Vendredi 27 octobre 2006
La petite cacophonie au sommet de l'Etat au sujet de la suggestion, faite par le Premier Ministre et immédiatement contredite par le Président de la République, de filmer les conseils des ministres, s'est finalement limitée à quelques remarques sur le caractère plus ou moins confidentiel de certains débats audit conseil...

Presque personne n'en a profité pour remarquer ce que (presque) tout un chacun sait (et tous peuvent facilement savoir) : Loin d'être une instance de décision (et encore moins de réflexion), le conseil des ministres n'est pratiquement qu'un lieu de monologues strictement formels et généralement sans aucun intérêt. Dans la "vie quotidienne" de l'administration du pays, le "passage en conseil des ministres" d'un texte quelconque, d'une mesure nominative ou, a fortiori, d'une "communication" ne présente strictement aucun enjeu de fond, les décisions étant prises avant ou après dans un autre cadre... Au point qu'un ancien secrétaire général du gouvernement (seul non-ministre à assister au conseil avec le secrétaire général de la présidence) reconnaissait un jour en petit comité qu'un conseil des ministres "réussi" sous la 5ème République, est paradoxalement celui où l'ordre et la teneur des interventions suit strictement l'ordre du jour et où les éventuels "débats" se limitent à un (court) dialogue entre le ministre concerné et le président de la République, ce dernier "félicitant" le premier pour la qualité de son intervention... Au contraire, un conseil des ministres au cours duquel un autre ministre intervient pour donner la contradiction à son collègue (ou simplement pour apporter un autre point de vue) passe pour un "conseil raté"...

Il est surprenant (ou plutôt, je crains, révélateur) qu'aucun de nos candidats (qui connaissent presque tous parfaitement la situation) n'ait même envisagé une réforme sur ce point, pourtant infiniment plus facile à faire que toutes les révolutions institutionnelles promises à droite comme à gauche. Celà traduit bien finalement l'absence de culture de débat de nos élites administrativo-politiques, qui, la plupart du temps, assimilent toute contradiction à une opposition (souvent personnelle plus même que politique)... qui se souvient, pourtant, que le "gouvernement" est encore censé être en droit constitutionnel, un organe collégial ! Que, sous la 4ème République encore (qui n'avait pas que des mauvais cotés), les décisison au sein du conseil des ministres donnaient lieu à de réels débats entre ministres (parfois assez chauds, semble t-il) et que, à défaut de consensus réel, les décisions y étaient prises après un vote à la majorité entre lesdits ministres...

Cette situation constitue bien une exception à la fois propre à la France et à son administration... Un ancien ministre (ayant une expérience du privé) avouait ainsi que même la plus ringarde des entreprises privée ne pourrait envisager de voir son "comité exécutif" (ou son "board", comme on veut) réduit ainsi à une simple chambre d'enregistrement à la fonction purement notariale. Tandis qu'il semble que, dans un genre constitutionnel pourtant différent, tant les "cabinets" britanniques qu'américains connaissent, quant à eux, de vrais débats internes...

Finalement, n'en déplaise au président de la République, la proposition de filmer le conseil des ministres mérite donc d'être retenue... Nos gouvernants ne se rendant manifestement pas compte du ridicule de telles pratiques, un tel film constituera sans doute un moyen efficace de les en persuader, et peut-être de les faire évoluer.
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Jeudi 26 octobre 2006

Il est donc désormais acquis que Bombardier, entreprise canadienne, va fournir la SNCF à l'occasion du "marché du siècle" d'un montant de près de 4 mds€... Face à elle, la société Alstom qui, mauvaise perdante, fait valoir que pendant qu'elle se trouve ainsi "exclue" de son marché national par le biais de la concurrence étrangère, la même entreprise Bombardier obtenait - sans mise en concurrence - les marchés des métros de Toronto et de Montréal au motif (semble t-il clairement affiché) de la "préférence nationale"... Au plan juridique, la situation me semble assez révélatrice d'un certain masochisme français et européen...

Les relations économiques internationales (dans ce domaine) sont en effet régies par l'OMC et plus particulièrement pas l'accord sur les marchés publics (AMP) signé dans le cadre de l'OMC. Cet accord, auquel sont parties l'Union Européenne et le Canada, prévoit (pour faire très simple) un accès mutuel de chacune des parties à leurs marchés publics respectifs dans des conditions de tansparence et de non-discrimination ... En cherchant un peu (aidé par la presse, je reconnais, et par M. Carayon en particulier) je constate que le Canada a explicitement exclu dans du champ dudit accord les marchés de "chemins de fer urbains et des équipements de transport urbains..." (appendice 1, notes générales, paragraphe 1b) et, de façon encore plus précise, indique même explicitement que "En ce qui concerne l'Union européenne, le présent accord ne s'applique pas aux marchés … portant sur des activités dans les secteurs de l'eau potable, de l'énergie, des transports et des télécommunications". On ne saurait être plus clair.

