Lundi 24 décembre 2007

Madame le Garde des Sceaux annonce l'installation d'un groupe de travail, présidé par le recteur Serge Guinchard, en charge d'étudier "la répartition des contentieux civils entre juridictions". A titre personnel, je ne puis que me réjouir de cette initiative qui me semble, selon le communiqué officiel, aller dans le sens que je préconise (avec notamment la spécialisation des juridictions pour les contentieux techniques). Je note toutefois, avec regret, qu'une fois de plus rien ne semble être dit sur les cours d'appel (est-ce à dire qu'elles ne sont pas incluses dans le champ de la réflexion ?).

En revanche, en termes de méthode, comment ne pas être surpris de voir cette réflexion (qui, si elle est traduite en actes, aura nécessairement des conséquences sur le volume des affaires traitées par les juridictions) engagée après les annonces de fermeture de tribunaux... La méthode Sarkozy appliquée à la justice semble ainsi relever de l'application d'une certaine "logique" guerrière consistant à "tirer d'abord et réfléchir après"... Pas sûr que ce soit la meilleure façon de mener une réforme.

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Dimanche 23 décembre 2007
Je réagis en général assez peu aux âneries proférées par les hommes (et femmes) politiques, dans la mesure où j'admets assez volontiers que ce type de fonctions médiatiques emporte nécessairement ce risque. Je vais faire une exception aujourd'hui. En effet, suite à mon précédent article sur l'affaire Lipietz et la SNCF, je découvre à présent la réaction de l'intéressé sur son site. La déception de l'intéressé - au demeurant assez mesurée - face à une décision de justice défavorable est une chose légitime et parfaitement compréhensible et je comprends - sans les partager - ses propos critiques concernant "l'auto-amnistie" des Etats.

Mais M. Lipietz veut aussi faire de la politique, et les bras m'en tombent quand je lis : "la rédaction du Conseil d'Etat élimine totalement la SNCF du statut de service public et de la compétence de la justice administrative, même quand elle accomplit une mission d'autorité (tenir enfermé des juifs et les conduire vers la mort), avec l'argument bouffon qu'elle « obésissait à des ordres de l'Etat » (ce qui est le propre justement des fonctionnaires). Ca ne va pas arranger nos batailles dans la défense du « service public à la française » même si l'article III-122 est repris par le Traité modificatif européen. La démonstration est faite que ce sont les Etats nationaux, en tout cas la France, qui se débarrassent eux-mêmes de leurs services publics et cela, pas du tout sur ordre de la Commission européenne."

On notera d'abord que la formulation de M. Lipietz sur le "propre du fonctionnaire" qui serait d'obéir aux ordres de l'Etat (manifestement, selon lui, quels que soient ces ordres) revient à "acquitter" rétroactivement MM. Papon et autres fonctionnaires zélés... quel paradoxe !

Surtout, aveuglé par sa conception organique du service public (consistant à définir comme tel toute activité exercée par une entreprise du "statut" de service public) M. Lipietz nous explique ainsi tout de go que sa conception du service public "à la française" inclut la déportation des juifs (et sans doute que Drancy relevait du service public pénitentiaire) ! On ne sait trop s'il faut en rire ou en pleurer, mais évidemment, avec ce type de raisonnement (malheureusement partagé par une bonne partie de la gauche et de l'extrême-gauche), il n'est guère surprenant que notre concept s'exporte assez mal en Europe...
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Samedi 22 décembre 2007
Tout a largement été dit et redit sur le mini-scandale que constitue la situation de M. Bolufer, ex-directeur de cabinet de la ministre du logement... La situation était indéfendable et n'a pas été longtemps défendue (quoique déjà un peu trop longtemps à mon goût).

