De retour de son exil canadien, Monsieur Juppé revient à Bordeaux et la majorité UMP/UDF du conseil municipal - représentant plus du tiers de celui-ci - démissionne afin de provoquer, en application de l'article L 258 L270 du code électoral, les élections municipales anticipées qui lui permettront de briguer à nouveau les suffrages de ces concitoyens.
La pratique de "l'élection de confort" n'est pas nouvelle, et la droite est loin d'en avoir le monopole, au point que nos médias se bornent à la constater sans même songer à la dénoncer.
On pourrait philosophiquement gloser sur ce "détournement de démocratie", puisque la finalité de l'élection n'est plus dans ces conditions de pourvoir à une fonction publique (personne ne conteste qu'elle était normalement exercée) mais d'instrumentaliser l'acte électoral - à des fins personnelles. A mon modeste niveau de technocrate, j'observe - et ce point n'a certainement pas echappé à l'ancien ministre du budget - qu'un récent "audit de modernisation" vient d'examiner le coût des élections et nous apprend qu'après une augmentation de ... 125 % par rapport à 1995, celui des élections municipales de 2001 s'est élevé à 2,55 euros par électeur inscrit. S'agissant d'une ville comme bordeaux, avec ses 110 915 électeurs en 2001, cette élection coûtera donc au contribuable (national) au moins 280 000 euros pour un bénéfice collectif qui paraît pour le moins douteux.
Tout celà serait sûrement un sujet intéressant à mettre au programme de l'Ecole Nationale d'Administration Publique... à titre sans doute d'illustration de l'exception française.
Addendum au 30 août 9h : j'entends ce matin qu'interrogé sur le coût pour la collectivité de cette élection, Alain Juppé aurait déclaré "il s'agit du prix de la démocratie". Certes. Il reste qu'en l'espèce, la démocratie n'est plus au service du citoyen mais devient un instrument - un peu lourd - au service d'une situation personnelle.
Changement de sujet pour mentionner dans le "Canard enchaîné" de la semaine dernière la publication des comptes du palmipède ... à coté desquels les résultats des "champions" nationaux et internationaux paraissent ridicules... Une fois de plus en effet, alors que pratiquement toute la presse d'information française, dans le meilleur des cas vivote, dans le pire des cas est en quasi-faillite, le "Canard enchaîné" quant à lui affiche des comptes qui feraient pâlir d'envie l'entreprise de croissance la mieux gérée, pratiquement sans endettement, avec des capitaux propres en croissance de 4 % par rapport à l'année dernière, un résultat net en hausse de 20 % et représentant ... 22 % du chiffre d'affaires de l'année. Le tout (sous réserve du résultat excpetionnel de l'année) obtenu au moyen des seules recettes de diffusion puisque, comme on le sait, le "Canard" ne recourt à aucune forme de publicité.
Peut-être que cet "exemple" pourrait faire méditer le reste de la presse française. On me dira sans doute que le modèle économique du "Canard" n'est pas reproductible par "Le Monde" ou "Libération" . C'est peut-être partiellement vrai, peut-être partiellement faux. J'ai déjà eu l'occasion de faire
l'éloge du palmipède hebdomadaire, donc je n'insisterai pas. Il reste que je ne peux m'empêcher de noter que le "Canard" diffuse des informations, qui pour être satiriques n'en sont pas moins en général factuellement exactes et ne sont pas le simple copier-collé d'une dépêche AFP. Que je ne partage pas toujours ses commentaires, mais que je n'ai pas le désagréable sentiment que leur teneur ou le choix des informations dépendent du budget publicitaire de certains annonceurs ou des relations "people" de tel ou tel rédac-chef...
Alors certes, le modèle du "Canard" n'est pas celui du reste de la presse française. N'est-ce pas aussi une raison de son succès ?
Je sors ce blog de sa torpeur estivale (et de celle de son auteur) à l'occasion de la sortie du rapport annuel de la commission de déontologie de la fonction publique de l'Etat. On rappellera d'abord pour mémoire que cette commission, instituée par l’article 87 de la loi no 93-122 du 29 janvier 1993, est obligatoirement saisie dans tous les cas de départ d'un fonctionnaire vers le privé (ou le secteur public concurrentiel) et doit donner un avis (consultatif) sur la compatibilité de l'activité que souhaite exercer le fonctionnaire dans le privé avec celle qu'il exerce au service de l'Etat. Il existe par ailleurs deux autres commissions, l'une pour la fonction publique territoriale et l'autre pour la fonction publique hospitalière. Si l'ordre du jour et l'humeur du parlement le permettent, ce dispositif devrait être substantiellement modifié par le vote du "projet de loi de modernisation de la fonction publique" déjà évoqué dans un précédent billet et voté en première lecture à l'Assemblée Nationale.
