Les nouveaux ministères du nouveau gouvernement (suite)

Publié le par Cacambo

Suite de mon précédent article, quelques commentaires complémentaires au vu des premiers décrets d'attribution (dont l'importance est fort exactement commentée ici) parus au JO de ce matin.

Pas de surprises sur le "superministère"  de l'écologie, du développement et du développement durables qui, outre son OPA sur feu le ministères de l'équipement et des transports, se voit notamment bénéficier de l'autorité sur la partie "énergie" de l'ex-ministère de l'industrie (direction générale de l'énergie et des matières premières). J'avoue rester, à titre personnel, dubitatif devant la création d'un tel monstre surtout en l'absence d'une structure d'accueil susceptible d'absorber les autres (les services du ministère de l'environnement sont traditionnellement très faibles). Il faudra une très forte autorité du Ministre d'Etat pour que le centre de gravité de ce nouveau ministère reste sur l'écologie sans retourner "naturellement" (ce n'est pas le cas de le dire) vers les tropismes de l'ex-ministère de l'équipement (qui, sans lui faire injure, n'a traditionnellement guère la fibre "verte"...)

En ce qui concerne le "ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement", j'observe que, s'il peut en théorie disposer de multiples administrations, en pratique il ne s'en voit attribuer aucune à titre exclusif. En ce qui concerne les "autorités conjointes" partagées avec d'autres ministères, j'ai pour ma part assez peu de doute sur la priorité qui sera donnée, par exemple par la direction des français à l'étranger et des étrangers en France entre une instruction donnée par ce nouveau ministère et une donnée par le ministère des affaires étrangères... Finalement, je me demande si ce chiffon rouge qu'était ce ministère durant la campagne électorale ne s'est pas transformé en chiffon de papier. En tout cas, je constate que la réalité administrative telle qu'elle résulte du décret d'attribution de ce ministère est assez loin de la rationalisation promise (qui aurait probablement nécessité un traitement plus brutal du ministère des affaires étrangères et de l'intérieur)...

S'agissant des ministères "financiers", je me demande si le résultat de ce redécoupage, loin d'affaiblir Bercy - comme l'intention en était parfois affichée - ne va pas au contraire se traduire par un Bercy ultra-puissant... Comme par le passé, il y en effet tout lieu de penser que la division entre les ministères de l'économie et celui du budget restera largement théorique compte tenu de l'identité culturelle des équipes techniques constituant ces deux départements ministériels (sans même parler de l'identité géographique qui créée nécessairement des solidarités). Cette solidarité sera du reste d'autant plus imposée que les deux ministres concernés se partageront de nombreuses administrations communes. Alors, certes l'ex-"MINEFI" perd une part de sa superbe (en ce qui concerne une part des attributions "industrie", qui du reste n'avaient rejoint ce ministère que relativement récemment), mais cette perte est toute relative (il conserve notamment la tutelle sur toutes les entreprises publiques, notamment celles du secteur énergétique). Elle est surtout largement compensée par sa conquête de l'administration de l'emploi (qui est plutôt celle du chômage et qui gère à ce titre l'essentiel des dépenses sociales hors maladie) celle du budget de la sécurité sociale et celle de la fonction publique (qui vient d'adjoindre à la réforme de l'Etat, confirmée au sein de cet ensemble). On notera aussi, évidemment, cette avancée essentielle pour l'avenir de la politique économique qu'est le rattachement de la "direction du tourisme" et de "l'inspection générale du tourisme" au ministère de l'économie (comment peut-on ne pas rêver être "inspecteur général du tourisme" ?)...

Au total, et dans l'attente des décrets concernant les autres ministères, on peut faire une première liste des "gagnants" et "perdants" administratifs :

- les "perdants" sont incontestablement les administrations sociales (certains y verront un signe...) qui se voient écartelées en 4 ministères distincts (budget, économie, santé, travail) et qui disparaissent pratiquement de cette nouvelle "carte administrative".

- les principaux gagnants me semblent paradoxalement être les administrations financières qui mettent la main sur une part substantielle des "dépouilles" des administrations sociales (l'emploi à l'économie, budgets sociaux pour les comptes), conservent les questions relatives à la réforme de l'Etat et se renforcent par une mainmise sur la fonction publique, tout en parvenant à "limiter la casse" en ce qui concerne les administrations de l'ex-ministère de l'industrie (dont le caractère stratégique est du reste moins sensible qu'il y a 20 ans). Au contraire de mes propos relatifs à l'Ecologie, je ne suis pas inquiet sur la capacité d'absorption des administrations financières...

- à ce stade, je réserve mon jugement sur les administrations "techniques" (Equipement-Transports-Industrie) qui, en première analyse, paraissent phagocytées par le ministère d'Etat de l'Ecologie (etc.)mais qui pourraient bien renaître de leurs cendres en prenant le pouvoir au sein de ce même ministère (qui, paradoxalement, deviendrait alors un bastion d'ingénieurs des Ponts et des Mines...)

- Enfin, je ne peux finir sans saluer à sa juste mesure la grande conquête du ministère de l'intérieur qui, au titre de ses nouvelles attributions de l'outre-mer, se voit confier la lourde tâche "D'administrer l'île de Clipperton... [et d'y exercer] l'ensemble des attributions dévolues par les lois et règlements aux autorités administratives"...

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Geroge 02/06/2007 23:06

Votre analyse est convaincante. Néanmoins il faudra toute l'autorité des ministres des Finances et des comptes publics pour que leurs arbitrages s'imposent aux directions concernées du ministère des affaires sociales. Je penserais intuitivement qu'elles afficheraient une opposition beaucoup plus féroce que par le passé.On a beaucoup glosé, pendant la campagne notamment, sur la puissance du ministère de l'économie et des finances. La perte de l'industrie ainsi que le maintien du ministère de l'agriculture en tant que tel indiquent qu'elle est relative,sans parler des défis autour et de la réforme de l'Etat (les audits de modernisations, souvent interministériels, permettent quelques économies mais marginales pour l'instant ; le quinquennat viendra valider -ou pas- les nouveaux découpages ministériels) et de la fonction publique.

Sergent Howie 02/06/2007 12:46

Hum ça n'était pas déja le cas ? De mémoire, Clipperton était géré par le Haut-Commissaire de la République en Polynésie française. Celui-ci ne dépendait-il pas déja du Ministère de l'Intérieur ?

Cacambo 03/06/2007 19:57

Je vous avoue que je n'en sais strictement rien... Je n'avais toutefois pas souvenir de cette mention dans les précédents décrets d'attributions.

authueil 01/06/2007 17:05

Clipperton, quel beau lieu de relégation ! Des volontaires pour les postes d'administrateur général et d'inspecteur général de Clipperton ?

Cacambo 01/06/2007 17:51

J'aurais aimé mais je candidate déjà pour inspecteur général du tourisme (à ce titre, je peux sans doute faire une mission à Clipperton)...