Dimanche 23 décembre 2007
Je réagis en général assez peu aux âneries proférées par les hommes (et femmes) politiques, dans la mesure où j'admets assez volontiers que ce type de fonctions médiatiques emporte nécessairement ce risque. Je vais faire une exception aujourd'hui. En effet, suite à
mon précédent article sur l'affaire Lipietz et la SNCF, je découvre à présent
la réaction de l'intéressé sur son site. La déception de l'intéressé - au demeurant assez mesurée - face à une décision de justice défavorable est une chose légitime et parfaitement compréhensible et je comprends - sans les partager - ses propos critiques concernant "l'auto-amnistie" des Etats.
Mais M. Lipietz veut aussi faire de la politique, et les bras m'en tombent quand je lis : "
la rédaction du Conseil d'Etat élimine totalement la SNCF du statut de service public et de la compétence de la justice administrative, même quand elle accomplit une mission d'autorité (tenir enfermé des juifs et les conduire vers la mort), avec l'argument bouffon qu'elle « obésissait à des ordres de l'Etat » (ce qui est le propre justement des fonctionnaires). Ca ne va pas arranger nos batailles dans la défense du « service public à la française » même si l'article III-122 est repris par le Traité modificatif européen. La démonstration est faite que ce sont les Etats nationaux, en tout cas la France, qui se débarrassent eux-mêmes de leurs services publics et cela, pas du tout sur ordre de la Commission européenne."
On notera d'abord que la formulation de M. Lipietz sur le "propre du fonctionnaire" qui serait d'obéir aux ordres de l'Etat (manifestement, selon lui, quels que soient ces ordres) revient à "acquitter" rétroactivement MM. Papon et autres fonctionnaires zélés... quel paradoxe !
Surtout, aveuglé par sa conception organique du service public (consistant à définir comme tel toute activité exercée par une entreprise du "statut" de service public) M. Lipietz nous explique ainsi tout de go que sa conception du service public "à la française" inclut la déportation des juifs (et sans doute que Drancy relevait du service public pénitentiaire) ! On ne sait trop s'il faut en rire ou en pleurer, mais évidemment, avec ce type de raisonnement (malheureusement partagé par une bonne partie de la gauche et de l'extrême-gauche), il n'est guère surprenant que notre concept s'exporte assez mal en Europe...
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