Lundi 21 janvier 2008
Impressionnante série d'annonces gouvernementale finalement insuffisamment saluée... En quelques jours, nous avons donc eu droit :
- A la création effective d'une taxe sur la vente de poissons,
- A l'annonce (suffisamment précise et insistante pour que l'on puisse la considérer comme un projet d'ores et déjà arrêté) d'une taxe sur les appareils électroniques permettant de recevoir la TV,
- A l'annonce aujourd'hui (ballon d'essai ?) par la Ministre de la Culture d'une taxe sur les nuits d'hôtel (de luxe se croit obligée de préciser ladite Ministre) pour ... financer le patrimoine culturel. Mon petit doigt me dit toutefois que cette annonce pourrait bien faire les frais des deux autres...
- A la proposition du député (UMP) Frédéric Lefebvre de la création d'un système de garantie collective des emprunteurs immobiliers destiné à "un certain nombre d'emprunteurs qui sont dans des situations particulièrement difficiles" et financé par des cotisations "très faibles" (bien sûr) versées par les emprunteurs.
L'imagination est au pouvoir, il y en aura sans doute d'autres (j'attends avec impatience le retour de la taxe sur les portes et fenêtres).

Toutes ces taxes relèvent d'une même "logique fiscale" (si l'on peut dire) : un taux aussi faible que possible (moins pour des raisons économiques que pour la rendre électoralement indolore), et une assiette présentée comme liée à l'action financée... Il est vrai qu'on pourrait (sans doute dans un monde idéal) s'interroger (comme certains parlementaires ont osé le faire) sur la logique économique consistant à taxer la vente de poisson quand on prétend vouloir favoriser la pêche ou se demander comme Samuel sur le lien entre le patrimoine culturel et la chambre d'hôtel). Il est vrai aussi que l'honnèteté oblige à reconnaître que le précédent président avait ouvert la voie avec sa taxe sur les billets d'avion (destinée à financer la lutte contre le sida) dont l'efficacité semble pourtant pour le moins douteuse, comme le démontre un excellent rapport parlementaire récent dont les  tristes constats n'ont pas pu, au moins pour le moment, être utilement contestés par l'administration...

Ce ne sont évidemment que les esprits chagrins qui noteront que la multiplication des taxes "affectées" (c'est-à-dire destinées, au moins en principe, à financer une dépense particulière et non à être versées au budget général) est considérée comme l'une des dérives du système budgétaire auquel la LOLF avait (à l'unanimité du parlement...) voulu mettre fin. Que ce type de taxes représente un coût de gestion prohibitif pour les finances publiques (compte tenu de l'usine à gaz administrative qu'il faut mettre en place pour les gérer), que compte tenu de leur faible taux, leur recouvrement effectif est pratiquement incontrôlable (le coût du contrôle dépassant rapidement le montant des droits éventuellement éludés), qu'au total, la création de ce type de taxes est exactement à l'opposé des démarches de modernisation du système fiscal et de l'Etat engagées, tous gouvernements confondus, depuis 7 ou 8 ans...

Je sais depuis longtemps que la réforme de l'Etat et de l'administration s'apparente à une tâche de Sisyphe, mais sans doute avais-je besoin d'un président tel que notre Sarkozy bien-aimé pour me le rappeler... En tout cas, je suis sans doute finalement moins à plaindre que certains de ses électeurs (et une partie de ses actuels courtisans) qui se sont laissés à croire en certaines promesses en ce domaine. Mais l'acception donnée au terme "rupture" n'était sans doute pas la même pour tout le monde.

Au final, je ne résiste pas au plaisir de citer Voltaire dans "l'homme aux 40 écus" (cité il y a quelques temps dans la "Revue française des finances publiques") :

"Des hommes d'un génie profond lui [le Ministre] présentèrent des projets. L'un avait imaginé de mettre des impôts sur l'esprit ". Le ministre lui dit : "Je vous déclare exempt de la taxe".

Un autre proposa d'établir l'impôt unique sur les chansons et sur le rire, attendu que la nation était la plus gaie du monde, et qu'une chanson la consolait de tout ; mais le ministre observa que depuis quelque temps on ne faisait plus guère de chansons plaisantes, et il craignit que, pour échapper à la taxe, on ne devînt trop sérieux.

Vint un sage et brave citoyen qui offrit de donner au roi trois fois plus, en faisant payer par la nation trois fois moins. Le ministre lui conseilla d apprendre l'arithmétique.

Un cinquième prouvait au roi, par amitié, qu'il ne pouvait recueillir que soixante et quinze millions ; mais qu'il allait lui en donner deux cent vingt-cinq. "Vous me ferez plaisir, dit le ministre, quand nous aurons payé les dettes de l'Etat"."

