Mercredi 20 décembre 2006

L'actualité démocratique m'oblige à sortir de ma pré-hibernation prolongée de ces derniers jours (un léger surcroît de travail) pour féliciter le Sénat et en particulier son groupe socialiste qui a réussi à déposer et à faire adopter un merveilleux amendement au projet de loi de finances rectificative pour 2006 : il s'agit ni plus ni moins que d'indexer la revalorisation des indemnités parlementaires sur l'inflation et non plus sur l'évolution du traitement des fonctionnaires. On notera avec intérêt qu'au cours des débats d'hier, cet amendement a été adopté sans objection de quiconque, le gouvernement s'en remettant à la "sagesse" du parlement.

En d'autres termes, le Sénat permet ainsi aux parlementaires de s'exonérer de la politique suivie avec constance (par la droite comme par la gauche) depuis 1983 et consistant précisément à "désindexer" les salaires de l'inflation. Mais évidemment, il était sans doute vain de croire que les sénateurs puissent s'estimer soumis au régime général de tous les français (chacun sait que les sénateurs sont particulièrement mal lotis en terme de rémunération)... Le plus drôle (si l'on peut dire) dans cette affaire est que la motivation "officielle" de cet amendement est de "mieux garantir" l'équilibre financier du système de retraite des parlementaires qui est déjà un "régime spécial" de retraite particulièrement avantageux...

J'essaie en général de me détacher d'un certain antiparlementarisme souvent trop facile. En l'espèce toutefois, je dois admettre que la Sainte Alliance parti socialiste / majorité sénatoriale pour s'exonérer de la règle commune ne peut que m'amener à mieux comprendre la banalisation des idées extrémistes en France (et je ne pense pas qu'à M. Le Pen). Sans doute fallait-il que nos parlementaires aident encore à cette progression. Bravo à tous.

MISE A JOUR :
Comme le mentionne à juste titre M. Autheil dans son commentaire, cette brillante mesure a été suppprimée en commission mixte paritaire suite notamment à un "coup de gueule" (que je trouve moi aussi assez bien vu) de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée Nationale...

par Cacambo publié dans : Que le meilleur perde (ils font des efforts)...
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Commentaires


Pendant ce temps, prof, je vais perdre 7% de pouvoir d'achat en 2007 : dévalorisation du point indiciaire (1% en gros par an depuis quelques années) et perte d'heures sup (je vais devoir travailler 6% d'heures en plus pour le même salaire suite à la réforme en cours !).


Depuis 1983, à niveau équivalent de grade, de mérite et d'ancienneté, 23% de perte de pouvoir d'achat du salaire net. Avec ce qui s'annonce, cela fera 30% !!


Et pour la retraite, si je pars à 60 ans, ce sera entre 40 et 50 % de ce qu'avait (en pouvoir d'achat) un fonctionnaire de même qualification quand j'ai commencé en 1980...


Et dans des conditions de travail se dégradant considérablement.


Je me suis fait avoir il y a vingt-cinq ans, en choisissant ce métier, et depuis, en restant. Il est bien sûr trop tard pour changer maintenant. J'aimais ce métier, je savais que je ne serais pas excessivement payé, mais je n'imaginais pas que ce serait dans ces conditions. Jamais je n’oserais aujourd’hui conseiller ce travail à un jeune qui peut être cadre dans le privé.


commentaire n° : 1 posté par : Bernard le: 21/12/2006 00:03:33
bien vu!
au plaisir de vous lire plus souvent!
commentaire n° : 2 posté par : silas day-lewa (site web) le: 21/12/2006 09:16:03
Saluons au contraire la sagesse parlementaire: ils auraient pu parvenir au même résultat en conservant la même indexation sur le traitement des fonctionnaires mais en augmentant leur indice de base. Mais c'est moins discret !
commentaire n° : 3 posté par : GroM (site web) le: 21/12/2006 09:45:02
En cette période où tout le monde journalistique et politique parle de pouvoir d'achat à la baisse, ce type d'amendement est particulièrement mal choquant, en effet !
Surtout, il met le gouverment dans une position délicate vis-à-vis des fonctionnaires à qui on refuse si j'ai bien compris l'indexation depuis longtemps !
En tout cas très content de vous relire !
commentaire n° : 4 posté par : george le: 21/12/2006 23:13:52

J'en avais entendu parler dans les couloirs et je le cherchais. Vous medispensez d'un travail fastidieux. Comme d'hab, les sénateurs s'amusent à faire un coup en douce, dans la loi de finances rectificatives.


Heureusement, il a été retoqué en CMP. Debré est personnellement intervenu. Pour une fois qu'il ne fait pas que des conneries...


 

commentaire n° : 5 posté par : authueil (site web) le: 22/12/2006 16:01:47
Critiquer les parlementaires, c'est faire le jeu des extrêmes. Attention ! D'autant plus que c'est vraiment symbolique : quelques centaines de sénateurs, même bien payés, coutent infiniment moins chers que des masses de fontionnaires.
commentaire n° : 6 posté par : stéphane le: 22/12/2006 20:51:20
La question n'est évidemment pas le coût de la mesure. Mais la démocratie - comme tout régime politique - est (aussi) affaire de symboles. Ce n'est pas critiquer ce type de mesures qui fait le jeu des extrêmes, mais les voter.
réponse de : Cacambo (site web) le: 23/12/2006 11:14:57
Les sénateurs ont eu le bon goût et l'à-propos de voter cette mesure en toute discrétion, ce qui est tout à leur honneur ans étant donné l'ambiance de déclinisme que nous connaissons et qui permet de récupérer ce non-événement en argument pour faire de l' anti-parlementarisme primaire. Les attaques contre les membres du Parlement sont classiques et conduisent aux conséquences que l'on sait. Les parlementaires n'ont pas un travail facile, et le prix de l'indépendance doit être considéré comme peu de chose quand on connaît les pressions auxquelles ils doivent résister, entre le gouvernement qui dirige le jeu législatif, la volonté d'hégémonie des partis, la suractivité réglementaire européenne, sans parler des groupes de pression occultes. Peut-être faudrait-il penser à un vrai statut du parlementaire, avec une rémunération décente, qui redonne honneur et liberté aux élus de la nation. Mais il y a fort à parier que tout ce qui pourrait grandir un peu le sens de la Démocratie Représentative ne soit pas du goût des populistes et autres partisans de l'"écoute" et de la "participation directe" qui tiennent aujourd'hui le haut du pavé.
commentaire n° : 7 posté par : stéphane le: 24/12/2006 14:42:13
réponse de : Cacambo (site web) le: 03/01/2007 14:44:10
le statut des parlementaires est largement suffisant.

ils percoivent 7000 € de traitement et 7000 € d'IRFM dont ils disposent comme ils veulent. En plus ils ont 7000 € par mois pour embaucher des assistants dont on ne sait pas toujours très bien ce qu'ils font puisque les assemblées ont des fonctionnaires qui travaillent pour les parlementaires, font leurs rapports , leurs amendements etc.
commentaire n° : 8 posté par : bacchar le: 06/01/2007 09:57:11
On n'est jamais mieux servi que par soi-même! Ils sont vieux mais pas séniles, nos sénateurs.Comment se réconcilier avec la politique ?
commentaire n° : 9 posté par : wolfy (site web) le: 06/01/2007 13:44:19

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