Mercredi 30 mai 2007

Intéressante innovation du "Gouvernement Sarkozy-Fillon" dans la composition de leurs équipes :  les principaux conseillers économiques de chacun des niveaux politiques (présidence de la République, Premier Ministre, Ministre de l'Economie) ont tous une expérience significative du secteur privé. Le secrétaire général adjoint à la présidence de la République (en charge des questions économiques) est un banquier d'affaires (certes relativement récent, mais il semble que son activité ait été remarquée). Le directeur adjoint du cabinet du Premier Ministre (également en charge des questions économques) est un avocat reconnu, notamment dans le domaine du droit européen. Le directeur du cabinet du Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi vient quant à lui directement du monde de l'entreprise où il a fait l'essentiel de sa carrière.

Une telle composition, qui ne peut pas totalement être le fruit du hasard, est à ma connaissance une première dans la (petite) histoire de la République. Indépendamment de toute considération politique, je m'en réjouis puisque celà traduit que les départs du public vers le privé (à mon avis souvent critiqués à tort) peuvent être aussi des allers-retours. Or je suis convaincu que le service de l'Etat a tout à gagner à s'entourer de personnes ayant connu (autrement qu'au cours de stages plus ou moins bidons) les contraintes - et aussi peut-être certaines facilités - du "secteur privé".

Certes, des mauvaises langues feront certes valoir que tous les 3 sont (ou étaient) aussi inspecteurs des finances... Et alors ? compte tenu de leurs profils très différents, on peut difficilement leur reprocher d'être issu d'un quelconque "moule" alors même qu'au moins les deux derniers cités n'ont sans doute pas passé beaucoup plus d'un tiers de leur vie professionnelle dans l'administration française ). En toute hypothèse, il n'est sans doute pas mauvais qu'ils aient une certaine connaissance de l'administration qu'ils sont censés superviser.

Pour cette fois, je ne bouderai donc pas un plaisir certain. 

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Jeudi 24 mai 2007

La période de composition des cabinets ministériels est un moment particulièrement réjouissant pour l'observateur (c'est-à-dire celui qui, comme moi, ne candidate pas à une fonction quelconque en leur sein)... Il y aurait beaucoup à dire sur sur ce sujet. Beaucoup a déjà été dit avec plus d'autorité que je n'en aie... Pour ma part, je me bornerais à ce stade à quelques observations en vrac :

- On rappellera tout d'abord que le concept de "cabinet ministériel" se rapporte à l'équipe personnelle entourant un ministre. Bien que les frais de cette équipe soient intégralement pris en charge financièrement par l'Etat , les cabinets ne font pas partie de l'administration (ou "services") du ministère mais n'ont (au moins en théorie) qu'un unique rattachement au ministre et la cessation des fonctions de celui-ci entraîne ipso facto la cessation des fonctions des membres du cabinet l'entourant. Concrètement, un cabinet a à sa tête un "directeur de cabinet" (le "dircab" pour les intime) et parfois un "conseiller spécial du ministre" (il s'agit souvent d'un "dircab" bis, dont le positionnement réel et le rôle est très variable selon les cas). Le "dircab" est pratiquement un vice-ministre, c'est lui qui fait tourner la machine administrative. Il est assisté d'un (quelquefois plusieurs) "directeurs de cabinets adjoints" (les sous chefs). L'équipe du cabinet est également constituée, par ordre hiérarchique (théorique), d'un certain nombre de "conseillers auprès du ministre" (très bien) de "conseillers du ministre" (un peu moins bien) et de "conseillers technique" (la piétaille). Tout celà est évidemment assez largement théorique et l'organisation pratique dépend de beaucoup de facteurs personnels liés au ministre (certains conseillers ne voient quasiment jamais leur ministre, d'autres très souvent, des conseillers peuvent avoir, en fait, beaucoup plus d'influence que le directeur-adjoint, voire que le directeur lui-même etc.). Le tableau ne serait pas complet si on omettait le "chefcab" (chef de cabinet), et parfois son adjoint, qui sont en charge de l'intendance du ministre (agenda, organisation de ses déplacements notamment) et de son cabinet (recrutement, rémunération). Et, last but not least, le "SP" (le secrétariat particulier) composé d'une ou plusieurs personnes et dernier rempart avant la personne de celui-ci... Au total, il existe en général au sein des cabinets trois "équipes" (concept évidemment informel et fluctuant selon les cas), une en charge de l'intendance (SP et chefcab), une en charge des questions de "pure" politique (conseillers parlementaires, chargés de communication) etune en charge des questions techniques (mise en oeuvre au sein du département ministériel de la politique gouvernementale et suivi de l'activité des services administratifs du ministère). Cette dernière est, de loin, la plus nombreuse.

