Immoralité d'une amnistie

Publié le par Cacambo

Il est difficile d'ajouter quoique ce soit de bien pertinent à ce qu'a déjà écrit Eolas et aux commentaires qui lui font suite, au sujet de cette amnistie de Guy Drut.  Les mots me manquent pour exprimer le dégoût face à une telle décision ... Je n'ose évidemment pas penser aux voix gagnées par M. Le Pen grace à celà... Et pendant ce temps, il faut continuer à expliquer aux jeunes de ma banlieue - et des autres - que la loi républicaine est égale pour tous...

Sur la procédure, on notera que l'intéressé n'avait pas même cru bon de faire appel de sa condamnation (faut-il croire qu'il n'avait pas confiance en la justice de son pays ?). Il est vrai qu'une amnistie est tellement plus facile - et moins risquée - à obtenir qu'un arrêt d'appel.

S'agissant de la motivation (superfétatoire pour ce type d'acte administratif) de cette décision, on ne glosera pas sur le fait que les intérêts sportifs de la France n'ont évidemment rien à gagner, bien au contraire, à être défendus par une personne condamnée ... Oups, ma plume a fourché et j'avais oublié que je n'avais plus le droit de dire celà sauf à tomber sous le coup de l'article 15 de la loi du 6 août 2002 sanctionnant de 5000 euros d'amende "toute référence à une sanction ou à une condamnation amnistiée sur le fondement de la présente loi" (gageons qu'une telle condamnation ne serait sans doute pas amnistiée) ... il faudra donc se contenter de dire que les faits commis par l'intéressé étaient, voire auraient été "condamnables" (l'amnistie interdit certes d'évoquer la condamnation mais n'efface pas les faits qui peuvent donc être rappelés sans crainte de poursuites pénales et évoquer une simple (et hypothétique) possibilité d'une condamnation ne me semble pas non plus relever des sanctions prévues par le texte), et à renvoyer à la remarquable analyse développée par diner's room sur les liens entre amnistie et mémoire... On peut également, comme Eric Dupin, rappeler que le mérite exceptionnel de Guy Drut remonte juste à ... 30 ans, à moins que le président n'ait pris en compte d'autres mérites exceptionnels, moins sportifs et plus politiques.

Ne comptant guère sur le recours annoncé par Marine Le Pen contre ce décret... Il me reste l'espoir que le CIO - qui n'est pas soumis à cet oubli légal imposé par le droit pénal français - ne cautionne pas cette manipulation digne d'une République bananière et, la disparition de la faute pénale laissant entière la faute éthique, ne réintègre pas M. Drut. Il est toutefois bien triste que l'on en vienne à espérer une nouvelle humiliation publique de notre pays pour sauvegarder un minimum de morale publique...

Et il est difficile de bien servir un Etat quand on en a honte... Finalement, la seule chose rassurante dans cette affaire est que, malgré la torpeur du pont de l'Ascencion, cette affaire ne soit pas passée inaperçue... après avoir regardé sur I Télé la triste prestation de Renaud Donnedieu de Vabre qui, sans rire, nous a expliqué les vertus de la transparence démocratique, j'attends avec intérêt les déclarations de Jean-François Copé qui, bien sûr, selon son engagement, nous parlera sans "langue de bois" de cette affaire...

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Apokrif 02/06/2006 19:08

"l'amnistie interdit certes d'évoquer la condamnation "

Comment font les biographes et les historiens ?

Cacambo 02/06/2006 23:34

Ils sont dans l'illégalité...