Samedi 22 décembre 2007
Tout a largement été dit et redit sur le mini-scandale que constitue la situation de M. Bolufer, ex-directeur de cabinet de la ministre du logement... La situation était indéfendable et n'a pas été longtemps défendue (quoique déjà un peu trop longtemps à mon goût).

Je me contenterai donc de faire deux observations :

- l'une ne sera que le complément de la fort juste observation faite par jules de chez diner's room : sans excuser en quoique ce soit le comportement de l'individu considéré, il est regrettable que (presque) personne ne soit allé plus loin en s'interrogeant sur la responsabilité du bailleur (la RIVP) qui a laissé faire. Surtout que M. Bolufer n'a pas tort lorsqu'il fait valoir que les situations comme les siennes sont loin d'être exceptionnelles : elles ne sont en fait que la traduction d'une gouvernance (pour employer les mots à la mode) parfaitement laxiste - voire inexistante - de nombreuses sociétés d'économie mixte qui, faute d'actionnaire pour les contrôler, sont largement laissées entre les mains de leurs seules équipes dirigeantes (plus ou moins au service de tel ou tel élu local). Il y a malheureusement fort à parier qu'une fois de plus on se contentera de traiter le symptôme (M. Bolufer et peut-être quelques autres ainsi indument logés) en prenant garde de ne surtout pas traiter des causes : pourquoi et comment les responsables d'une société d'économie mixte ont-ils pu ainsi, sciemment, laisser s'appauvrir leur société (et donc le contribuable) en s'abstenant de réévaluer les loyers ?

- Ma seconde observation sera d'ordre sociologique. Manifestement, M. Bolufer - à l'instar en son temps de M. Gaymard et de bien d'autres - n'avait absolument pas conscience de ce que pouvait signifier sa situation, au point d'avoir été semble t-il à l'origine de l'affaire en excipant imprudemment de sa fonction pour exiger que son bailleur procède à des travaux... Cette "affaire" me semble ainsi révélatrice du décalage dans lequel vit une (petite) fraction du personnel politico-administratif par rapport au reste du monde. A cet égard, on ne peut que constater qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires et de politiques n'ont toujours pas assimilé les évolutions de la société depuis les années 1980 et continuent - souvent en toute bonne foi - de considérer normal de bénéficier de privilèges, de passe-droit et d'avantages en nature divers... Ceux portant sur le logement deviennent évidemment plus rares car l'intolérance de la population à l'égard de ce sujet sensible est devenue maximale, mais combien d'autres demeurent : qu'il s'agisse des attributions plus que complaisantes de véhicules de fonction et de chauffeurs (privilège pratiquement disparu partout ailleurs que dans la haute administration), d'emplois de "cabinet" plus ou moins fictifs ou à tout du moins sans grand rapport avec l'activité administrative (et souvent fort bien rémunéré), d'usage plus ou moins privatif des moyens administratifs (à titre d'exemple, j'ai souvenir d'avoir reçu il y a quelques années un faire-part de mariage d'un ministre, qui était alors en fonction, affranchi par les soins de son ministère...), etc. Le problème me semble moins la "malhonnêteté" prétendue des personnes considérées que tout simplement l'immense fossé qui s'est creusé entre une haute fonction publique qui à cet égard (comme en d'autres) en est mentalement restée à la situation d'il y a vingt ans et le reste de la population qui, contrainte et forcée, a évolué.
 
Addendum au 24/12/07 : Il semble que ce soit maintenant la situation de M. Chevènement qui soit en cause, lui aussi bénéficiaire d'un logement d'un logement de la RIVP. Je note avec intérêt et ironie que pour sa défense, M. Chevènement fait valoir qu'il consacrerait 25% de ses revenus au paiement de ses loyers... Mais prends garde de ne pas préciser le montant dudit loyer (on sait que le concept de "revenus" est suffisamment fluctuant pour se prêter à beaucoup d'interprétations...)
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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