- L'originalité du cabinet (par rapport à l'administration du ministère) est que celui est composé en principe librement par le Ministre qui choisit et révoque "ad nutum" ses membres (qui sont le plus souvent fonctionnaires, mais les contractuels issus du secteur privé ne sont pas rares) et qui sont nommés (et révoqués) par simple arrêté ministériel, en principe sans aucune autre formalité ni condition (le ministre peut en théorie employer à son cabinet absolument qui il veut)... Le recrutement n'est encadré par pratiquement aucune règle si ce n'est l'article 11 du décret du 16 juillet 2004 prohibant pour les fonctionnaires appartenant à "un corps issu de l'ENA" (sauf mise en disponibilité), le départ en cabinet avant 4 années de service effectif au sein de leur corps d'origine.

- En réalité toutefois, depuis déjà plusieurs années, la liberté du ministre est depuis déjà plusieurs années assez strictement surveillée par le Premier Ministre ce qui semble avoir été officialisé désormais avec cette nuance qu'il semble que ce contrôle de la composition des cabinets soit aujourd'hui bien plus exercé par l'Elysée que par Matignon ...Conséquence logique de la nouvelle présidentialisation du régime. En pratique, il semble que l'actuelle équipe présidentielle exerce a minima un droit de veto sur la nomination au moins des directeurs de cabinets et de leurs adjoints, voire des conseillers.

- L'existence même des cabinets (c'est-à-dire d'une équipe attachée à la personne du ministre) n'est pas en tant que telle une "exception française". Ce qui l'est en revanche c'est, d'une part le nombre de personnes composant ladite équipe (selon les ministères, entre 15 et 30 personnes, voire plus), là où (notamment dans les pays anglo-saxons) on se limite en général à 3 à 5 personnes et, d'autre part, le fait que cette équipe "doublonne" parfois le travail effectué par les administrations centrales. Dans le cas présent, j'ai noté avec intérêt que le Premier Ministre avait demandé par circulaire à ses ministres de plafonner les effectifs de leurs cabinets à 20 personnes. Les expériences passées conduisent à être dubitatifs sur ce type d'annonces... Il a été dans le passé de pratique courante de contourner ce type de limitation en multipliant les "conseillers officieux", qui ne sont pas nommés par arrêté mais qui sont mis à disposition par une administration du ministère et qui, en fait, exercent les mêmes fonctions que n'importe quel conseiller "officiel".

- Le recrutement en cabinet se fait de différentes manières. Certains (les moins nombreux) y arrivent du fait d'un engagement politique préalable... Les plus nombreux (notamment dans les "équipes techniques") y viennent à la suite d'une forme de "droit de présentation" que s'auto-attribuent les grandes directions du ministère considéré et, surtout, les "grands corps" (Conseil d'Etat, Cour des Comptes, corps préfectoral, inspection des finances). Le ministre choisit personnellement les "têtes" de son cabinet (modulo ce qui a été indiqué ci-dessus sur le rôle de l'Elysée et/ou de Matignon), les "grouillots" étant en général cooptés par les premiers... Au total, les équipes sont souvent bien plus diversifiées qu'on ne le pense et souvent loin d'être politiquement monocolores... Et les cas de "passages" d'un cabinet de gauche à un de droite (ou vice versa) ne sont pas exceptionnels. Au total, il y a bien souvent au sein des cabinets (et dans le cadre des réunions interministérielles dont il a déjà été question ici) des discussions de fond paradoxalement beaucoup plus libres et ouvertes qu'au parlement par exemple...

- Je termine avec un "vrai sujet" qui passionne beaucoup certains au sein de la haute fonction publique... la place des différents "corps de l'Etat", censée, à tort ou à raison, refleter leur influence au sein de l'Etat. Il existe évidemment quelques "chasses gardées traditionnelles" (corps diplomatique au ministère des affaires étrangères, coprs préfectoral à l'intérieur, magistrats judiciaires à la justice). Au-delà de ces citadelles, il semble que la composition des nouveaux cabinets traduisent la poursuite de la prédominance du corps préfectoral déjà constatée sous le précédent gouvernement, mais aussi une remontée remarquée de l'inspection générale des finances, au détriment semble t-il du Conseil d'Etat (qui était sensiblement mieux "servi" par le gouvernement Jospin) et surtout de la Cour des Comptes.  qui semble, selon les meilleurs observateurs, en net déclin. Je laisse à tout un chacun le soin d'en tirer les conclusions qu'il souhaite (pour ma part, je ne suis pas sûr qu'il y ait quoique ce soit à en conclure)...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 18 mai 2007

Premier article de ce que j'envisage être une courte série de commentaires sur "le nouveau gouvernement vu du coté de son administration".


La nouvelle équipe gouvernementale est donc en place. Nous connaissons l'identité des heureux élu(e)s et celle de leur département ministériel.

Avant de commenter rapidement la pertinence de la nouvelle organisation gouvernementale, on commencera par noter qu'une fois de plus, la tradition consistant à... tout changer est respectée. A part la Justice et la Défense, seuls oasis de stabilité dans ce monde de brutes, ce gouvernement, comme ses prédecesseurs, a donc à nouveau changé presque tous les intitulés - et donc les compétences - de presque tous les ministères...