Je me contenterai donc de faire deux observations :

- l'une ne sera que le complément de la fort juste observation faite par jules de chez diner's room : sans excuser en quoique ce soit le comportement de l'individu considéré, il est regrettable que (presque) personne ne soit allé plus loin en s'interrogeant sur la responsabilité du bailleur (la RIVP) qui a laissé faire. Surtout que M. Bolufer n'a pas tort lorsqu'il fait valoir que les situations comme les siennes sont loin d'être exceptionnelles : elles ne sont en fait que la traduction d'une gouvernance (pour employer les mots à la mode) parfaitement laxiste - voire inexistante - de nombreuses sociétés d'économie mixte qui, faute d'actionnaire pour les contrôler, sont largement laissées entre les mains de leurs seules équipes dirigeantes (plus ou moins au service de tel ou tel élu local). Il y a malheureusement fort à parier qu'une fois de plus on se contentera de traiter le symptôme (M. Bolufer et peut-être quelques autres ainsi indument logés) en prenant garde de ne surtout pas traiter des causes : pourquoi et comment les responsables d'une société d'économie mixte ont-ils pu ainsi, sciemment, laisser s'appauvrir leur société (et donc le contribuable) en s'abstenant de réévaluer les loyers ?

- Ma seconde observation sera d'ordre sociologique. Manifestement, M. Bolufer - à l'instar en son temps de M. Gaymard et de bien d'autres - n'avait absolument pas conscience de ce que pouvait signifier sa situation, au point d'avoir été semble t-il à l'origine de l'affaire en excipant imprudemment de sa fonction pour exiger que son bailleur procède à des travaux... Cette "affaire" me semble ainsi révélatrice du décalage dans lequel vit une (petite) fraction du personnel politico-administratif par rapport au reste du monde. A cet égard, on ne peut que constater qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires et de politiques n'ont toujours pas assimilé les évolutions de la société depuis les années 1980 et continuent - souvent en toute bonne foi - de considérer normal de bénéficier de privilèges, de passe-droit et d'avantages en nature divers... Ceux portant sur le logement deviennent évidemment plus rares car l'intolérance de la population à l'égard de ce sujet sensible est devenue maximale, mais combien d'autres demeurent : qu'il s'agisse des attributions plus que complaisantes de véhicules de fonction et de chauffeurs (privilège pratiquement disparu partout ailleurs que dans la haute administration), d'emplois de "cabinet" plus ou moins fictifs ou à tout du moins sans grand rapport avec l'activité administrative (et souvent fort bien rémunéré), d'usage plus ou moins privatif des moyens administratifs (à titre d'exemple, j'ai souvenir d'avoir reçu il y a quelques années un faire-part de mariage d'un ministre, qui était alors en fonction, affranchi par les soins de son ministère...), etc. Le problème me semble moins la "malhonnêteté" prétendue des personnes considérées que tout simplement l'immense fossé qui s'est creusé entre une haute fonction publique qui à cet égard (comme en d'autres) en est mentalement restée à la situation d'il y a vingt ans et le reste de la population qui, contrainte et forcée, a évolué.
 
Addendum au 24/12/07 : Il semble que ce soit maintenant la situation de M. Chevènement qui soit en cause, lui aussi bénéficiaire d'un logement d'un logement de la RIVP. Je note avec intérêt et ironie que pour sa défense, M. Chevènement fait valoir qu'il consacrerait 25% de ses revenus au paiement de ses loyers... Mais prends garde de ne pas préciser le montant dudit loyer (on sait que le concept de "revenus" est suffisamment fluctuant pour se prêter à beaucoup d'interprétations...)
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 9 novembre 2007

Bien que l'exercice soit encore en cours, le pire est malheureusement déjà à craindre quant à la réforme en cours de la carte judiciaire lancée par l'actuel gouvernement... Sans doute restera t-il au final une réforme, mais elle sera minimaliste, voire contre productive et les tensions actuelles risquent de surcroît de briser toute velléité de continuation ultérieure du chantier. Il se trouve qu'à une époque finalement pas si lointaine, j'avais eu l'occasion de réfléchir prospectivement et en-dehors de mon cadre professionnel à ce chantier, ce qui ne me donne aucune légitimité particulière pour donner des leçons au Ministre actuel et à son équipe mais me conduit néanmoins à céder à la tentation d'exprimer quelque avis personnel sur  la manière dont a est traitée cette question et sur le fond...