Poussé par la curiosité, je vais regarder l'étendue des engagemnets européens. Et là, je constate que, logiquement, l'Union européenne a exclut du champ de son accord "les marchés passés par les entités mentionnées à l'Annexe 2 aux fournisseurs et aux prestataires de services du Canada" et précise qu'elle n'appliquera pas l'accord à "(e) (transport urbain), aux fournisseurs et aux prestataires de services du Canada" et ce "tant qu'elle n'aura pas constaté que les Parties concernées assurent aux entreprises de la CE un accès comparable et effectif aux marchés considérés;"(appendice 1, notes générales, paragraphe 1) . On constate donc que les négociateurs de l'Union Européenne ont, assez sagement, appliqué une logique de réciprocité assez classique,  et qu'au plan du droit international, le Canda et l'Union Européenne sont donc à armes égales.

Tout va très bien Madame la marquise sauf que… l'accord AMP n'est pas "d'application directe", c'est-à-dire que cet engagement lie les Etats, mais que les particuliers (ou les entreprises) ne peuvent s'en prévaloir. En ce qui concerne la SNCF, celle-ci est un EPIC "pouvoir adjudicateur" au sens de l'article 4 de l'ordonnance du 6 juin 2005. Elle est donc tenue de respecter cette ordonnance ainsi que les termes du décret du 20 octobre 2005. En substance donc, elle est tenue d'appliquer les strictes règles de transparence et de mise en concurrence sous réserve des seules exceptions limitativement énumérées par ce texte. Or, ni les règles françaises, ni celles des directives 2004/17 et 2004/18 (directives "marchés publics") dont notre droit national est directement dérivé ne prévoient une quelconque dérogation à l'obligation de mise en concurrence à l'égard de pays qui n'appliquent pas les mêmes règles… Nous étions à armes égales au plan du droit international (bravo aux négociateurs), mais nous nous trouvons totalement désarmés au plan du droit interne...

Il est difficile de savoir s'il s'agit d'un choix délibéré ou tout simplement d'un effet du cloisonnement entre les services (à la Commission, la "DG Trade" est en charge de la négociation des accords OMC, tandis que la DG Markt est en charge des marchés publics)... Quoiqu'il en soit, je note qu'à ma connaissance, une telle situation ne serait même pas envisageable aux Etats-Unis par exemple (sans même, bien sûr, parler du Canada). Avec de tels exemples, je comprends qu'il puisse être difficile de convertir les français au libéralisme et les convaincre des bienfaits de la construction européenne...

par Cacambo publié dans : Droit
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Dimanche 22 octobre 2006
Le ministre de l'Education Nationale, M. de Robien, a donc osé engager une procédure disciplinaire à l'encontre d'un de ses inspecteurs, M. Frackowiak, qui s'était publiquement démarqué de la méthode dite "syllabique" promue par le Ministre. Cette affaire suscite un grand émoi dans les "milieux éducatifs" où l'on accuse le ministre de "mettre en cause la formation des enseignants ... d?entretenir la suspicion au sein de notre système éducatif", le mis en cause faisant en outre valoir qu'il s'exprimait en qualité de syndicaliste.

Curieux de nature, je vais lire
l'interview, cause du scandale. On y constate que l'auteur, s'exprimant sous sa qualité d'inspecteur de l'éducation nationale (sans faire état d'une quelconque fonction syndicale), ne fait guère dans la nuance puisqu'il compare la méthode promue par le Ministre à "un retour à la diligence" et que ses propos consistent effectivement à dire exactement le contraire de son Ministre... Au plan strictement juridique, je n'ai donc pas beaucoup de doute sur le fait qu'il s'agit d'une violation assez manifeste du devoir de réserve.

Mais, au-delà du seul aspect juridique, cette affaire me semble surtout intéressante car elle s'inscrit (pour une fois, et grace en soit rendue à M. de Robien) à l'encontre d'un laxisme assez répandu dans la fonction publique consistant à considérer pour négligeable, voire pour contestable, le rôle hiérarchique du Ministre à l'égard de ses fonctionnaires. Dans l'affaire considérée, je n'ai pas d'opinion totalement arrêtée sur la valeur respective des méthodes syllabiques, globales, semi-globales (etc...). Je n'ai en revanche guère de doute - contrairement à M. Frackowiack et aux syndicats s'étant exprimés sur cette affaire - sur le fait que, 1/ le Ministre, qui est jusqu'à preuve du contraire autorité hiérarchique de son administration, est légitime à imposer telle ou telle méthode de travail au sein de cette même administration (et une méthode de lecture en est une), 2/ qu'un fonctionnaire, a fortiori quand il exerce des responsabilités d'inspection est tenu à une obligation déontologique de loyauté vis à vis dudit ministre, laquelle obligation va au-delà du seul respect des textes officiels mais qui recouvre aussi la politique administrative publiquement exprimée par ledit ministre... Les opinions de M. Frackowiak sont tout autant respectables que d'autres, mais sa fonction lui interdit d'en faire état publiquement. Après tout, personne n'oblige l'intéressé à exercer des fonctions d'inspecteur (et à en bénéficier des avantages)...

Finalement, cette affaire est assez représentative d'un divorce entre une certaine fonction publique et la démocratie, celle-ce souhaitant s'exempter de la tutelle de celle-là au profit d'une forme "d'auto-gestion". Ce que je trouve finalement le plus regrettable, c'est qu'il se trouve des personnes dites "de gauche" (et aussi parfois de droite) pour défendre, et même pour simplement tolérer, ce type de comportements qui certes peut conjoncturellement correspondre à leurs opinions, mais qui peut conduire in fine à remettre en cause le principe même d'un gouvernement Républicain...
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Mercredi 18 octobre 2006
Après quelques disgressions sur le terrain de la politique politicienne, revenons en à un sujet monstrueusement technoïde : la réforme du code des marchés publics. Je n'irai pas ici me lancer dans une exégèse complète de cette réforme déjà largement commentée (et plutôt critiquée en général) par ailleurs. Je relève néanmoins que, tout en regrettant moi-même l'instabilité du droit dans cette matière, la réforme semble bien accueillie par les praticiens puisque, dans une large mesure, elle ne fait qu'offrir des marges de liberté supplémentaires aux acheteurs en créant de nouvelles procédures modernes ou en modernisant les anciennes.
 
Il y a toutefois un point qui me semble être presque passé inaperçu et qui mérite pourtant être relevé : le "nouveau" code des marchés publics supprime la notion de "personne responsable des marchés" (ou PRM pour les intimes). Ce concept, familier des praticiens de l'achat public, recouvrait un régime particulier de délégation, spécifique aux marchés publics, par lequel, la personne ayant autorité pour passer des marchés (le ministre pour les administrations de l'Etat), pouvait déléguer par arrêté sa signature ou ses pouvoirs en matière de marchés publics à un certain nombre de personnes, en précisant les catégories et les montants des marchés ainsi délégués. La PRM existait en droit des marchés publics depuis fort longtemps (je n'ai pas réussi à savoir exactement depuis quand, mais en tout cas très antérieurement à la réforme de 2001 qui l'avait consacrée dans l'article 20 du code).
 
Il semble que la justification de cette suppression soit assez simple : la PRM était un concept franco-français qui n'avait pas de justification au plan communautaire (il était inconnu des directives) et le système des délégations de pouvoir/signatures "de droit commun", récemment réformé et simplifié par le décret du 27 juillet 2005, permettait de faire face aux besoins en matière de marchés. De fait, le concept de PRM constituait un formalisme (de plus) spécifique à la matière des marchés publics, sans conséquence ni pénale (contrairement à ce que l'on disait parfois, la responsabilité pénale de la PRM restait appréciée en fonction des règles de droit commun), ni budgétaire, ni administrative. Et une simple circulaire du Secrétariat Général du Gouvernement a suffit pour rappeler le basculement de ce régime spécial vers le régime de droit commun.

Le mauvais coucheur que je suis ne peut néanmoins s'empêcher de manifester un léger regret... Les arguments juridiques ne sont en effet guère convaincants : ils étaient déjà valables en 2004, en 2001 et avant. En toute hypothèse, si rien n'obligeait à maintenir la notion de PRM, rien n'obligeait non plus à la supprimer. Or, au delà des considérations juridiques, un peu de sociologie administrative aurait il me semble amené à davantage de circonspection. En pratique en effet, la notion de PRM comportait pas mal de vertus pédagogiques dans la mesure d'abord où elle obligeait l'administration à s'interroger sur le choix de délégataires particuliers pour l'achat publics, ce qui la conduisait, souvent, à un "resserement" des compétences en matière d'achat autour de quelques personnes spécialisées. Par ailleurs, ces mêmes personnes ainsi délégataires se trouvaient, en fait sinon en droit, particulièrement responsabilisés et justifiaient ainsi d'une autorité particulière pour faire valoir les impératifs de respect de la procédure auprès de leurs collègues, voire de leurs supérieurs hiérarchiques.

On peut craindre au contraire que cette réforme emporte au contraire une certaine "banalisation" de la responsabilité d'achat qui sera ainsi mélangée dans le lot commun de l'ensemble des délégations de signature au risque de voir la responsabilité d'achat attribuée à des personnes ne justifiant aucune compétence particulière et ne se sentant aucunement "responsable" au sens moral du terme... Ce qui est tout de même paradoxal au moment où le gouvernement promeut, à juste titre, une professionnalisation de l'achat public...

Il est vrai qu'une solution existe (elle est du reste ébauchée par la circulaire du SGG évoquée ci-dessus) : elle consisterait à procéder en matière d'achats publics, et au moins au profit des "professionnels" de cette fonction, à des délégations de pouvoirs et non à des délégations de signature. Reste à savoir si l'autorité délégante (le ministre pour les adminsitrations d'Etat) acceptera de procéder à de telles délégations qui, on le sait, le privent de son propre pouvoir en la matière...
par Cacambo publié dans : Droit
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Lundi 16 octobre 2006
Premier exemple de la nouvelle rubrique "que le meilleur perde", que je ne pouvais laisser longtemps sans contenu (la bonne compréhension de cet article nécessite la consultation préalable de ces quelques explications)...

On a appris la semaine dernière que M. Perben avait décidé de donner son feu vert aux études préalables à la couverture de la N 13 qui traverse Neuilly entre Porte Maillot et La Défense, petit chantier qui devrait coûter, pour 1,4 kilomètre, la modeste somme de 750 millions d'euros (prévisionnels, soit largement plus d'1 milliard au final compte tenu des dérives habituellement constatées en ce domaine. Décryptons cette décision :

- Elle met directement en cause le maire de Neuilly, M. Sarkozy, non en tant qu'auteur direct de la mesure (c'eut été trop gros pour être crédible) mais, mieux, comme tirant directement les ficelles de M. Perben. On arrive ainsi à la fois à crédibiliser les accusations de "candidat des riches" formulées à l'encontre du candidat UMP tout en démontrant qu'il est aujourd'hui en mesure d'obtenir à peu près ce qu'il veut de chaque ministre du gouvernement, ce qui va à l'encontre de son discours sur "la rupture", le tout au moyen d'une mesure qui vient à point pour rappeler quelles sont les priorités du maire de Neuilly en matière de politique des banlieues...

- Une absurdité ne "paye" électoralement (selon la théorie sur laquelle est basée cette rubrique) que si elle est visible. Difficile de faire mieux qu'en l'espèce. Sans compter la couverture médiatique, au moins 160 000 véhicules (et donc au moins autant d'électeurs potentiels) passent chaque jour sur ce trajet... S'ils souffrent certes des conditions de circulation, la plupart d'entre eux - rentrant ou venant de quartiers qui n'ont pas grand chose à voir avec Neuilly - et vous aurez compris que l'auteur de ces lignes en fait partie - sont bien placés pour juger que cet endroit est évidemment loin d'être le pire des points noirs de la banlieue parisienne et, évidemment, que la situation des riverains (qui sont par ailleurs à quelques centaines de mètres du bois de Boulogne) ne suscite pas immédiatement la compassion...

- L'électorat populaire a besoin de messages clairs. Ce n'est pas un hasard si "Le Parisien" (et non Le Monde ni, on se demande pourquoi, Le figaro) a titré sur le coût de ce chantier, rappelant que celui-ci correspondrait à 1,5 fois le coût de la rénovation du RER B, à 5 fois le coût du prolongement de la ligne 13 du métro (et à un quart du "super métro" périphérique en projet). Chaque usager des transports en commun peut ainsi apprécier à sa juste mesure...

- Il est rare de pouvoir déplaire à des électeurs sans risquer d'en gagner d'autres. On y est arrivé avec une décision qui consistant à demander au contribuable (et électeur incertain) national de financer les plus-values immobilières des très prévisibles électeurs neuilléens...

- Enfin, et c'est le plus beau, cette stratégie est d'autant plus remarquable qu'après avoir "encaissé" les conséquences négatives de cette annonce, il est évidemment très probable que les travaux ne seront jamais effectués. D'une part en raison de leur coût. D'autre part et surtout, parce qu'il est inenvisageable (sauf à fermer La Défense et une bonne partie de la banlieue ouest) de procéder au blocage, pourtant inéluctable si l'on devait effectivement faire les travaux, à la fois de la circulation routière sur la N13 (du fait de son enfouissement), de la ligne 1 du métro et, probablement, au moins temporairement, de la ligne A du RER (toute deux passant juste au-desous de la voie ayant vocation à être enterrée...).

Par un simple effet d'annonce qui n'aura sans doute aucune traduction concrète possible, M. Sarkozy aura donc réussi, si ce n'est à perdre des voix (c'est un peu tôt), tout au moins à participer activement, auprès de l'électorat populaire, et au moyen d'une décision que pratiquement personne ne sait défendre mais que chacun peut lui imputer, au phénomène de "brouillage" qui commence, doucement, à polluer son image médiatique et celle de son parti. Ceci méritait d'être salué comme il se doit dans la présente rubrique...
par Cacambo publié dans : Que le meilleur perde (ils font des efforts)...
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Dimanche 15 octobre 2006
C'est donc, c'est décidé, je me lance moi aussi dans le commentaire politique personnel. Après tout, je n'ai sans doute pas moins de qualités pour celà que la plupart des professionnels en la matière qui n'ont en général d'autres titres que de s'être magistralement plantés dans leur prévision à chaque échéance électorale, après avoir (entre autres) prévus la victoire de Giscard, de Barre, de Balladur et de Jospin, sans parler du dernier référendum (rare occasion dans laquelle, je confesse sans fausse modestie, m'être montré sensiblement plus clairvoyant qu'eux). Tout ces exploits ne les empêche pas aujourd'hui de poursuivre leur noble oeuvre d'éducation populaire, alros après tout, pourquoi pas moi ?

Malheureusement le créneau est assez encombré sur la blogosphère et je ne peux exclure que les meilleurs auteurs soient sensiblement plus pertinents que leurs collègues professionnels (et en tout cas que moi)... Après une rapide étude de marché, j'ai donc décidé d'aborder la thèmatique sous un angle plus original que je dois à la lecture, il y a quelques années, d'un excellent quoiqu'ancien ouvrage de MM Michel Burnier et Frédéric Bon. L'intéressante thèse développée (avec beaucoup d'humour et de nombreux exemples tirés de l'actualité des années 80-90) par les auteurs était très simple : elle reposait sur l'hypothèse que l'incohérence apparente de certains comportements politiques dissimulait en fait une stratégie délibérée (mais qui devait, pour être efficace, rester inconnue du commun des mortels électeurs) ayant pour objectif de perdre les élections...

Si l'on y réflechit en effet, gagner une élection a en général en effet la désagréable conséquence de devoir assumer une ingrate tâche, celle consistant à devoir, pour un salaire de cadre moyen, assumer l'écrasante responsabilité de gouverner (un état, un département ministériel, une collectivité territoriale). Il va donc falloir (un peu) dire la vérité à ses électeurs, (parfois) tenir compte des réalités, (quelquefois) assumer les conséquences des mesures catastrophiques qu'on a soi-même prise, (très souvent) devoir aussi assumer les conséquences (non moins catastrophiques) des mesures prises par nos adversaires qui ont, eux, réussis à se faire battre aux élections... J'ajoute que l'on se fâche évidemment avec beaucoup de futurs ex-amis faute de pouvoir satisfaire leurs demandes personnelles les plus variées... J'en passe et des meilleures. Dans notre sympathique pays démocratique, comment alors ne pas avoir alors la nostalgie de la situation d'opposant(e) ? on peut alors adapter la réalité à son discours (ou, plus simplement, n'en tenir aucun compte), dire tout et son contraire, accuser son adversaire au pouvoir d'être à l'origine de toute mauvaise nouvelle et au contraire revendiquer la paternité morale de toute mesure symathique que ce dernier viendrait à décider (ce qui ne l'empêche pas, si ladite mesure s'avère désastreuse, de lui en faire porter toute la responsabilité au motif qu'il n'est pas même capable de mettre en oeuvre correctement une si bonne idée). Evidemment, il se fait de nombreux amis puisqu'il peut, sans inconvénient, leur promettre à peu près tout ce qu'ils demandent ...

Dans ces conditions, on comprend mieux les alternances qui se succèdent dans notre pays depuis 25 ans. Il ne s'agirait finalement que du résultat (remarquablement équilibré) de cette recherche constante de la défaite, chaque camp parvenant (par mégarde ou erreur) au pouvoir n'ayant alors de cesse que de créer les conditions lui permettant de le perdre au plus vite... Certes, les choses ne peuvent pas être clairement exprimées devant l'électeur... Et pourtant, en tant que "taupe" infiltrée depuis quelques années au coeur du système, je puis au moins tmoigner personnellement que j'ai plusieurs fois entendu des hauts responsables politiques , regretter ouvertement leur ancienne situation d'opposant... Peut-être n'était-ce alors qu'un accès de franchise inconsidéré, leurs auteurs "trahissant" ainsi le grand secret qui unit la classe politique ? L'hypothèse n'est finalement pas plus absurde que de nombreux autres "complots" doctement commentés sur le web et ailleurs... (d'accord elle ne l'est pas moins, mais contrairement à d'autres elle au moins le mérite de nous offrir quelques occasions de rigoler)...

L'actualité est pleine d'exemple permettant (avec un peu de bon sens et beaucoup de mauvais esprit) d'illustrer cette thèse. Par souci de clarté, je le ferai dans des articles distincts... A suivre donc dans cette nouvelle rubrique intitulée, en hommage au titre de l'ouvrage ci-dessus mentionné, "que le meilleur perde", tout en notant, d'ores et déjà, qu'ils font effectivement des efforts pour y parvenir...
par Cacambo publié dans : Que le meilleur perde (ils font des efforts)...
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Jeudi 5 octobre 2006
Je sors (difficilement) la tête de mon boulot pour signaler à l'attention des passionnés de procédure administrative et de droit européen un arrêt intéressant de la CJCE rendu aujourd'hui. L'affaire en cause concerne une procédure de récupération d'aide d'Etat déclarée illégale par la Commission en juillet 2000. Les collectivités territoriales concernées (qui avaient accordé les aides) avaient certes émis les titres de perception en vue d'obtenir le reversement des aides, mais, l'entreprise bénéficiaire ainsi que l'une des collectivités avaient contesté la décision de la commission devant le Tribunal de Première Instance (sans demander de sursi à exécution) et, dans le même temps, l'entreprise formulati une opposition contres ces titres de perception devant le tribunal administratif d'Orléans en octobre et novembre 2001.

Or, contrairement au droit commun, en application de l'article 6 du décret du 29 décembre 1992, les oppositions formulées à l'encontre des titres de perception relatifs aux recettes ni fiscales, ni domaniales, ni pénales et assimilées sont suspensives d'exécution dans l'attente de la décision de la juridiction concernée. A la Commission s'informant de l'état d'avancement de la mise en oeuvre de sa décision, la France a fait valoir que le règlement communautaire renvoyait explicitement au droit interne des Etats membres pour la mise en oeuvre de la procédure de récupération des aides illégales et que, dans ces conditions, elle avait satisfait à ses obligations par le simple engagement de la procédure, sans considération de son absence d'effet jusqu'à présent.

La Cour a logiquement balayé cette (faible) argumentation. Le principe général d'effectivité du droit communautaire, depuis longtemps consacré par la jurisprudence, était directement méconnu par cette suspension des poursuites et le règlement communautaire exigeant du reste dans ces affaires une "exécution immédiate et effective de la décision de la Commission". Par ailleurs, les droits du justiciable étaient préservés dans la mesure où l'entreprise disposait d'un droit de recours (dont elle a usé) auprès du TPI.

Au total, il s'agit d'un exemple topique de suprématie du droit communautaire sur le droit interne français. Finalement, le point le plus intéressant (et sans doute le plus regrettable) de cette affaire est l'attitude du TA d'Orléans qui semble s'être lui-même prêté à la manoeuvre dilatoire organisée par la collectivité locale et l'entreprise en s'abstenant, depuis près de cinq ans, de rendre son jugement... Ce point a du reste été naïvement reconnu par le Gouvernement qui a indiqué à la Cour en 2003 que "le tribunal administratif d'Orléans avait sursis à statuer en attendant la décision du Tribunal de première instance des Communautés européennes" (sur le recours contre la décision de la Commission). Bien que le gouvernement soit ensuite revenu sur cette affirmation, le mal était fait...
par Cacambo publié dans : Droit
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