Le Sénat dans ses oeuvres...

Publié le par Cacambo

L'actualité démocratique m'oblige à sortir de ma pré-hibernation prolongée de ces derniers jours (un léger surcroît de travail) pour féliciter le Sénat et en particulier son groupe socialiste qui a réussi à déposer et à faire adopter un merveilleux amendement au projet de loi de finances rectificative pour 2006 : il s'agit ni plus ni moins que d'indexer la revalorisation des indemnités parlementaires sur l'inflation et non plus sur l'évolution du traitement des fonctionnaires. On notera avec intérêt qu'au cours des débats d'hier, cet amendement a été adopté sans objection de quiconque, le gouvernement s'en remettant à la "sagesse" du parlement.

En d'autres termes, le Sénat permet ainsi aux parlementaires de s'exonérer de la politique suivie avec constance (par la droite comme par la gauche) depuis 1983 et consistant précisément à "désindexer" les salaires de l'inflation. Mais évidemment, il était sans doute vain de croire que les sénateurs puissent s'estimer soumis au régime général de tous les français (chacun sait que les sénateurs sont particulièrement mal lotis en terme de rémunération)... Le plus drôle (si l'on peut dire) dans cette affaire est que la motivation "officielle" de cet amendement est de "mieux garantir" l'équilibre financier du système de retraite des parlementaires qui est déjà un "régime spécial" de retraite particulièrement avantageux...

J'essaie en général de me détacher d'un certain antiparlementarisme souvent trop facile. En l'espèce toutefois, je dois admettre que la Sainte Alliance parti socialiste / majorité sénatoriale pour s'exonérer de la règle commune ne peut que m'amener à mieux comprendre la banalisation des idées extrémistes en France (et je ne pense pas qu'à M. Le Pen). Sans doute fallait-il que nos parlementaires aident encore à cette progression. Bravo à tous.

MISE A JOUR :
Comme le mentionne à juste titre M. Autheil dans son commentaire, cette brillante mesure a été suppprimée en commission mixte paritaire suite notamment à un "coup de gueule" (que je trouve moi aussi assez bien vu) de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée Nationale...

Partager cet article

Commenter cet article

wolfy 06/01/2007 13:44

On n'est jamais mieux servi que par soi-même! Ils sont vieux mais pas séniles, nos sénateurs.Comment se réconcilier avec la politique ?

bacchar 06/01/2007 09:57

le statut des parlementaires est largement suffisant.ils percoivent 7000 € de traitement et 7000 € d'IRFM dont ils disposent comme ils veulent. En plus ils ont 7000 € par mois pour embaucher des assistants dont on ne sait pas toujours très bien ce qu'ils font puisque les assemblées ont des fonctionnaires qui travaillent pour les parlementaires, font leurs rapports , leurs amendements etc.

stéphane 24/12/2006 14:42

Les sénateurs ont eu le bon goût et l'à-propos de voter cette mesure en toute discrétion, ce qui est tout à leur honneur ans étant donné l'ambiance de déclinisme que nous connaissons et qui permet de récupérer ce non-événement en argument pour faire de l' anti-parlementarisme primaire. Les attaques contre les membres du Parlement sont classiques et conduisent aux conséquences que l'on sait. Les parlementaires n'ont pas un travail facile, et le prix de l'indépendance doit être considéré comme peu de chose quand on connaît les pressions auxquelles ils doivent résister, entre le gouvernement qui dirige le jeu législatif, la volonté d'hégémonie des partis, la suractivité réglementaire européenne, sans parler des groupes de pression occultes. Peut-être faudrait-il penser à un vrai statut du parlementaire, avec une rémunération décente, qui redonne honneur et liberté aux élus de la nation. Mais il y a fort à parier que tout ce qui pourrait grandir un peu le sens de la Démocratie Représentative ne soit pas du goût des populistes et autres partisans de l'"écoute" et de la "participation directe" qui tiennent aujourd'hui le haut du pavé.

Cacambo 03/01/2007 14:44

stéphane 22/12/2006 20:51

Critiquer les parlementaires, c'est faire le jeu des extrêmes. Attention ! D'autant plus que c'est vraiment symbolique : quelques centaines de sénateurs, même bien payés, coutent infiniment moins chers que des masses de fontionnaires.

Cacambo 23/12/2006 11:14

La question n'est évidemment pas le coût de la mesure. Mais la démocratie - comme tout régime politique - est (aussi) affaire de symboles. Ce n'est pas critiquer ce type de mesures qui fait le jeu des extrêmes, mais les voter.

authueil 22/12/2006 16:01

J'en avais entendu parler dans les couloirs et je le cherchais. Vous medispensez d'un travail fastidieux. Comme d'hab, les sénateurs s'amusent à faire un coup en douce, dans la loi de finances rectificatives.
Heureusement, il a été retoqué en CMP. Debré est personnellement intervenu. Pour une fois qu'il ne fait pas que des conneries...