L'antiparlementarisme du PS

Publié le par Cacambo

Il n'était pas nécessaire que je rajoute mon grain de sel sur les conditions du débat parlementaire qui va s'ouvrir demain au sujet du projet de loi "GDF". Je ne peux néanmoins pas me retenir de quelques réflexions attristées sur l'état de notre démocratie...

Quelques brêves remarques sur le fond du dossier tout d'abord. Bien que je n'aie pas d'opinion définitivement arrêtée, je remarque qu'une fois de plus, l'opposition PS et l'UDF (que j'ai connue mieux inspirée) font un amalgame entre le statut public d'une entreprise (ou en langage crypto-marxiste la propriété collective des moyens de production) et le contenu (et le niveau de qualité) du service public - qui est une toute autre question. J'observe également que l'opposition (et une partie de la majorité) posent essentiellement des questions qui n'ont rien à voir avec le débat : qu'il s'agisse de la libéralisation des marchés de l'énergie - qui est d'ores et déjà acquise avec l'approbation du gouvernement Jospin en son temps - ou qu'il s'agisse du niveau des prix de l'énergie pour le consommateur - qui, compte tenu de la régulation par ailleurs instaurée, est totalement indépendante du statut de GDF. Sur ce dernier point du reste, je trouve particulièrement idiot pour tout parti de gouvernement (ou rêvant de l'être) de faire croire à ses électeurs que le statut public de l'entreprise, pourrait, de façon durable, mettre à l'abri le consommateur de la tendance haussière des prix d'une matière première importée à 100 % (ou presque)... Le simple bon sens veut que, si le prix du gaz importé augmente, le prix de cette augmentation devra à un moment ou à un autre être payé par quelqu'un, quelle que soit la régulation instaurée et quel que soit le statut de l'entreprise. Il peut légitimement y avoir débat sur la personne du payeur final (consommateur ou contribuable) mais non sur l'existence de la facture.

Sur la forme surtout, je trouve consternant que le PS adopte un comportement tel qu'il ne peut que paradoxalement justifier tous les instruments par ailleurs dénoncés - souvent à juste titre - par ces mêmes "démocrates" comme contraires aux droits du parlement (qu'il s'agisse notamment du vote bloqué ou du fameux "49-3" décrit par ailleurs)... Comme souvent l'opposition se montre bien inconséquente car, quand elle reviendra au pouvoir, elle aura ainsi légitimé les pratiques d'obstruction à laquelle elle se livre aujourd'hui et qui n'avaient jusqu'à présent jamais été mises en oeuvre de façon aussi extrémiste... Au-delà des plus ou moins belles promesses sur les droits du parlement, il y a donc fort à parier que, si la gauche revient au pouvoir, elle n'ira pas remettre en cause les instruments constitutionnels (et autres) dont elle démontre ainsi le caractère indispensable. Il est vrai qu'il y a loin de la parole aux actes et que les vociférations du PS sur cette question ne l'ont pas empêché d'utiliser l'article 49-3 ... 49 fois (celà ne s'invente pas) fois sur un total de 81 depuis le début de la 5ème République... Plus fort encore, certains "experts" proche d'un candidat à la candidature socialiste viennent de rappeler à leur champion qu'il n'existe pas l'équivalent de l'article 49-3 au Sénat et, qu'en cas de retour de la gauche au pouvoir, une telle obstruction dans cette auguste assemblée pourrait totalement paralyser le gouvernement... et qu'il pourrait donc être nécessaire d'instaurer un dispositif équivalent au Sénat...

Au total, l'attitude de l'opposition vient ainsi conforter le vieux fond d'anti-parlementarisme latent chez la plupart des français. On apporte ainsi la démonstration par l'absurde que la France n'est manifestement pas mûre pour une démocratie parlementaire qui repose tout de même à la base sur l'idée que, dans les limites du droit constitutionnel... la majorité gouverne.

Commenter cet article

Thibaut 10/09/2006 00:23

Malheuresement l'obstruction parlementaire est un moyen de faire durer les débats afin de les faire passer dans l'opinion. Cependant l'extravagance du nombre d'amendements déposés génère l'effet inverse

Cacambo 10/09/2006 12:10

Sans compter le fait que, l'opposition ayant un jour vocation à revenir au pouvoir, elle légitime par avance des pratiques qui ont toutes les chances de se retourner contre elle...