Je ne veux tout d'abord pas sous-estimer les difficultés auxquelles est confrontée notre Ministre préférée… et notamment un esprit de clocher (ou plutôt en l'espèce de tribunal) assumé selon le principe bien connu qui veut que "la réforme de l'Etat s'arrêt où ma circonscription commence", ce point étant évidemment exacerbé par la proximité des élections municipales … Il ne faut évidemment pas non plus nier le fait que les acteurs qui gravitent autour (et notamment les avocats et autres auxiliaires de justice) ont en général plus de moyens de se faire entendre des politiques (de droite comme de gauche) que les employés de la DDE…

Il reste que toutes ces raisons ne permettent manifestement pas d'expliquer les difficultés actuelles. Quelle que soit la force symbolique d'un tribunal pour une localité, cela reste moins important qu'un hôpital ou un régiment, or force est de constater que la carte hospitalière comme la carte militaire ont été largement réformées au cours des 10 dernières années. De même, de façon progressive et larvée, Bercy procède à une réduction continue de son réseau comptable et fiscal qui ne manquera sans doute pas de s'accélérer avec la fusion en cours des directions des Impôts et de la Comptabilité. Alors, pourquoi tant de haine à l'égard de cette réforme ?

Il me semble qu'une première série d'explications porte sur la forme. Sans aucun jugement à l'égard de la personne considérée, il me semble d'abord évident que le Président "paye" le choix de son Ministre… Ce type de réforme doit évidemment être conduite par des personnes reconnue par les politiques locaux, c'est-à-dire elles mêmes politiques et si possible élues locales. Il y a en l'espèce une erreur de casting claire à avoir désigné une "techno" pour conduire une telle réforme qui ne nécessite aucune compétence technique, mais une vraie pratique politique. Ensuite, la ministre et son équipe ont commis l'erreur impardonnable pour ce type de chantier de s'enfermer dans un délai contraint et court (avant 2008) conduisant à réduire la période de préparation. La leçon que l'on tire des réformes (plus ou moins) réussies évoquées ci-dessus, c'est précisément qu'elles ont été longuement préparées par un travail de conviction auprès des acteurs de terrain concernés (on peut aussi appeler cela du lobbying…).

Sur le fond, surtout, la réforme est sans doute d'autant moins acceptée qu'elle est… assez peu acceptable. Elle donne la désagréable impression de procéder d'une démarche à la fois,

-       dogmatique : il faut supprimer à tout prix sans tenir compte des besoins nouveaux éventuels,

-       techniquement incohérente : on supprime prioritairement les juridictions qui font l'objet du meilleur "taux de satisfaction des usagers" (les juridictions d'instance) Pour des gains d'autant plus réduits qu'en termes qualitatifs, rien ne démontre que le prétendu isolement des juges d'instance (plus théorique que réel dans la mesure où la plupart de ces juges effectuent un service minimal au sein du TGI de leur ressort) soit un réel inconvénient pour ce type de fonctions par nature "généraliste". Même sur le plan immobilier, la réforme ne rapportera pratiquement rien puisque la plupart des locaux occupés par les tribunaux d'instance appartiennent aux collectivités locales.

-       sans logique d'application : Il suffit d'abonder en ce sens sur ce qui a été dit par eolas au sujet des 20 tribunaux d'instance parisiens dont, ni l'activité de plusieurs d'entre eux, ni la proximité avec les usagers, ne justifie le maintien tel quel.

-   Et surtout sans cohérence politique puisque cette démarche de suppression des juridictions d'instance va en sens inverse de la politique de développement de la "justice de proximité". A cet égard, la ministre a sans doute oublié qu'elle s'adresse à des élus qui étaient, eux, en fonction avant son arrivée et qui avaient précisément (au sein de la même majorité politique en général) approuvé cette démarche… Je donne d'ailleurs assez peu de temps pour que les maigres gains de cette réforme ne soient absorbés par les futures maisons de la justice et du droit qui ne manqueront pas d'être créées en compensation de ces suppressions.

Evidemment, la critique est aisée et l'art et difficile… Et je reconnais que ma position est plus facile que celle de ceux qui sont à la tâche (et à la peine). Il reste qu'on aurait sans doute pu rêver d'une réforme de la carte judiciaire qui n'aurait sans doute guère réduit le coût de la justice (c'est difficile dans un contexte d'explosion des besoins) mais qui aurait visé surtout à une amélioration qualitative de celle-ci. Pour ce faire, il eut été logique d'accepter de créer un certain nombre de nouvelles juridictions (notamment pour "briser" les "usines" de la banlieue parisienne que sont en particulier Créteil, Nanterre et surtout Bobigny), ce qui aurait du reste démontré le pragmatisme du gouvernement à cet égard.

