Le conseil des ministres vaut-il un film ? (oui)

Publié le par Cacambo

La petite cacophonie au sommet de l'Etat au sujet de la suggestion, faite par le Premier Ministre et immédiatement contredite par le Président de la République, de filmer les conseils des ministres, s'est finalement limitée à quelques remarques sur le caractère plus ou moins confidentiel de certains débats audit conseil...

Presque personne n'en a profité pour remarquer ce que (presque) tout un chacun sait (et tous peuvent facilement savoir) : Loin d'être une instance de décision (et encore moins de réflexion), le conseil des ministres n'est pratiquement qu'un lieu de monologues strictement formels et généralement sans aucun intérêt. Dans la "vie quotidienne" de l'administration du pays, le "passage en conseil des ministres" d'un texte quelconque, d'une mesure nominative ou, a fortiori, d'une "communication" ne présente strictement aucun enjeu de fond, les décisions étant prises avant ou après dans un autre cadre... Au point qu'un ancien secrétaire général du gouvernement (seul non-ministre à assister au conseil avec le secrétaire général de la présidence) reconnaissait un jour en petit comité qu'un conseil des ministres "réussi" sous la 5ème République, est paradoxalement celui où l'ordre et la teneur des interventions suit strictement l'ordre du jour et où les éventuels "débats" se limitent à un (court) dialogue entre le ministre concerné et le président de la République, ce dernier "félicitant" le premier pour la qualité de son intervention... Au contraire, un conseil des ministres au cours duquel un autre ministre intervient pour donner la contradiction à son collègue (ou simplement pour apporter un autre point de vue) passe pour un "conseil raté"...

Il est surprenant (ou plutôt, je crains, révélateur) qu'aucun de nos candidats (qui connaissent presque tous parfaitement la situation) n'ait même envisagé une réforme sur ce point, pourtant infiniment plus facile à faire que toutes les révolutions institutionnelles promises à droite comme à gauche. Celà traduit bien finalement l'absence de culture de débat de nos élites administrativo-politiques, qui, la plupart du temps, assimilent toute contradiction à une opposition (souvent personnelle plus même que politique)... qui se souvient, pourtant, que le "gouvernement" est encore censé être en droit constitutionnel, un organe collégial ! Que, sous la 4ème République encore (qui n'avait pas que des mauvais cotés), les décisison au sein du conseil des ministres donnaient lieu à de réels débats entre ministres (parfois assez chauds, semble t-il) et que, à défaut de consensus réel, les décisions y étaient prises après un vote à la majorité entre lesdits ministres...

Cette situation constitue bien une exception à la fois propre à la France et à son administration... Un ancien ministre (ayant une expérience du privé) avouait ainsi que même la plus ringarde des entreprises privée ne pourrait envisager de voir son "comité exécutif" (ou son "board", comme on veut) réduit ainsi à une simple chambre d'enregistrement à la fonction purement notariale. Tandis qu'il semble que, dans un genre constitutionnel pourtant différent, tant les "cabinets" britanniques qu'américains connaissent, quant à eux, de vrais débats internes...

Finalement, n'en déplaise au président de la République, la proposition de filmer le conseil des ministres mérite donc d'être retenue... Nos gouvernants ne se rendant manifestement pas compte du ridicule de telles pratiques, un tel film constituera sans doute un moyen efficace de les en persuader, et peut-être de les faire évoluer.

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Romanis 06/11/2006 22:05

Edgar, vous me l'avez enlevé de la bouche, au plutôt devrais-je dire, de la touche...
En lisant votre article, cher Cacambo, c'est effectivement aux 3 tomes de "C'était De Gaulle" de Peyrefitte que j'ai immédiatement pensé. Et d'après mes souvenirs, j'avais le sentiment que les débats en conseil des ministres étaient plutôt interactifs. Les temps auraient donc changé ?

edgar 05/11/2006 22:14

Il faut lire l'extraordinaire "c'était de gaulle", d'alain peyrefitte, pour sentir à quel point le Conseil a rythmé la Véme république gaullienne, avec des débats certes feutrés mais passionnants.