Cabinets, fantômes et cauchemars...

Publié le par Cacambo

Mes lecteurs savent que cette institution française que sont les "cabinets ministériels" suscite chez moi un certain intérêt ne serait-ce que dans la mesure où ils appartiennent depuis maintenant pas mal d'années à ma sphère professionnelle immédiate, soit que j'appartienne moi-même à un de ces cabinets, soit que, étant moi-même dans l'administration "classique", lesdits cabinets constituent mes interlocuteurs professionnels immédiats et obligés.

Le "point de vue" exprimé à ce sujet par Sophie de Menthon - chef d'entreprise et présidente d'Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance (Ethic) - dans Le Monde daté du 15 mai dernier m'a paru d'autant plus intéressant qu'il est finalement rare qu'un "utilisateur" de la haute administration s'exprime à ce sujet. Elle pointe notamment un travers du fonctionnement de la haute administration rarment exprimé : du plus jeune conseiller de cabinet au ministre (et au-dessus), chacun de ces importans personnages est surchargé :  "Il faut dire qu'il travaille 14 heures par jour et 6 jours par semaine : de quoi assurer une véritable improductivité". Comment ne pas partager cette remarque ironique... Je le reconnais d'autant plus volontier que j'ai été directement (et que je reste encore indirectement) confronté à cette situation d'agitation et de dérangement constante, où l'on a au moins 5 réunions par jour (dont une ou deux nécessitentt un déplacement), où l'on reçoit une cinquantaine d'appels téléphoniques sur la ligne fixe, autant sur le portable (dont il est pratiquement impossible de tenir le numéro confidentiel), où l'on doit prendre le temps de lire une centaine d'e-mails par jour (tous ces chiffres sont véridiques et correspondent à ce qu'était mon activité en cabinet) sans compter évidemment les situations exceptionnelles (qui ne le son évidemment pas) telles que les déplacements du ministre, les colloques, les débats parlementaires etc. qui auront pour conséquence de vous bloquer une demi ou une journée complète à l'extérieur - ce qui évidemment nécessitera de rattrapper le temps perdu et les messages accumulés. Dans de telles conditions, comment assurer un véritable travail efficace ? Comment se concentrer sur un dossier (ou sur un interlocuteur) quelconque ? Le travail de fond est devenu radicalement impossible dans de telles conditions et la plupart des membres de cabinet - ainsi que les ministres eux-mêmes se bornent donc à participer et à entretenir cette agitation ambiante sans avoir la moindre capacité de s'investir dans le fond d'une question quelconque (ce qui demanderait évidemment au moins quelques heures tranquilles dans un bureau...).

Celà me fait penser qu'une personne de mon entourage me racontait que, arrivé à Matignon en 1958, le Général de Gaulle avait commencé par faire retirer tous les (nombreux) téléphones se trouvant dans le bureau de son prédecesseur sauf un (sans garantie de véracité,il paraît qu'il aurait dit à ce sujet " j'ai deux oreilles mais un seul cerveau"), et qu'il avait passé ces quelques mois dans son bureau à travailler les dossiers qui lui étaient remis par les uns ou par les autres, les réunions (hors conseil des ministres) étant pratiquement limitées à des entretiens bilatéraux avec les personnes concernées... Pour qui connait le fonctionnement gouvermental actuel, c'est une autre planète...


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AlexM 01/06/2008 10:07

Pas assez affinée la tribune du Monde, mais j'aime bien votre billet. Notamment la façon dont De Gaulle travaillait : différent des "réunions interministérielles", non ? Pour moi, ces réunions cristallisent "l'improductivité", pour reprendre le terme de Mme de Menthon, à la puissance n (nombre de ministères représentés). Autre chose aussi, à propos des conseillers en cabinet, qui pose problème (j'aurais beaucoup à écrire à ce sujet !) : l'âge, et la prétention souvent inversement proportionnelle à l'expérience. Qu'en pensez-vous?

legisphere 28/05/2008 17:11

Je "plussoie" vigoureusement, lorsqu'on attend une décision d'un ministre, voire de l'Elysée, le moins que l'on attende en premier lieu, c'est que le dossier soit correctement étudié et pas survolé entre 2 réunions et 3 coups de téléphones. Les membres de cabinet font un boulot essentiel, finalement, puisque les ministres disposent de pouvoirs non négligeables et qu'ils l'exercent effectivement. Si leurs dossiers sont mal préparés ou mal lus ou mal préparés, c'est finalement l'interlocuteur, quelqu'il soit qui en pâtit.

Passant 26/05/2008 18:17

L'administration comme les lobbies auront toujours intérêt à surcharger les cabinets ministériels. Charge à eux de s'accomoder de cette désagréable pratique de leurs "partenaires", par exemple, par une meilleure transparence vis à vis du public, qu'on peut toujours utilement prendre à témoin.

Cacambo 27/05/2008 14:36


Sur ce coup là, je ne suis pas d'accord avec vous : je ne pense pas que ni l'administration ni les lobbies n'aient intérêt à "plomber" les cabinets ministériels. En général, les uns comme les
autres recherchent la décision et c'est chose désormais pratiquement impossible...


Jpp 25/05/2008 17:11

J'ai également trouvé savoureux le papier de Sophie de Menthon décrivant la suractivité et la "surimportance" du conseiller ministériel. Pour avoir exercer ces fonctions, j'ai pu mesurer combien il était utile que le "ministre" puisse disposer de quelques collaborateurs proches pour le seconder et préparer les dossiers. Pour autant, la limitation plus stricte des effectifs dans le gouvernement actuel ne semble pas avoir posé de problèmes insurmontables, preuve semble-il que beaucoup de ces gens importants n'étaient pas si indispensables.

Cacambo 27/05/2008 14:32


@Jpp : Oubliez les propos sur la prétendue limitation des effectifs des cabinets ministériels... dans beaucoup de ministères, les cabinets n'ont sans doute jamais été aussi pléthoriques
qu'actuellement, avec une productivité d'autant plus faible que la "gestion" des lignes hiérarchiques Matgnon/Elysée est pour le moins complexe....