ça balance 07/09/2006 18:08

Votre honnêteté vous honore. Et m'incite à tenir un discours plus complexe que d'ordinaire, pour ce qu'il peut valoir..Notez que les cadres du parti socialiste ont souvent, et ce fort logiquement au vu de l'idéologie socialiste[*] instrumentalisé toutes les positions sociales qu'ils ont pu acquérir (du statut de fonctionnaire ou d'enseignant aux responsabilités électives de Maire en passant par le contrôle d'associations) à des fins de politique politicienne.Un homme de droite aujourd'hui devrait prendre le temps de relire ce que fût au juste le congrès d'Epinay, pour mieux comprendre quels sont les atavismes aujourd'hui oubliés mais toujours vivaces dans l'inconscient collectif d'un authentique militant socialiste élevé au grain. Dans la mesure où la plupart des encartés PS que je fréquente ont manifestement oublié le fait qu'il existait à une époque désormais lointaine des débats idéologiques au sein des sections (et rangent désormais au rang de vérités universelles les compromis en vogue à l'époque), il me semble bien naturel que ceux qui n'y soient jamais allés perdent eux aussi de vue ce qu'est, exactement, le socialisme (et donc, le sens exact de la phrase "mon programme n'est pas socialiste" de Lionel J.)[*] que trente longues années de compromissions voulues et défendues en son temps par Mitterrand dissimulent mais qui est d'une profondeur et d'une complexité comparable à l'idéologie communiste. On l'oublie en effet, mais le PS n'a obtenu la place dont il dispose sur l'échiquier politique qu'au prix à la fois de grandes concessions idéologiques et d'un très grand pragmatisme.

ça balance 07/09/2006 05:16

Même si cela n\\\'enlève rien à la validité de vos arguments loin s\\\'en faut, force est de constater qu\\\'en récidivant et persistant dans son refus de laisser exister un débat public sur les questions de société sur lesquelles il se plaint à trancher à tort et à travers quitte à contredire ses propres propos tous les trois, les errements (moratoire sur les réductions de charges sociales), les incohérences (réduction de la dépense publique et embauches massives simultanées en emplois aidés, débat insincère sur les transferts de charges aux collectivités), l\\\'amateurisme (CPE), les urgences accumulées oubliées (emploi, logement, réforme de l\\\'éducation), l\\\'affairisme avéré (DADVSI, "guerre de l\\\'ortie", tarifs et subventions pour l\\\'électricité éolienne), le micromanagement (immigration ursine) de ce gouvernement contribuent, eux aussi au discrédit de nos institutions.Mais, après tout, et notamment depuis la campagne pour le référendum, la plupart des citoyens ont pris conscience de l\\\'influence de la politique nationale ou internationale sur leur vie quotidienne, sur l\\\'existence d\\\'une relation entre les difficultés à étudier, se loger, travailler de leurs enfants et l\\\'action gouvernementale. Nicolas Sarkozy profite de la conjonction entre cette prise et conscience et son image d\\\'homme d\\\'action... mais surtout parce qu\\\'il sait réserver son action à l\\\'application des règles régissant la républiques, fussent-elles perfectibles, qu\\\'à l\\\'incessante réécriture des règles du jeu à laquelle se livrent les ministres plus proches du Premier Ministre.En termes plus clairs, qu\\\'urgence et efficacité se distinguent l\\\'un de l\\\'autre par le champs d\\\'application de la méthode.

Cacambo 07/09/2006 11:22

Mon propos n'est effectivement pas de défendre le gouvernement dans cette affaire, mais d'observer simplement qu'une fois de plus, l'opposition se montre incapable d'assumer un débat avec le gouvernement, tant sur le fond que sur la forme.
Pour l'occasion, ma critique s'adresse au PS. J'admets bien volontier qu'en des circonstances passées la même critique aurait pu être faite à l'encontre de la droite (encore que l'attitude d'obstruction parlemnetaire du PS dans cette affaire soit sans précédent dans toute l'histoire de la 5ème République).