Mercredi 15 novembre 2006

Les difficultés du journal "Libération" (comme celles, à peine moindres, du "Monde") sont souvent l'occasion de se lamenter sur la concurrence des journaux dits "gratuits" et des divers sites d'information en ligne, qui "casseraient" la seule vraie presse libre, celle papier et payante.

Indépendamment du caractère réducteur de cette explication (comme j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer, certains journaux ont des résultats économiques à faire pâlir d'envie les plus voraces fonds de pension américains), je trouve curieux que personne ne semble s'apercevoir que la distinction gratuits/payants n'est pas si évidente qu'elle paraît : Un simple examen du site de libé, par exemple, permet de constater qu'on me propose un abonnement (sans urée minimale d'engagement) à 24.3 €/mois, le journal m'étant porté à mon domicile chaque matin et avec un DVD gratuit en prime. Il n'est pas besoin de beaucoup de calcul pour arriver à la conclusion que :

[frais de portage (au plus strict minimum, le tarif d'une lettre simple de La Poste soit environ 16€/mois pour 25 numéros) + DVD (d'une valeur marchande d'environ 20 € sur Amazon) = ... journal plus que gratuit].

Une vérification avec Le site du Monde (25€ par mois d'abonnement sur 6 mois et lecteur DVD gratuit) aboutit évidemment au même résultat....

Tout celà mériterait sans doute d'être approfondi par plus expert que moi, mais me confirme dans l'idée que l'économie de la presse - et les aides en tout genre distribuées au gré des humeurs politiques et qui, seules, permettent ce type d'aberrations économiques - mériterait sans doute une vraie remise à plat (ce qui est pratiquement le seul point où je me trouve en accord avec le médiocre rapport consacré à cette question par l'institut Montaigne). Je ne suis finalement pas sûr, quand je lis "Economie Matin" ou "20 minutes" d'avoir affaire à une presse d'une qualité très inférieure à celle de plusieurs quotidiens ou hebdomadaires prétendument "payants"... question juridique impertinente : les pratiques de vente ci-dessus mentionnées ne pourraient-elles relever du contrôle des aides d'Etat ou des pratiques anticoncurrentielles (anti-dumping) ?

par Cacambo publié dans : Economie
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Commentaires

C'est même à se demander s'il existe une vraie presse libre en France...mais non, voyons ! nous sommes au pays de la liberté ! Même si toute la presse et les médias sont aux mains des grands fournisseurs de l'Etat, même si les journalistes vedettes sont les épouses ou compagnes des hommes politiques, même si aucun journal ne reprend le scandale du compte du président, cela ne veut rien dire. La presse française est de très grande qualité, et si elle coule, en dépit des avantages financiers innombrables, c'est à cause de la concurrence, déloyale, des gratuits.
commentaire n° : 1 posté par : laurent le: 15/11/2006 22:44:36
Il me semble que l'encart de publicité est vendu en proportion du nombre d'abonnés (plus ou moins fixe, tout au moins facilement vérifiable) et non pas en fonction du nombre de vente (assez fluctuant) : il vaut donc mieux avoir le plus d'abonnés possible
commentaire n° : 2 posté par : Jid (site web) le: 17/11/2006 18:10:26
Je ne suis pas un grand spécialiste, mais j'ai cru comprendre que le prix de la pub dépendait des mesures de l'OJD, organisme certifiant la diffusion effective des journaux (tout mode de diffusion et y compris diffusion gratuite). Sauf erreur de ma part, il y a eu du reste un contentieux à la suite duquel cet organisme a été contraint d'intégrer la presse gratuite à ses mesures.
Le nombre d'abonnés, dans un tel contexte, n'a donc d'intérêt que dans la mesure où il représente une ressource stable (et souvent une réserve de trésorerie). Mais il est sans impact sur les ressources de pub.
réponse de : Cacambo (site web) le: 19/11/2006 17:49:26

Certes is est légitime de se poser la question "La presse dite payante n'est-elle pas gratuite?", mais pourquoi ne pas retourner la question: "La presse dite gratuite n'est-elle pas, en fait, payante?".


En effet, d'où vient l'argent avec lequel cette presse est financée? Des entreprises qui achètent les nombreux encarts publicitaires s'étalant dans les pages des "gratuits". Mais, d'où vient le budget publicitaire des entreprises? Bien évidemment, cette argent vient de la vente des biens ou des services que cette entreprise produit. Dès lors, on se rend bien compte que c'est le consommateur de ces biens et services qui finance, au final, ce budget publicitaire... et qui paie, par là même, l'achat des encarts publicitaires, finançant ainsi les "gratuits".


Les "gratuits" se révèlent donc moins inoffensifs pour notre porte-feuille que ce que leur nom laisse à penser...

commentaire n° : 3 posté par : Julien Bey (site web) le: 20/11/2006 17:58:30

Certes is est légitime de se poser la question "La presse dite payante n'est-elle pas gratuite?", mais pourquoi ne pas retourner la question: "La presse dite gratuite n'est-elle pas, en fait, payante?".


En effet, d'où vient l'argent avec lequel cette presse est financée? Des entreprises qui achètent les nombreux encarts publicitaires s'étalant dans les pages des "gratuits". Mais, d'où vient le budget publicitaire des entreprises? Bien évidemment, cette argent vient de la vente des biens ou des services que cette entreprise produit. Dès lors, on se rend bien compte que c'est le consommateur de ces biens et services qui finance, au final, ce budget publicitaire... et qui paie, par là même, l'achat des encarts publicitaires, finançant ainsi les "gratuits".


Les "gratuits" se révèlent donc moins inoffensifs pour notre porte-feuille que ce que leur nom laisse à penser...

commentaire n° : 4 posté par : Julien Bey (site web) le: 20/11/2006 17:59:51

Exact. Le "gratuit" est en fait, nécessairement, payant.

Néanmoins, vis à vis de la plupart de leurs concurrents, la critique est relativement mal venue dans la mesure où eux-mêmes recourent très largement à la publicité et que, pour la très grande majorité des titres existants en France, la diffusion payante est loin d'avoir un niveau suffisant pour garantir une quelconque indépendance : il suffit de vous inviter à feuilleter votre hebdo favori (Le Point, l'Express, le Nouvel Obs etc.) pour constater que le nombre de pages de pub représente pratiquement 50 % du total... Rares sont les journaux pouvant faire face au retrait d'un annonceur substantiel. A ma connaissance, seul le Canard Enchaîné fonctionne sur un modèle exclusif de toute publicité. C'est tout à son honneur mais c'est une exception sans doute peu reproductible...

réponse de : Cacambo (site web) le: 20/11/2006 18:09:36
Il y a aussi Fluide Glacial   !!!
commentaire n° : 5 posté par : Jid (site web) le: 20/11/2006 20:52:12
Certes. Je dois à la vérité de dire que je lis plus fréquemment le Canard que "Fluide"...
réponse de : Cacambo (site web) le: 25/11/2006 22:54:31
Vous noterez que l'actuelle loi de finances intègre des dispositifs particuliers d'incitations fiscales aux propriétaire d'entreprises de presse ... payante.

La presse est certainement au final l'un des rares secteurs de l'économie concurrentielle presque aussi subventionné que l'agriculture !
commentaire n° : 6 posté par : Mouaips le: 21/11/2006 17:32:04
Sans doute même davantage, tant au regard du chiffre d'affaires que du nombre d'emplois considérés.
réponse de : Cacambo (site web) le: 25/11/2006 22:55:09
Je ne vous suis pas tout à fait sur l'écart de qualité entre la presse payant et celle gratuite. Le dernier quotidien gratuit en date, Direct soir, se rapproche du torchon, quant à 20 minutes, il ne faut pas espérer lire une seconde de plus !
commentaire n° : 7 posté par : CItlali (site web) le: 29/11/2006 00:35:26

Certes, le parallèle a effectivemnet ses limites et je peux difficilement comparer Direct Soir au Figaro... mais à "France Soir" ? Par ailleurs, en ce qui concerne "20 minutes", je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous. Ce n'est effectivement pas "Le Monde" mais il se compare parfois avantageusement à "Libération" (dont du reste, une partie de l'équipe est issue).

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit évidemment pas des mêmes journaux et je vous accorde que la comparaison est un peu hasardeuse... mais force est aussi de constater qu'en France, la presse dite "payante" est très loin d'avoir le niveau de qualité que l'on peut attendre de son prix et, pour peu que l'on soit abonné au "fil AFP", on s'aperçoit vite que la valeur ajoutée se limite dans 90 % des cas à la mise en forme des dépêches. Ce n'est pas le cas dans certains pays étrangers (je pense notamment à l'Allemagne ou au Etats-Unis).

réponse de : Cacambo (site web) le: 29/11/2006 11:32:52
Parfaitement d'accord. The Economist vend 1 millions d'exemplaire (donc payants) par semaine dans le monde et  30 000 en France. Ce qui indique qu'il y a un lectorat pour une presse de la plus haute tenue intellectuelle.  
commentaire n° : 8 posté par : BrunoNation le: 26/12/2006 09:39:36

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