Mercredi 15 novembre 2006

Les difficultés du journal "Libération" (comme celles, à peine moindres, du "Monde") sont souvent l'occasion de se lamenter sur la concurrence des journaux dits "gratuits" et des divers sites d'information en ligne, qui "casseraient" la seule vraie presse libre, celle papier et payante.

Indépendamment du caractère réducteur de cette explication (comme j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer, certains journaux ont des résultats économiques à faire pâlir d'envie les plus voraces fonds de pension américains), je trouve curieux que personne ne semble s'apercevoir que la distinction gratuits/payants n'est pas si évidente qu'elle paraît : Un simple examen du site de libé, par exemple, permet de constater qu'on me propose un abonnement (sans urée minimale d'engagement) à 24.3 €/mois, le journal m'étant porté à mon domicile chaque matin et avec un DVD gratuit en prime. Il n'est pas besoin de beaucoup de calcul pour arriver à la conclusion que :

[frais de portage (au plus strict minimum, le tarif d'une lettre simple de La Poste soit environ 16€/mois pour 25 numéros) + DVD (d'une valeur marchande d'environ 20 € sur Amazon) = ... journal plus que gratuit].

Une vérification avec Le site du Monde (25€ par mois d'abonnement sur 6 mois et lecteur DVD gratuit) aboutit évidemment au même résultat....

Tout celà mériterait sans doute d'être approfondi par plus expert que moi, mais me confirme dans l'idée que l'économie de la presse - et les aides en tout genre distribuées au gré des humeurs politiques et qui, seules, permettent ce type d'aberrations économiques - mériterait sans doute une vraie remise à plat (ce qui est pratiquement le seul point où je me trouve en accord avec le médiocre rapport consacré à cette question par l'institut Montaigne). Je ne suis finalement pas sûr, quand je lis "Economie Matin" ou "20 minutes" d'avoir affaire à une presse d'une qualité très inférieure à celle de plusieurs quotidiens ou hebdomadaires prétendument "payants"... question juridique impertinente : les pratiques de vente ci-dessus mentionnées ne pourraient-elles relever du contrôle des aides d'Etat ou des pratiques anticoncurrentielles (anti-dumping) ?

par Cacambo publié dans : Economie
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Lundi 4 septembre 2006

Les années passent et, contrairement à ce que l'on dit parfois, les français changent.

Bref retour en arrière. 1999 : la maladresse de Bercy pour "avouer" l'existence d'un "surplus fiscal", vite qualifié de "cagnotte", de 30 à 50 milliards de francs soulève un tollé politique. L'opposition de droite s'en empare - certains de gauche aussi - et en avril 2000, le gouvernement présente un collectif budgétaire consistant en 40 milliards de francs de réduction fiscale. Rappelons pour mémoire qu'en cette même année 2000, le déficit budgétaire était de près de 200 MdsF... Août 2006 : JF Copé annonce des "surplus fiscaux" de 3 milliards d'euros. Quasiment sans débat, il semble désormais acquis que la totalité de cette somme serait donc affectée au désendettement (il eût néanmoins été plus exact de dire "affectée à un moindre endettement" dans la mesure où la simple stabilisation de la dette nécessiterait pratiquement quatre fois le montant de ces "surplus fiscaux"...).

Mon propos n'est pas de manier une facile ironie sur les positions politiques respectivement prises en 2000 et en 2006 (petit jeu facile à droite, mais aussi à gauche - cf. les convictions exprimées par un certain M. Fabius, ministre de l'économie en 2000). Pas plus que je n'exprime ici une préférence partisane (selon le sondage ci-dessus évoqué cette nécessité de réduire la dette publique serait du reste une opinion partagée par 53 % des sympathisants de gauche). Pour autant, force est de reconnaître qu'en quelques mois, le gouvernement et son ministre de l'économie sont parvenus à ce qu'aucun de leur prédecesseur n'avait pu (ou voulu) faire avant eux : placer au centre du débat les conséquences sur le déficit - et donc sur le niveau de la dette publique et la charge de son remboursement - des dépenses budgétaires (ou des baisses de recettes telle que les réductions d'impôts). Et ce travail de pédagogie a manifestement produit son effet dans l'opinion publique, "La Tribune" de ce matin faisant ainsi état de ce que 55 % des français (soit 18 points de plus que l'année dernière) jugent "que réduire l'endettement devait être une priorité du gouvernement". Au vu de ces résultats, je reconnais ne plus sourire à l'idée de l'installation d'un nouveau "conseil pour la diffusion de la culture économique".