Je n'ai pas pu prendre connaissance du contenu du rapport car, contrairement à ce qui est complaisamment relayé par les médias (qui se limitent sans doute à citer le dossier de presse remis par la commission), ledit rapport n'est toujours pas à ce jour disponible sur le site de la documentation française. Je me bornerai donc (au moins à ce stade) à quelques brèves réflexions issues des commentaires que j'ai pu lire à ce sujet dans la presse. Celle-ci, reprenant sans doute un communiqué de la commission, met notamment l'accent sur le fait que les fonctionnaires seraient de plus en plus attirés par le privé, comme le traduirait l'augmentation sensible des avis rendus par la commission – 980 en 2005, soit 15,7 % de plus qu'en 2004.
Or, il me semble intéressant de rapporter ces 980 avis à l'effectif total de la fonction publique d'Etat, soit près de 2,5 millions de fonctionnaires (selon les données de l'observatoire de l'emploi public). On arrive ainsi à un avis pour 2550 fonctionnaires… Quelle que soit l'augmentation constatée, "l'attirance des fonctionnaires pour le privé" est donc toute relative… Finalement, ce chiffre traduit parfaitement une presque totale et très regrettable étanchéité entre les secteurs publics et privé, puisque les départs du public vers le privé sont rares et les arrivées du privé vers le public sont, pour d'autres raisons, pratiquement inexistantes.
Il y a donc bien deux France qui, au moins professionnellement, se regardent et se fréquentent, mais ne se mélangent pas. Je crains que les efforts du gouvernement avec le projet de loi de modernisation de la fonction publique ne soient pas suffisants pour remédier à cette situation qui me semble un frein essentiel à la réforme de l'Etat. Mais il est vrai qu'il faudrait pour cela qu'une certaine "bonne conscience collective" arrête de considérer de tels départs comme des formes de trahison plus ou moins suspectes (et aussi cesse d'assimiler les rarissimes arrivées du privé vers le public comme des formes de "parachutage" illégitimes), pour considérer au contraire qu'il s'agit à la fois d'un mode normal de gestion du personnel et aussi d'un enrichissement réciproque des sphères publiques et privées. Vaste programme qui, si l'on en croit les récents débats à l'Assemblée, n'est pas prêt d'être accompli….
Aujourd'hui, dernier conseil des ministres avant congés d'été... ce qui me donne l'occasion d'expliquer le net ralentissement de ma production d'articles au cours de ces dernières semaines. En effet, contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette situation n'est néanmoins pas (encore) liée à mes congés mais au contraire… à une surcharge de travail liée au rythme particulier des congés de la "machine gouvernementale".
En effet, ce rythme se caractérise notamment par la quasi-simultanéité des dates de vacances dans tous les échelons hiérarchiques supérieurs. En pratique, les conseils des ministres s'interrompant quelques semaines au mois d'août, le président de la République, le Premier Ministre et l'ensemble des membres du gouvernement prennent des congés au cours de cette période. Ceci constitue une situation relativement atypique par rapport au secteur privé (où, en règle générale, le N-1 assure l'intérim du niveau N), mais s'explique par le fait que les fonctions gouvernementales politiques sont par nature personnelles. Mais, cette spécificité s'accentue par le fait que la plupart des proches collaborateurs des ministres (cabinets et direction d'administration centrale) "calent" également leurs congés de façon strictement identique... A cet égard, la "canicule" de 2003 n'a fait que révéler au public un phénomène bien connu de la plupart des connaisseurs de l'administration et qui fait que, durant quelques semaines, la "permanence de l'Etat" n'est parfois "assurée" que par quelques conseillers dans chaque cabinet (souvent les derniers arrivés), en général incapable d'assumer la moindre responsabilité.
Au total, et sauf les dégats médiatiques pouvant résulter d'une canicule malencontreuse durant la période considérée (mais rien ne laisse à penser que la présence du ministre de la santé et de son cabinet eût permis de sauver la moindre vie), cette situation ne présente pas réellement d'inconvénient. Si ce n'est ma situation personnelle au cours des dernières semaines au cours desquelles, chacun se préparant à partir en congés, on tente désespérément de liquider ses dossiers avant... d'où une accélération brutale du rythme de décisions, de parapheurs à viser, à lire, à annoter et de réunions. Et d'où un appauvrissement sensible de mon site dans le même temps. Je vous prie de m'en excuser et vous promets de reprendre très prochainement un rythme plus régulier.
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