Cette "tradition du bouleversement" a incontestablement ses avantages, le premier d'entre eux étant bien sûr de donner au nouveau président l'occasion d'afficher ses priorités par contraste avec ses prédecesseurs. C'est évidemment le cas pour notre nouveau "ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l?Aménagement durables". Par ailleurs, la simple réduction du nombre de portefeuilles ministériels (ce qui impose évidemment la redistribution des attributions) est en soi un message passé à l'opinion...  De façon plus générale, il s'agit de montrer symboliquement qu'une "nouvelle ère" s'ouvre avec la nouvelle équipe.

Tout celà est fort bien, mais il me semble qu'on passe un peu vite sur les inconvénients entraînés par cette habitude. On citera d'abord, la période le veut, l'atteinte évidente au développement durable due au gaspillage de papiers à en-têtes qui doivent à chaque fois être détruits et renouvelés... Plus sérieusement, cette situation fait que pratiquement aucun département ministériel ne connait un périmètre stabilisé dans la durée. Ainsi, les différentes directions ne sont aucunement incitées à s'habituer à travailler ensemble non plus qu'à mutualiser leur moyens. Les "grandes directions" s'organisent donc pour travailler en autarcie en développant - avec plus ou moins de succès - en interne les compétences qui leur font défaut même si ces mêmes compétences existent dans la direction voisine, puisqu'on est jamais sûr que celle-ci ne "finira" pas entre les mains d'un autre ministre. Il en résulte évidemment un gaspillage de moyens (du fait des doublons ainsi entrenus) et/ou un niveau technique parfois médiocre (car toutes les administrations n'ont évidemment pas les moyens de maintenir en leur sein des compétences spécialisées, je pense notamment au domaine juridique ou financier). Par ailleurs, les "découpages" de l'administration étant infiniment plus stables que ceux du politique, les structures de direction elles-mêmes ne sont pas toujours cohérentes avec les compétences de leurs ministres et on arrive donc, de plus en plus, à voir des directions soumises à une double tutelle ministérielle (voire triple dans certains cas)... Au plan pratique, on notera également que cette habitude interdit toute rationalisation de la "géographie ministérielle" puisque les localisations géographiques des administrations ne peuvent aucunement répondre à une cohérence "ministérielle" (inexistante) et doivent se contenter d'une logique "directionnelle". On arrive ainsi à cette détestable pratique qui tend à se développer et qui consiste à "coincer" le ministre dans un superbe (mais radicalement non fonctionnel) hôtel particulier du 7ème arrondissement, tandis que les différentes directions de son ministère sont éparpillées à Paris et en banlieue... Au total, on arrive à une tutelle politique de l'administration sans cohérence avec l'organisation de celle-ci, tutelle souvent "éclatée" entre plusieurs ministres qui sont eux-mêmes géographiquement éloignés de leurs services... Ceci explique aussi les difficultés qu'a le pouvoir politique pour s'imposer au sein de l'administration.

On ne sait sans doute pas assez qu'il s'agit d'une de nos "exceptions françaises". La plupart des structures gouvernementales étrangères connaissent en effet une bien plus grande stabilité dans la définition des différents périmètres ministériels. Ceci n'empêche pas les changements, parfois substantiels (création du "department of Homeland Séecurity" aux Etats-Unis, d'un "Secretary of State for Justice" au Royaume-Uni), mais il s'agit en général d'évolutions ponctuelles, touchant un nombre limité de ministères et s'inscrivant du reste dans la durée ; la plupart des ministères "traditionnels" ne connaissent aucun bouleversement sur plusieurs dizaines d'années... La France est, à ma connaissance, quasiment le seul "grand" pays à bouleverser systématiquement la quasi-totalité de l'organisation gouvernementale à chaque changement.

Je précise que ces remarques ne doivent pas être interprétées comme autant de critiques contre les choix effectués (on y viendra en son temps) : les choses étant ce qu'elles sont, M. Sarkozy n'avait pas d'autres possibilités que de procéder à sa propre réorganisation gouvernementale... qui sera sans doute aussi éphémère que les précédentes.

Enfin, je terminerai en rappelant - pour les non-initiés de la nouvelle équipe gouvernementale - que la "vraie bataille" commence : celle des "décrets d'attribution" qui sont la traduction juridique (et opérationnelle) de la répartition entre les ministres des différentes structures administratives...  J'ai noté à cet égard avec intérêt le début d'une bataille à peine feutrée entre nos nouveaux ministres des comptes et de l'économie pour le contrôle de la direction de la législation fiscale, qui pourrait être l'un des exemples d'une de ces "double-tutelles" que j'évoque ci-dessus...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Mercredi 16 mai 2007
Petit billet pour annoncer mon très prochain retour après une longue absence due, a) à des problèmes personnels qui ne regardent que moi, b) à une situation professionnelle relativement instable en ces temps troublés, c) aux contraintes liées à la nature même de ces troubles et qui conduisent à devoir achever dans l'urgence un certain nombre d'affaires et en même temps à devoir préparer l'arrivée de la nouvelle équipe gouvernementale...

A très bientôt
par Cacambo publié dans : Cacambo, sa vie, son oeuvre ...
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