Je précise que je ne suis pas un obsédé de la lutte contre les déficits, pas plus que je ne suis par principe contre tout endettement. Mais il est vrai qu'au point où nous en sommes - et indépendamment de toute considération économique - le financement systématique par l'endettement de toutes les promesses (de droite comme de gauche) me semble soulever un problème démocratique largement éludé : quelle est finalement la légitimité d'un processus de décision permettant, en pratique, de n'interroger que ceux qui bénéficient de la mesure proposée (les électeurs), alors que ceux qui en supportent les conséquences sont exclus du processus de vote, soit qu'ils ne votent pas encore, soit qu'ils ne soient pas même nés... (rappelons que le Trésor français, à l'instar de ses homologues étrangers, émet désormais des titres jusqu'à 50 ans, soit deux générations...). Evidemment la manoeuvre est tentante. Le risque pris par l'actuel politique (qui, en France, a souvent déjà atteint un âge avancé...) de se voir sanctionné par le futur électeur âgé de quelques semaines est effectivement réduit. Mais il reste que le père de famille que je suis (comme d'autres) peut difficilement se satisfaire de cette situation...

Du reste, contrairement à ce que laisse entendre l'article de "La Tribune", le débat qui en résulte n'est pas à sens unique. Réduction de la dette publique ne signifie pas nécessairement réduction des dépenses... le même résultat peut être obtenu par une augmentation des recettes (donc des impôts...). En revanche, il est vrai qu'une telle prise de conscience permettrait peut-être au débat politique français de rompre avec son hémiplégie habituelle et enfin de parler tout autant du coût (en général bien réel) des politiques que de leurs bienfaits supposés. Le financement du "programme présidentiel" est après tout autant légitime dans son principe que celui de la suppression annoncée de l'impôt sur les successions... pour autant qu'on dise précisément dans un cas comme dans l'autre qui - et comment - paiera de telles dépenses, et qu'on cesse donc d'éluder le débat sur ce point.

Le parallèle vaut ce qu'il vaut, mais dans mes meilleurs moments d'optimisme, je  me rappelle que la prise de conscience collective de l'insoutenabilité de la dette publique a été le premier acte de la fameuse réforme de l'Etat canadien, laquelle reste un modèle du genre... La France saura t-elle en faire de même ?

par Cacambo publié dans : Economie
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Vendredi 25 août 2006
Changement de sujet pour mentionner dans le "Canard enchaîné" de la semaine dernière la publication des comptes du palmipède ... à coté desquels les résultats des "champions" nationaux et internationaux paraissent ridicules... Une fois de plus en effet, alors que pratiquement toute la presse d'information française, dans le meilleur des cas vivote, dans le pire des cas est en quasi-faillite, le "Canard enchaîné" quant à lui affiche des comptes qui feraient pâlir d'envie l'entreprise de croissance la mieux gérée, pratiquement sans endettement, avec des capitaux propres en croissance de 4 % par rapport à l'année dernière, un résultat net en hausse de 20 % et représentant ... 22 % du chiffre d'affaires de l'année. Le tout (sous réserve du résultat excpetionnel de l'année) obtenu au moyen des seules recettes de diffusion puisque, comme on le sait, le "Canard" ne recourt à aucune forme de publicité.

Peut-être que cet "exemple" pourrait faire méditer le reste de la presse française. On me dira sans doute que le modèle économique du "Canard" n'est pas reproductible par "Le Monde" ou "Libération" . C'est peut-être partiellement vrai, peut-être partiellement faux. J'ai déjà eu l'occasion de faire l'éloge du palmipède hebdomadaire, donc je n'insisterai pas. Il reste que je ne peux m'empêcher de noter que le "Canard" diffuse des informations, qui pour être satiriques n'en sont pas moins en général factuellement exactes et ne sont pas le simple copier-collé d'une dépêche AFP. Que je ne partage pas toujours ses commentaires, mais que je n'ai pas le désagréable sentiment que leur teneur ou le choix des informations dépendent du budget publicitaire de certains annonceurs ou des relations "people" de tel ou tel rédac-chef...
 