Ca se passe de commentaire...
par Cacambo publié dans : Coups de gueule (inutiles, mais ça soulage)
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander
Mercredi 26 décembre 2007

Remarquable illustration des absurdités de notre système juridictionnel avec cette décision du Conseil d'Etat qui mériterait d'être diffusée à l'ENA et à l'ENM comme un cas d'école (non, malheureusement réel) de dysfonctionnement.

A l'origine, les faits sont presque simples, le requérant (qui ne se doutait sans doute pas dans quoi il s'engageait) contestait la décision d'une CCPE (Commission de Circonscription Préélémentaire et Élémentaire, en charge de décider des modalités de scolarisation des enfants rencontrant de grandes difficultés) qui avait décidé de l'orientation de sa fille en section d'orientation spécialisée en janvier 1989. On notera simplement (si l'on peut dire...) que cette contestation a d'abord donné lieu à un jugement du TA de Paris du 23 octobre 1990 par lequel celui-ci déclinait sa compétence au profit  du juge judiciaire, puis à une décision du 20 décembre 1991 par laquelle la commission régionale d'invalidité et d'incapacité permanente (CRIIP), juridiction judiciaire, a annulé la décision de la CCPE. Nous sommes 3 ans après la décision initiale alors qu'il s'agissait, rappelons le, d'une question d'orientation d'une enfant en difficulté scolaire (les lecteurs-parents apprécieront...).

Sans doute passablement énervés (et je les comprends), le requérant avait logiquement saisi la CRIIP de conclusions tendant à leur indemnisation du fait de l'illégalité de la décision prise par la CCPE. La CRIIP (dans sa décision de 1991) avait rejeté cette demande comme formulée devant une juridiction incompétente. Cet aspect de l'affaire s'est donc poursuivi avec, successivement, la saisine du ministre d'une requête amiable en vue d'une indemnisation en août 1992, puis du TA de Paris en avril 1993 (le délai permet de penser qu'il s'agit d'un refus implicite et que le ministère n'a donc pas cru bon de répondre à la demande... ce qui dans le cas d'espèce est pour le moins regrettable), un jugement du 21 juin 1995 par lequel le TA de Paris retient sa compétence mais rejette la demande, un arrêt de la CAA du 17 juin 1997 saisissant le tribunal des conflits et une décision du tribunal des conflits du 18 octobre 1999 renvoyant la question à la juridiction judiciaire... (Nous ne sommes jamais que 10 ans après les faits et 7 ans après la requête amiable).

Mais l'affaire ne s'arrête toujours pas là car, en 2003, la décision sur l'indemnisation n'avait toujours pas été rendue (dixit l'arrêt du Conseil) ! Les mêmes parents - assez teigneux, certes, mais on le serait à moins - se sont lancés dans une nouvelle requête tendant à demander cette fois ci indemnisation du fait du préjudice né de la durée excessive de cette procédure d'indemnisation. L'affaire est portée devant le TA de Paris, mais celui-ci n'a toujours pas traité la requête en 2005 lors de la parution du décret n°2005-911 du 28 juillet 2005 lequel a a trasféré au Conseil d'Etat la compétence en premier et dernier ressort pour les "actions en responsabilité dirigées contre l'Etat pour durée excessive de la procédure devant la juridiction administrative". Et ce n'est donc qu'en décembre 2007 que le Conseil "découvre" que l'affaire s'étant déroulée devant les deux ordres de juridiction et que cette circonstance est donc une "difficulté sérieuse" justifiant un nouveau renvoi au tribunal des conflits (dont l'intervention est donc due au fait que la procédure en cause avait elle-même donné lieu à un conflit...). Il reste donc à ces braves parents, au bas mot, environ 2 ans de procédure de conflits et autant de procédure sur le fond, ce qui logiquement nous pousse vers 2011 au mieux !

Je ne sais pas ce que donnera cette affaire sur le fond et certainement les différents juges sauront m'expliquer toutes les bonnes raisons techniques qui justifient - selon eux - le déroulement de cette affaire. Je n'en accepte aucune car le résultat - un déni de justice évident - n'autorise aucune justification. La justice de mon pays me fait parfois honte.

par Cacambo publié dans : Coups de gueule (inutiles, mais ça soulage)
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander

Pourquoi ?

Ce blog a pour objectif d'offrir à son auteur, tenu dans sa vie professionnelle à une stricte obligation de réserve, un espace de libre commentaire de l'actualité institutionnelle, juridique et parfois économique française. Son point de vue est celui d'un témoin relevant de l'auto-proclamée "haute administration", et qui, par ses fonctions, se trouve à devoir pratiquer, bon gré mal gré, le droit sous toutes ses formes, bien que ce ne soit pas son "métier de base".
Tous vos commentaires sont les bienvenus, vous pouvez aussi m'écrire directement.
Si vous tenez vraiment à en savoir plus (mais pas trop) sur moi, vous pouvez mener votre enquête ou cliquer ici.

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
nom de domaine eu sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus