Intéressante innovation du "Gouvernement Sarkozy-Fillon" dans la composition de leurs équipes : les principaux conseillers économiques de chacun des niveaux politiques (présidence de la République, Premier Ministre, Ministre de l'Economie) ont tous une expérience significative du secteur privé. Le secrétaire général adjoint à la présidence de la République (en charge des questions économiques) est un banquier d'affaires (certes relativement récent, mais il semble que son activité ait été remarquée). Le directeur adjoint du cabinet du Premier Ministre (également en charge des questions économques) est un avocat reconnu, notamment dans le domaine du droit européen. Le directeur du cabinet du Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi vient quant à lui directement du monde de l'entreprise où il a fait l'essentiel de sa carrière.
Une telle composition, qui ne peut pas totalement être le fruit du hasard, est à ma connaissance une première dans la (petite) histoire de la République. Indépendamment de toute considération politique, je m'en réjouis puisque celà traduit que les départs du public vers le privé (à mon avis souvent critiqués à tort) peuvent être aussi des allers-retours. Or je suis convaincu que le service de l'Etat a tout à gagner à s'entourer de personnes ayant connu (autrement qu'au cours de stages plus ou moins bidons) les contraintes - et aussi peut-être certaines facilités - du "secteur privé".
Certes, des mauvaises langues feront certes valoir que tous les 3 sont (ou étaient) aussi inspecteurs des finances... Et alors ? compte tenu de leurs profils très différents, on peut difficilement leur reprocher d'être issu d'un quelconque "moule" alors même qu'au moins les deux derniers cités n'ont sans doute pas passé beaucoup plus d'un tiers de leur vie professionnelle dans l'administration française ). En toute hypothèse, il n'est sans doute pas mauvais qu'ils aient une certaine connaissance de l'administration qu'ils sont censés superviser.
Pour cette fois, je ne bouderai donc pas un plaisir certain.
Je reste circonspect sur l\\\'intérêt (ou non) d\\\'un passage dans le privé / dans le public pour être membre d\\\'un cabinet ministériel.
Une chose est certaine : ceux qui devront travailler avec l\\\'administration auront un avantage certain s\\\'ils disposent déjà d\\\'une culture administrative. Je m\\\'interroge toutefois sur l\\\'articulation avec l\\\'administration centrale pour bon nombre de conseillers, qui doit se borner aux classiques "commandes cabinet" de 17h.
Concernant les allers-retours dans le privé, j\\\'observe que le pantouflage est l\\\'un des critères distinctifs les plus saillants entre public et privé dans le grand public. Après la garantie de l\\\'emploi, la mise en disponibilité est sûrement le cliché le plus répandu sur la fonction publique. La multiplication d\\\'allers-retours ne risque-t\\\'elle pas de vider de sa substance le statut général, ou plus précisément les positions statutaires "hors cadre" et "mise à disposition" ?
En ce qui me concerne, mon principe est simple : l'ennui (et l'immobilisme) naquit un jour de l'uniformité (de la fonction publique, et plus particulièrement de celle qui se prétend "haute"). Qu'il faille connaître l'administration pour y travailler, certes (encore que je reste confiant sur la capacité des personnes à apprendre). Qu'on ne puisse y exercer des responsabilités qu'à condition d'y avoir exercé toute sa carrière revient à fermer la hiérarchie publique à une diversité indispensable.
Sur la multiplication des cas de "pantouflage", j'ai déjà eu l'occasion de dire sur ce blog que, bien que n'étant pas (encore ?) conerné, je ne partageais pas pour ma part l'opinion ambiante consistant à vouer aux gémonies les personnes considérées. Et, je pense au contraire que de tels allers-retours permettent de justifier l'existence de certaines positions statutaires telles que la disponibilité. Les positions "hors cadre" et "mise à disposition" ne sont quant à elles pas concernées puisqu'elles ne permettent pas d'exercer des fonctions dans le secteur privé.