Alors certes, le modèle du "Canard" n'est pas celui du reste de la presse française. N'est-ce pas aussi une raison de son succès ?
par Cacambo publié dans : Economie
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Vendredi 9 juin 2006
Le programme socialiste nous confirme donc le projet de "renationaliser" EDF en cas de retour au pouvoir, pour un coût (actuel) d'environ 10 mds d'euros... Mon intention n'est pas de discuter du fond de cette mesure ni du fond du programme socialiste (je ne saurais dire mieux que M. Le Boucher sur ce point). En revanche, j'avoue être impressionné par les incongruités de la proposition quant elle indique que "l'Etat ne dépensera pas un euro" pour cette renationalisation dont le coût serait assumé par EDF elle-même et la Caisse des dépôts et Consignation :
- Sur le "raisonnement" économique, dans la mesure où ces deux entreprises appartiennent à l'Etat, toute dépense de ces entreprises constitue évidemment une dépense indirecte de l'Etat (qui, dans le meilleur des cas, devra supporter une moindre remontée de dividendes).
- En ce qui concerne la participation de la Caisse des dépôts et consignations, cette proposition - qui ignore totalement l'indépendance de la Caisse - démontre simplement que les socialistes n'ont pas évolués depuis 1989, date à laquelle on la faisait piteusement participer à la tentative de renationalisation de la Société Générale...
- En ce qui concerne la participation d'EDF elle-même, il faudrait peut-être que quelqu'un dise à M. Hollande - ou à sa compagne - que, depuis la loi du 9 août 2004 EDF n'est plus un EPIC mais une SA "régie par les lois applicables aux sociétés anonymes (article 24) et notamment aux dispositions de l'article L 242-6 du code de commerce. Or, je ne vois pas où se situerait l'intérêt social d'EDF-SA dans le fait de financer sa propre renationalisation ; au contraire, il est ouvertement indiqué que la participation de l'entreprise n'aurait pour objet que d'éviter cette dépense à l'Etat... tout ceci me paraît relever de l'abus de biens sociaux, étant observé que bien évidemment, l'intérêt de la filiale (EDF) ne se confond pas avec celui de sa "société mère" (l'Etat), même si cette dernière détient à l'issue de l'opération 100 % du capital. Je me demande si je ne vais pas acheter un titre EDF pour me donner qualité à agir et m'offrir le plaisir de me constituer partie civile ... Il est vrai que la probabilité de voir cette "promesse" se réaliser me semble proche de zéro.
par Cacambo publié dans : Economie
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Mercredi 24 mai 2006

A mes heures perdues, je me suis offert la lecture de l'édition française de l'ouvrage de Ronald Coase "l'entreprise, le marché et le droit" (éditions d'organisation, 2005). Parmi les différents articles repris par cet ouvrage (tous brillantissimes, ne serait-ce que par leur approche résolument originale de l'économie), je relève le constat de l'auteur sur les "bourses de valeur".

Alors que les marchés boursiers sont en général présentés par les économistes comme de modèles de concurrence pure et parfaite, on tend souvent à oublier qu'une condition à l'existence et au bon fonctionnement de ces mêmes marchés est l'hyper-règlementation qui en encadre - de façon très contraignante - les échanges.

Certes, l'auteur relève qu'il ne s'agit pas d'une réglementation d'orgine gouvernementale mais plutôt professionnelle. Mais, outre le fait que l'origine de la réglementation ne change pas grand chose à sa nature, ce point me paraît désormais largement caduc tant les règlementations gouvernementales en ce domaine se sont multipliées en France comme aux Etats-Unis. En toute hypothèse, il suffit de d'examiner les réglementations issues de l'Autorité des Marchés Financiers, du code Monétaire et Financier, des différentes lois ("Nouvelles Régulations Economiques", "Sécurité Financière", "Confiance et modernisation de l'économie" etc...), pour constater, en France comme ailleurs, que la liberté concurentielle dont bénéficient les marchés boursiers s'achète au prix d'une contrainte règlementaire (y compris pénale) sans équivalent dans tout autre secteur de l'économie...

Je laisse au lecteur tirer les conclusions qu'il souhaitera de ce constat. J'y reviendrai peut-être en ce qui me concerne au hasard d'un prochain billet.

par Cacambo publié dans : Economie
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Mercredi 17 mai 2006

Lu dans la presse de ce matin les commentaires des statistiques de création d'emploi au 1er trimestre dans le secteur marchand.

Titre du Figaro : "La tendance à la création d'emplois s'affermit".

Titre des Echos : "Peu de créations d'emplois au premier trimestre"

Titre de La Tribune : "Hausse des créations d'emplois".

Après vérification, et pour ceux qui en douteraient, les commentaires portent pourtant bien sur les mêmes chiffres...

 

par Cacambo publié dans : Economie
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