Paralysie de l'Etat

Publié le par Cacambo

Les circonstances politiques que nous vivons ont au moins cet avantage de rappeler la fragilité du fonctionnement du pouvoir politique en France... Au-delà des grandes déclarations médiatiques des uns ou des autres sur le thème "nous continuons à travailler pour le bien de la France", pas un observateur un peu au fait de la réalité ne peut ignorer la totale paralysie qui s'est installée au sommet de l'Etat depuis quelques jours.


Certes, en apparence, la machine gouvernementale continue à tourner : les conseils des ministres se déroulent chaque semaine, les réunions interministérielles continuent à être convoquées à Matignon (quoiqu'un peu moins nombreuses qu'avant), la préparation du budget 2007 est en cours... De temps en temps une "commande" politique tombe, via les cabinets ministériels, généralement une note sur quelque sujet techno.


Mais la réalité est que tout cela tourne à vide. Les cabinets sont largement démotivés (faute de savoir quel sera leur propre destin dans le futur immédiat), et la machine administrative répond au ralenti... quand elle répond. On la comprend. Pourquoi celle-ci irait-elle se mettre en quatre pour des équipes qui ont toutes les chances de quitter le pouvoir d'ici quelques jours? Mieux vaut économiser ses forces pour les suivants...


En tout état de cause, les politiques eux-mêmes se gardent bien d'aborder les sujets difficiles (cf. la description faite par "Le Monde" de ce soir du dernier conseil des Ministres, lequel semble avoir essentiellement tourné autour des graves méditations présidentielles relatives à la place du café équitable à l'Elysée...) et pratiquement aucune décision importante (les fameux "arbitrages") n'est plus prise.


Combien de temps cette situation peut-elle durer ? assez longtemps, je pense. Les affaires courantes sont traitées par l'administration "de terrain" et le reste, les décisions prétendument "stratégiques", peut souvent attendre. Ces circonstances permettent ainsi de relativiser fortement l'importance de la charge de travail gouvernementale. La plupart des réunions laissées en suspens au cours de ces périodes ne seront jamais tenues, certaines décisions jamais prises et, au total, le pays ne s'en portera pas forcément plus mal. Certains disent même qu'il s'en portera nettement mieux (l'avantage de l'inaction étant qu'on ne fait pas de bêtises...). Finalement, on découvre ainsi (ou plutôt on se rappelle) que l'essentiel du travail de la haute administration et de la politique consiste à gérer l'activité auto-générée, avec une efficacité et une valeur ajoutée pour le citoyen toute relative...


J'exagère un peu, je l'admets. Mais outre que la période ne prête guère à l'optimisme (je reconnais que j'aime la France et que j'ai un peu de mal à supporter l'image qui est ainsi donnée d'elle), je ne suis pas sûr de ne pas être, au moins partiellement, dans le vrai...

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L'agent délégué de l'ordonnateur secondaire 22/05/2006 23:39

Ne soyez pas si optimiuste : vu des "services de terrain", l'inaction de l'administration centrale provoque les pires inquiétudes, puisqu'on sait qu'elle est au mieux temporaire (et alors, annonciatrice de futures inflexions ravageuses pour les anticipations faites par le terrain qui se retrouve le plus souvent pris à revers) au pire ... fausse puisque masquant une suractivité souterraine de zélés réformateurs jusqu'alors frustrés trouvant dans la torpeur soudaine des cabinets l'occasion de se "lâcher" un peu à l'aide d'instructions d'apparence anodines aux conséquences insoupçonnées.Que l'administration centrale fasse attention que rien ne change trop est certes une bonne chose : mais encore ne faut-il pas confondre immobilité et inaction. Notamment, les administrations centrales désoeuvrés dégoulinent d'aspirant sorciers désoeuvrés.

Cacambo 23/05/2006 00:06

Je m'incline. On sent le vécu quotidien du terrain...