Sur le fond, l'amélioration qualitative de la justice aurait prioritairement pu passer par un regroupement des moyens dans les matières et fonctions où la spécialisation est nécessaire. A cet égard, il est notamment dommage que la démarche engagée en matière pénale et tendant à la création de "juridictions interrégionales" dans certaines matières (financière, santé publique, délinquance organisée) ne soit pas davantage prolongée dans d'autres matières non pénales (commerciales travail ou purement civiles) ainsi qu'au niveau des cours d'appel. Ce type de réforme "en douceur" aurait permis, sans supprimer (trop) de juridictions, de créer des pôles de compétence technique indispensables à l'amélioration qualitative de la justice dans des matières spécialisées où, d'une part la ressource humaine de magistrats est rare, et d'autre part l'isolement de ces derniers peut être un vrai problème.

Enfin, sait-on jamais (on peut rêver), peut-être aurait-on pu s'attaquer à la mise en cohérence des cartes des justices judicaires et administratives, voire (soyons fous), à des mutualisations de certains moyens (notamment immobiliers) entre ces deux ordres juridictionnels (ce qui favoriserait les échanges et la mise en cohérence de certaines jurisprudences)…

Pour tout celà, il faudra sans doute attendre une prochaine rupture…

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 1 juin 2007

Suite de mon précédent article, quelques commentaires complémentaires au vu des premiers décrets d'attribution (dont l'importance est fort exactement commentée ici) parus au JO de ce matin.

Pas de surprises sur le "superministère"  de l'écologie, du développement et du développement durables qui, outre son OPA sur feu le ministères de l'équipement et des transports, se voit notamment bénéficier de l'autorité sur la partie "énergie" de l'ex-ministère de l'industrie (direction générale de l'énergie et des matières premières). J'avoue rester, à titre personnel, dubitatif devant la création d'un tel monstre surtout en l'absence d'une structure d'accueil susceptible d'absorber les autres (les services du ministère de l'environnement sont traditionnellement très faibles). Il faudra une très forte autorité du Ministre d'Etat pour que le centre de gravité de ce nouveau ministère reste sur l'écologie sans retourner "naturellement" (ce n'est pas le cas de le dire) vers les tropismes de l'ex-ministère de l'équipement (qui, sans lui faire injure, n'a traditionnellement guère la fibre "verte"...)

En ce qui concerne le "ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement", j'observe que, s'il peut en théorie disposer de multiples administrations, en pratique il ne s'en voit attribuer aucune à titre exclusif. En ce qui concerne les "autorités conjointes" partagées avec d'autres ministères, j'ai pour ma part assez peu de doute sur la priorité qui sera donnée, par exemple par la direction des français à l'étranger et des étrangers en France entre une instruction donnée par ce nouveau ministère et une donnée par le ministère des affaires étrangères... Finalement, je me demande si ce chiffon rouge qu'était ce ministère durant la campagne électorale ne s'est pas transformé en chiffon de papier. En tout cas, je constate que la réalité administrative telle qu'elle résulte du décret d'attribution de ce ministère est assez loin de la rationalisation promise (qui aurait probablement nécessité un traitement plus brutal du ministère des affaires étrangères et de l'intérieur)...

S'agissant des ministères "financiers", je me demande si le résultat de ce redécoupage, loin d'affaiblir Bercy - comme l'intention en était parfois affichée - ne va pas au contraire se traduire par un Bercy ultra-puissant... Comme par le passé, il y en effet tout lieu de penser que la division entre les ministères de l'économie et celui du budget restera largement théotique compte tenu de l'identité culturelle des équipes techniques constituant ces deux départements ministériels (sans même parler de l'identité géographique qui créée nécessairement des solidarités). Cette solidarité sera du reste d'autant plus imposée que les deux ministres concernés se partageront de nombreuses administrations communes. Alors, certes l'ex-"MINEFI" perd une part de sa superbe (en ce qui concerne une part des attributions "industrie", qui du reste n'avaient rejoint ce ministère que relativement récemment), mais cette perte est toute relative (il conserve notamment la tutelle sur toutes les entreprises publiques, notamment celles du secteur énergétique). Elle est surtout largement compensée par sa conquête de l'administration de l'emploi (qui est plutôt celle du chômage et qui gère à ce titre l'essentiel des dépenses sociales hors maladie) celle du budget de la sécurité sociale et celle de la fonction publique (qui vient d'adjoindre à la réforme de l'Etat, confirmée au sein de cet ensemble). On notera aussi, évidemment, cette avancée essentielle pour l'avenir de la politique économique qu'est le rattachement de la "direction du tourisme" et de "l'inspection générale du tourisme" au ministère de l'économie (comment peut-on ne pas rêver être "inspecteur général du tourisme" ?)...

