Le contribuable national au secours de Neuilly

Publié le par Cacambo

Premier exemple de la nouvelle rubrique "que le meilleur perde", que je ne pouvais laisser longtemps sans contenu (la bonne compréhension de cet article nécessite la consultation préalable de ces quelques explications)...

On a appris la semaine dernière que M. Perben avait décidé de donner son feu vert aux études préalables à la couverture de la N 13 qui traverse Neuilly entre Porte Maillot et La Défense, petit chantier qui devrait coûter, pour 1,4 kilomètre, la modeste somme de 750 millions d'euros (prévisionnels, soit largement plus d'1 milliard au final compte tenu des dérives habituellement constatées en ce domaine. Décryptons cette décision :

- Elle met directement en cause le maire de Neuilly, M. Sarkozy, non en tant qu'auteur direct de la mesure (c'eut été trop gros pour être crédible) mais, mieux, comme tirant directement les ficelles de M. Perben. On arrive ainsi à la fois à crédibiliser les accusations de "candidat des riches" formulées à l'encontre du candidat UMP tout en démontrant qu'il est aujourd'hui en mesure d'obtenir à peu près ce qu'il veut de chaque ministre du gouvernement, ce qui va à l'encontre de son discours sur "la rupture", le tout au moyen d'une mesure qui vient à point pour rappeler quelles sont les priorités du maire de Neuilly en matière de politique des banlieues...

- Une absurdité ne "paye" électoralement (selon la théorie sur laquelle est basée cette rubrique) que si elle est visible. Difficile de faire mieux qu'en l'espèce. Sans compter la couverture médiatique, au moins 160 000 véhicules (et donc au moins autant d'électeurs potentiels) passent chaque jour sur ce trajet... S'ils souffrent certes des conditions de circulation, la plupart d'entre eux - rentrant ou venant de quartiers qui n'ont pas grand chose à voir avec Neuilly - et vous aurez compris que l'auteur de ces lignes en fait partie - sont bien placés pour juger que cet endroit est évidemment loin d'être le pire des points noirs de la banlieue parisienne et, évidemment, que la situation des riverains (qui sont par ailleurs à quelques centaines de mètres du bois de Boulogne) ne suscite pas immédiatement la compassion...

- L'électorat populaire a besoin de messages clairs. Ce n'est pas un hasard si "Le Parisien" (et non Le Monde ni, on se demande pourquoi, Le figaro) a titré sur le coût de ce chantier, rappelant que celui-ci correspondrait à 1,5 fois le coût de la rénovation du RER B, à 5 fois le coût du prolongement de la ligne 13 du métro (et à un quart du "super métro" périphérique en projet). Chaque usager des transports en commun peut ainsi apprécier à sa juste mesure...

- Il est rare de pouvoir déplaire à des électeurs sans risquer d'en gagner d'autres. On y est arrivé avec une décision qui consistant à demander au contribuable (et électeur incertain) national de financer les plus-values immobilières des très prévisibles électeurs neuilléens...

- Enfin, et c'est le plus beau, cette stratégie est d'autant plus remarquable qu'après avoir "encaissé" les conséquences négatives de cette annonce, il est évidemment très probable que les travaux ne seront jamais effectués. D'une part en raison de leur coût. D'autre part et surtout, parce qu'il est inenvisageable (sauf à fermer La Défense et une bonne partie de la banlieue ouest) de procéder au blocage, pourtant inéluctable si l'on devait effectivement faire les travaux, à la fois de la circulation routière sur la N13 (du fait de son enfouissement), de la ligne 1 du métro et, probablement, au moins temporairement, de la ligne A du RER (toute deux passant juste au-desous de la voie ayant vocation à être enterrée...).

Par un simple effet d'annonce qui n'aura sans doute aucune traduction concrète possible, M. Sarkozy aura donc réussi, si ce n'est à perdre des voix (c'est un peu tôt), tout au moins à participer activement, auprès de l'électorat populaire, et au moyen d'une décision que pratiquement personne ne sait défendre mais que chacun peut lui imputer, au phénomène de "brouillage" qui commence, doucement, à polluer son image médiatique et celle de son parti. Ceci méritait d'être salué comme il se doit dans la présente rubrique...

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BAUDIN 28/10/2006 14:52

Vous posez LA bonne question en évoquant la réduction des nuisances des autoroutes urbaines en centre-ville. Sachant que l’on ne peut pas classer en centre-ville ce qui s’appelle boulevard périphérique (à part les stations service, les petits commerces y sont rares), quelles sont les avenues dont le trafic dépasserait nettement 160 000 véhicules/j ?

Ce genre d’avenue en centre-ville a une forte visibilité, et le décompte ne devrait pas en être très difficile. A titre de contre-exemple, les Champs-Elysées sont nettement hors course (80 000 véhicules/j). Pour être aussi péremptoire dans votre propos vous devez tout de suite avoir quelques cas flagrants qu’il serait utile de connaître, et de faire connaître pour étayer votre point de vue.

Faute de mieux (ou de pire), la N13 reste encore le cas de figure le plus pertinent.

Bernard BAUDIN

BAUDIN 27/10/2006 13:32

Salauds de riverains !
Les parties bien distinctes en présence sont :
- les 160 000 automobilistes qui transitent chaque jour dont vous,
- les riverains de la N13 (dont vous dites qu’ils n’en sont pas usagers)

1 - Qui sont les pollueurs et les pollués ?
2 - Si le contribuable national ne paye pas, qui doit payer : le pollueur ou le pollué ?
3 - Sachant le montant des travaux (>1 milliard d’Euros selon vous), et le nombre de pollueurs, quel est le montant du chèque que vous devez aussitôt adresser à M. PERBEN ?

On l’a compris, l’auteur de ces lignes est un de ces salauds de riverains que vous prenez de bien haut, et qui devraient considérer vos nuisances plusieurs fois par jour comme un bien grand honneur. Etes vous bien certain que c’est une caste de privilégiés qui vit nuit et jour au bord de cette autoroute urbaine, et qui va endurer de nombreuses années de travaux d’enfouissements pour palier les nuisances de votre passage ?

Les habitants de Neuilly n’ont aucun besoin d’autoroute urbaine au centre de leur ville. Une solution ultra économique serait de mettre en zone 30 les 1400 mètres de N13. Avec de larges couloir de bus isolé par muret, des jardinières disposées en chicane, des dos d’âne, des stops, comme on le voit dans bien des centre-ville, la circulation serait aisément ramenée à 160 véhicules/j. Economie et écologie y trouveraient leur compte.

Ce serait juste un peu dommage pour les 160 000 autres usagers quotidiens, mais ils n’auraient qu’à aller voir ailleurs s’il y a des points noirs, avec la consolation d’avoir épargné les deniers publics.

Il est assez plaisant de qualifier de plus-value immobilière la diminution de la moins-value que génèrent vos propres nuisances.

A tout prendre, la décision de M.PERBEN est donc bien la pire des décisions, à l’exception de toutes les autres possibles.

Bernard BAUDIN

Cacambo 27/10/2006 20:19

Effectivement, habiter le long d'une avenue a parfois quelques inconvénients. Mais le propre d'une avenue est d'être fait pour circuler (n'en déplaise à M. Baupin et autres bobos).Des autoroutes urbaines il y en a dans toute la région parisienne ... et je ne parle pas des riverains du périphérique. On peut toujours souhaiter éliminer les nuisances (et je n'ai rien contre). Il sera tout de même difficile à faire comprendre au français moyen que la banlieue qui a urgemment besoin d'un investissement de 1md € est Neuilly... Mais c'est bien d'essayer.