Erreur sur le terme, je ne pensais pas à "mise à disposition" mais à "mise en disponibilité". Quant à la position hors cadre, elle est utilisée pour des postes parapublics. Enfin, j'observe que certains membres de l'IGF partent faire leur mobilité (détachement) dans des banques (par exemple) qui ne me semble pas faire partie du domaine parapublic. Lecture faite du statut général, cela a l'air régulier s'il y a une convention...
Par contre, j'observe les éléments suivants dans le corps dont je fais partie, qui est un grand spécialiste du pantouflage : on forme les jeunes dans des grandes écoles plutôt pretigieuses. 2 ans d'études payé 2000 €/mois, je connais pas mal d'étudiants plus mal lotis. Ensuite, ils commencent à travailler. En pratique, ils partent entre 2 et 4 ans après leur titularisation, i.e. quand ils commençaient tout juste à être opérationnels.
Certes, ils ont signé un engagement à servir l'Etat. Qui n'est JAMAIS mis en oeuvre et dont ils pensent que les dix ans de disponibilité suffiront à faire oublier. Par ailleurs, en opportunité, les corps n'aiment pas recouvrer les pantoufles, puisque cela limite leur attractivité à l'entrée. Donc ils le font de manière ciblée, et je connais plus d'un membre de mon corps qui est (pour l'instant, les créances de l'Etat se prescrivent par 30 ans) passé au travers des mailles du filet. En fait, à bien y réflechir, je n'en connais aucun qui se soit vu réclamer la pantoufle !
En d'autres termes l'A/R se traduit de la manière suivante : on forme des gens très chers sans leur demander un minimum de service ni un kopek en échange, puis ils vont dans le privé où ils reçoivent des salaires mirifiques (en échange d'un travail conséquent, soyons honnêtes) quand ils réussissent leur carrière. Et quand c'est l'échec qui est au bout, la maison est bonne fille et leur garde une place au chaud, avec le cas échéant un bonus car les A/R dans le privé, c'est quand même quelque chose qu'il faut valoriser.
Ceci dit, je suis plutôt d'accord lorsque cela est organisé par les corps et ou les directions, de manière à ce que chacun puisse s'épanouir et faire profiter de son expérience. J'observe simplement que c'est loin d'être le cas...
2 précisions :
- La position de détachement est strictemnet réservée au seul "secteur public" (au sens large). A part La Poste et la Caisse des Dépôts, je ne vois pas comment un IGF pourrait être mis en détachement au sein d'une banque (l'arrêté ne serait pas visé par la Fonction Publique). Autrefois en revanche, de tels détachements étaient effectivement possibles au sein des banques publiques, mais les privatisations sont passées par là... En revanche, le décret "Dutreil" de 2004 a permis aux membres des "corps issus de l'ENA "de faire leur "mobilité" (maximum 2 ans) au sein du secteur privé, mais c'est un cas particulier qui n'est pas réservé à l'IGF.
- Au moins en ce qui concerne l'ENA (mais à ma connaissance, la règle est la même pour l'ENM et pour Polytechnique), les frais de scolarité (en ce inclus le montant des rémunérations versées) doivent faire l'objet d'un remboursement en cas de démission de la fonction publique avant une période de 10 ans. S'agissant de l'ENA, je puis attester que cette règle est appliquée de façon très rigoureuse (le paiement total est exigé, y compris en cas de départ au terme de 9 ans...). Ce n'est pas choquant du reste mais celà limite la portée de votre observation.
Pour clore un fil qui n'intéresse que les initiés, il me semble que X d'un côté et ENA et ENM de l'autre sont dans des situations différentes : la première école forme des fonctionnaires de manière quasi accessoire, dans le sens où une majorité des élèves n'entre pas dans les corps de l'Etat, alors que les secondes sont précisément des écoles préparant exclusivement à la fonction publique (voire même à un unique corps dans le cas de l'ENM).
Ceci explique probablement les écarts importants de perception de la pantoufle (qui est une double pantoufle dans le cas des grands corps techniques : pantoufle de l'X plus pantoufle du corps).
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