme on le voit, la réforme de l'Etat est en marche.
par Cacambo publié dans : Cacambo, sa vie, son oeuvre ...
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Mercredi 24 mai 2006

A mes heures perdues, je me suis offert la lecture de l'édition française de l'ouvrage de Ronald Coase "l'entreprise, le marché et le droit" (éditions d'organisation, 2005). Parmi les différents articles repris par cet ouvrage (tous brillantissimes, ne serait-ce que par leur approche résolument originale de l'économie), je relève le constat de l'auteur sur les "bourses de valeur".

Alors que les marchés boursiers sont en général présentés par les économistes comme de modèles de concurrence pure et parfaite, on tend souvent à oublier qu'une condition à l'existence et au bon fonctionnement de ces mêmes marchés est l'hyper-règlementation qui en encadre - de façon très contraignante - les échanges.

Certes, l'auteur relève qu'il ne s'agit pas d'une réglementation d'orgine gouvernementale mais plutôt professionnelle. Mais, outre le fait que l'origine de la réglementation ne change pas grand chose à sa nature, ce point me paraît désormais largement caduc tant les règlementations gouvernementales en ce domaine se sont multipliées en France comme aux Etats-Unis. En toute hypothèse, il suffit de d'examiner les réglementations issues de l'Autorité des Marchés Financiers, du code Monétaire et Financier, des différentes lois ("Nouvelles Régulations Economiques", "Sécurité Financière", "Confiance et modernisation de l'économie" etc...), pour constater, en France comme ailleurs, que la liberté concurentielle dont bénéficient les marchés boursiers s'achète au prix d'une contrainte règlementaire (y compris pénale) sans équivalent dans tout autre secteur de l'économie...

Je laisse au lecteur tirer les conclusions qu'il souhaitera de ce constat. J'y reviendrai peut-être en ce qui me concerne au hasard d'un prochain billet.

par Cacambo publié dans : Economie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 23 mai 2006
La vie des ministères (et surtout des cabinets) est rythmée, quotidiennement par l'arrivée du "Monde" (je me souviens d'un ex-Premier Ministre qui avait fait part devant moi de sa surprise lors de son premier jour à Matignon quand l'huissier est venu lui apporter son "Monde" sur un plateau d'argent...) et hebdomadairement par celle du "canard enchaîné" (que les cabinets reçoivent en général dès le mardi soir)... Je confesse en ce qui me concerne une nette préférence pour cette dernière publication. Grâce à un collègue, j'ai pu croquer le palmipède dès ce soir. Lecture toujours instructive. On y apprend notamment :
- que l'administration centrale de M. de Robien diffuse à ses agents un "guide" leur apprenant à se "reposer assis" et même ... à choisir la meilleure position sexuelle, croquis à l'appui (!) ;
- que "Le Figaro" - nostalgie inavouée sans doute du stalinisme qu'il a tant combattu - trafique les photos pour éviter de montrer notre président préféré en mauvaise compagnie avec certain financier japonais (conception particulière de la liberté de la presse, le pauvre Beaumarchais n'a pas mérité celà) ;
- que les plans du Clémenceau n'avaient sans doute jamais été ouverts depuis 1961 (pour chiffrer devant les tribunaux de notre pays et de pays étrangers l'amiante restant dans le navire, nos marins s'étaient donc référés à l'âge du capitaine ?).
- etc. Je ne dévoile pas tout car il faut bien vous laisser acheter cet honorable journal. En ce qui me concerne, bien que j'en dispose à mon bureau, je continue à m'astreindre de l'acheter chaque semaine, estimant que je participe ainsi à la vie d'un journal qui vit de ses ventes, n'est dépendant d'aucun annonceur (puisqu'il n'a pas de publicité), et pourtant affiche des comptes à faire envier toute la presse de ce pays (comme quoi, la qualité paie parfois, leçon que devrait méditer certains organes quotidiens).
Certes, je ne partage pas tous les partis-pris dudit canard, mais après tout qu'importe. Force est du reste de constater que pour les affaires que j'ai pu connaître et qui ont eu le bonheur (?) d'intéresser le caneton, j'ai rarement constaté d'erreur factuelle (à la différence de nombreux autres journaux dits de référence) ; tout au plus des interprétations plus ou moins hasardeuses.
C'était ma soirée publicité (non rémunérée).
par Cacambo publié dans : Cacambo, sa vie, son oeuvre ...
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Lundi 22 mai 2006

La presse se fait état de la prochaine (?) parution de la réforme du code des marchés publics destinée à assurer sa compatibilité avec les "nouvelles" directives applicables (directive du 31 mars 2004 2004/17/CE dite "réseaux" et 2004/18 dite "classique").

Je ne remets pas en cause la nécessité de nous mettre en conformité avec le droit européen mais, j'observe néanmoins que depuis la parution du "nouveau" code des marchés publics en janvier 2004 (décret 2004-15 du 7 janvier 2004), les textes relatifs à la "commande publique" ont fait l'objet :

- de deux ordonnances (n° 2005-645 du 6 juin 2005 relative aux procédures de passation des marchés publics des collectivités territoriales et 2005-649 du 6 juin 2005 relative aux marchés passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics)

 - et de cinq décrets dont trois décrets modifiant le code des marchés publics (2005-601 du 27 mai 2005, 2005-1008 du 24 août 2005 et 2005-1737 du 30 décembre 2005 modifiant les seuils mentionnés dans le code des marchés publics et deux décrets d'application de l'ordonnance du 6 juin 2005 (2005-1308 du 20 octobre 2005 relatif aux marchés passés par les entités adjudicatrices, et 2005-1742 du 30 décembre 2005 fixant les règles applicables aux marchés passés par les pouvoirs adjudicateurs)

Et je ne compte évidemment pas les textes spécifiques à tels ou tels contrats publics (lois "sécurité intérieure" "justice" ou "santé", l'ordonnance de juin 2004 sur les contrats de partenariats etc).

Certes, il s'agit de textes s'adressant en principe à des professionnels (encore que ?), certes, le changement politique de 2002 se traduit naturellement par une modification de textes, certes il ya eu des annulations partielles par le Conseil d'Etat de certaines dispositions, certes nous ne sommes pas responsables de la parution des directives européennes (mais, de janvier 2004 (date du nouveau code à mars 2004 (date des directives ne pouvait-on pas différer la parution du nouveau code pour l'adapter immédiatement aux directives ?). Toutes ces explications sont bonnes. Mais le résultat est là. Et il est consternant pour l'utilisateur et le citoyen.

par Cacambo publié dans : Droit
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Pourquoi ?

Ce blog a pour objectif d'offrir à son auteur, tenu dans sa vie professionnelle à une stricte obligation de réserve, un espace de libre commentaire de l'actualité institutionnelle, juridique et parfois économique française. Son point de vue est celui d'un témoin relevant de l'auto-proclamée "haute administration", et qui, par ses fonctions, se trouve à devoir pratiquer, bon gré mal gré, le droit sous toutes ses formes, bien que ce ne soit pas son "métier de base".
Tous vos commentaires sont les bienvenus, vous pouvez aussi m'écrire directement.
Si vous tenez vraiment à en savoir plus (mais pas trop) sur moi, vous pouvez mener votre enquête ou cliquer ici.

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
blog d'actualité sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus