Le parlement a t-il été génétiquement modifié ?

Publié le par Cacambo

Certes je ne serai pas le premier (ni sans doute le dernier) à commenter le cuisant échec gouvernemental à l'occasion de l'examen du projet de loi sur les OGM. Je resterai donc relativement bref dans mes propos en me bornant simplement à quelques réflexions simples...
- Tout d'abord, je ne peux qu'abonder dans le sens d'un autre commentateur mieux introduit que moi sur l'amateurisme évident dont a fait preuve JF Copé dans cette affaire. Certains mauvais esprits (comme moi) verront du reste dans cette affaire un effet direct du goût de l'intéressé pour le cumul des fonctions (parlementaire président de groupe, maire, avocat à temps partiel)... A vouloir tout faire, on finit par mal faire l'essentiel et je ne pense pas que ce soit faire injure à ce superman que de penser qu'un peu plus de concentration sur son métier parlementaire lui aurait certainement permis d'anticiper - et sans doute d'éviter - un certain nombre des difficultés qui sont à l'origine de ces couacs en série...
- Sur un autre plan, je note qu'il est toujours amusant de constater ceux là même qui fustigent les députés godillots sont les premiers à transformer ce qui n'est après tout qu'un acte de procédure normal en droit parlementaire en une crise politique majeure... Il faudrait sans doute que MM Montebourg et consorts fassent preuve d'une plus grande cohérence doctrinale.
- Sur le fond (le texte en cause), je ne suis pas loin de partager l'opinion déjà exprimée par un commentateur vaticinateur. Ce texte OGM me paraît symtomatique de la capacité de notre pays à diaboliser un thème au point de ne plus être en mesure de mener un quelconque débat à ce sujet. Je ne prétend pas être un grand spécialiste du sujet, mais il est assez peu probable que tout celà puisse se résumer aux méchants pro-OGM à la solde du grand capital contre les gentils anti-OGM qui défendent le bon peuple et la bonne bouffe...
- Il reste néanmoins que cette affaire traduit un phénomène, à ma connaissance sans précédent depuis de nombreuses années, d'éloignement de la majorité parlementaire par rapport au gouvernement. Ainsi, alors même que nous sommes en début de premier quinquennat, les problèmes rencontrés par l'exécutif sont sans commune mesure avec ceux qu'a pu avoir M. de Villepin en fin de second mandat Chirac... Je me demande s'il ne s'agit pas au fond d'une réelle évolution des institutions et non d'un simple epiphénomène. En effet, le pouvoir exécutif a finalement de moins en moins de moyen de peser sur les députés : le quinquennat lui a fait perdre l'avantage de la longévité, l'arme de la dissolution n'est pas (plus) crédible (...), le mode de scrutin ne permet pas vraiment aux appareils politiques nationaux d'imposer leurs candidats (ce qui est du reste l'une des raisons de mon opposition profonde au scrutin proportionnel qui constituerait le meilleur moyen pour les états-majors nationaux de s'assurer de la discipline des députés ainsi élus) et la décentralisation rend finalement moins importante et attrayante la perspective d'une carrière ministérielle... Je ne sais pas ce que tout celà va devenir, mais, sans grand risque, je prédis néanmoins au gouvernement quelques moments parlementaires difficiles.
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gerard 28/05/2008 00:07

Merci de votre réponse.Un billet sur le sujet serait intéressant, oui.Je n'ai aucune expérience sur ce sujet, mais en comparant avec des controles dans le privé ou semi-public, je n'ai pas l'impression que ceux que j'ai vu étaient particulièrement rapides, par contre, la stabilité des gestionnaires était plus grande que ce que vous indiquez. Peut-être le manque de stabilité des politiques et des gestionnaires est elle le vrai problèmle et rend tout vrai contrôle inefficace ?

Cacambo 01/06/2008 23:01


Il est vrai que l'instabilité des gestionnaires est certainement une cause d'affaiblissement de la portée des contrôles... Mais, pour comparer avec d'autres métodes de contrôle privées (un peu) ou
publiques (inspections diverses de l'Etat), je crois réellement que les méthodes de travail de la Cour sont à l'origine de l'essentiel des difficultés (ce que les jeunes - ou moins jeunes - membres
de la Cour confirment du reste en général volontier en privé...


gerard 18/05/2008 14:19

Inefficaces les interventions de la Cour des Comptes ? Vous voulez dire que ces contrôles sont mal faits ou bien cette inefficacité est elle due au fait que l'Administration ignore les rapports ?

Cacambo 18/05/2008 15:15


Il y aurait beaucoup à dire sur les interventions de la Cour et ce sera sans doute le thème d'un prochain billet... En synthèse, je peux dire que ces interventions souffrent essentiellement des
méthodes de travail totalement désuètes de la Cour et qui conduisent celle-ci à n'intervenir dans le cadre de contrôle qui durent eux-mêmes plusieurs mois (voire plus) et qui portent eux-mêmes sur
des périodesde gestion remontant au mieus à l'année précédente... Au final, lorsque le rapport est disponible, parfois plusieurs années se sont écoulées, les gestionnaires concernés (et souvent les
politiques appliquées) ont eu le temps de changer plusieurs fois et les observations formulées sont considérées (à tort ou à raison du reste) comme caduques.


Sable de la Terre 17/05/2008 16:55

J'oubliais: merci d'avoir repris la plume. Puissiez-vous avoir le temps de continuer à nous gratifier de ce plaisir.

Cacambo 18/05/2008 15:08


Merci. Je vais essayer d'assurer une meilleure régularité (sans garantie, les temps sont durs...).


Sable de la Terre 16/05/2008 22:35

Cher Cacambo, votre avis m'inquiète d'autant plus que j'y souscris. Curieux effet du quinquennat que ce découplage entre le parlement et le gouvernement. Pour le gens qui comme moi n'étaient pas en âge d'y comprendre goutte (présomptueux de ma part de croire le contraire aujourd'hui ?) à l'époque de cette réforme, était-ce un effet prévu ? Tandis que tous les candidats de la présidentielle proposaient ad nauseam un "renforcement du Parlement", j'avoue mon incrédulité face à cette agitation parlementaire. A quand la Boston Tea party à l'Assemblée Nationale (Grosdidier aime-t-il les plumes ?)Je redoute cependant que la nature de cette agitation ne soit guère bénéfique: si nous voyons un Parlement avec pouvoir de "nuisance" élargi, je ne suis pas sûr que nous ayons véritablement affaire à un pouvoir capable "d'arrêter le pouvoir" ailleurs que sur les plateaux télévisés ou en faisant les grands titres. Au risque d'être classique, je crois comme vous que nous avons affaire à une sinistre manifestation du fléau cumuldesmandatesque. A quand remonte le dernier contrôle sur pièce et sur place dans votre administration, cher Cacambo ?

Cacambo 17/05/2008 07:17


Certes, cette évolution confère surtout au parlement un pouvoir de nuisance... Mais après tout est-ce que ce n'est pas le compromis nécessaire entre le renforcement des droits du parlement et la
nécessité d'un gouvernement (le contre-pouvoir du congrès américain, par exemple, est essentiellement constitué d'un tel pouvoir de nuisance).

Je n'ai pas souvent de contrôle sur pièce, mais ce n'est pas nécessairement le rôle du parlement... En revanche, j'ai assez régulièrement le droit à l'attention soutenue de diverses commissions
parlementaires et je ne compte plus les interventions - aussi nombreuses qu'inefficaces - de la Cour des Comptes.