Au total, et dans l'attente des décrets concernant les autres ministères, on peut faire une première liste des "gagnants" et "perdants" administratifs :

- les "perdants" sont incontestablement les administrations sociales (certains y verront un signe...) qui se voient écartelées en 4 ministères distincts (budget, économie, santé, travail) et qui disparaissent pratiquement de cette nouvelle "carte administrative".

- les principaux gagnants me semblent paradoxalement être les administrations financières qui mettent la main sur une part substantielle des "dépouilles" des administrations sociales (l'emploi à l'économie, budgets sociaux pour les comptes), conservent les questions relatives à la réforme de l'Etat et se renforcent par une mainmise sur la fonction publique, tout en parvenant à "limiter la casse" en ce qui concerne les administrations de l'ex-ministère de l'industrie (dont le caractère stratégique est du reste moins sensible qu'il y a 20 ans). Au contraire de mes propos relatifs à l'Ecologie, je ne suis pas inquiet sur la capacité d'absorption des administrations financières...

- à ce stade, je réserve mon jugement sur les administrations "techniques" (Equipement-Transports-Industrie) qui, en première analyse, paraissent phagocytées par le ministère d'Etat de l'Ecologie (etc.)mais qui pourraient bien renaître de leurs cendres en prenant le pouvoir au sein de ce même ministère (qui, paradoxalement, deviendrait alors un bastion d'ingénieurs des Ponts et des Mines...)

- Enfin, je ne peux finir sans saluer à sa juste mesure la grande conquête du ministère de l'intérieur qui, au titre de ses nouvelles attributions de l'outre-mer, se voit confier la lourde tâche "D'administrer l'île de Clipperton... [et d'y exercer] l'ensemble des attributions dévolues par les lois et règlements aux autorités administratives"...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Mercredi 30 mai 2007

Intéressante innovation du "Gouvernement Sarkozy-Fillon" dans la composition de leurs équipes :  les principaux conseillers économiques de chacun des niveaux politiques (présidence de la République, Premier Ministre, Ministre de l'Economie) ont tous une expérience significative du secteur privé. Le secrétaire général adjoint à la présidence de la République (en charge des questions économiques) est un banquier d'affaires (certes relativement récent, mais il semble que son activité ait été remarquée). Le directeur adjoint du cabinet du Premier Ministre (également en charge des questions économques) est un avocat reconnu, notamment dans le domaine du droit européen. Le directeur du cabinet du Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi vient quant à lui directement du monde de l'entreprise où il a fait l'essentiel de sa carrière.

Une telle composition, qui ne peut pas totalement être le fruit du hasard, est à ma connaissance une première dans la (petite) histoire de la République. Indépendamment de toute considération politique, je m'en réjouis puisque celà traduit que les départs du public vers le privé (à mon avis souvent critiqués à tort) peuvent être aussi des allers-retours. Or je suis convaincu que le service de l'Etat a tout à gagner à s'entourer de personnes ayant connu (autrement qu'au cours de stages plus ou moins bidons) les contraintes - et aussi peut-être certaines facilités - du "secteur privé".

Certes, des mauvaises langues feront certes valoir que tous les 3 sont (ou étaient) aussi inspecteurs des finances... Et alors ? compte tenu de leurs profils très différents, on peut difficilement leur reprocher d'être issu d'un quelconque "moule" alors même qu'au moins les deux derniers cités n'ont sans doute pas passé beaucoup plus d'un tiers de leur vie professionnelle dans l'administration française ). En toute hypothèse, il n'est sans doute pas mauvais qu'ils aient une certaine connaissance de l'administration qu'ils sont censés superviser.

Pour cette fois, je ne bouderai donc pas un plaisir certain. 

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Jeudi 24 mai 2007

La période de composition des cabinets ministériels est un moment particulièrement réjouissant pour l'observateur (c'est-à-dire celui qui, comme moi, ne candidate pas à une fonction quelconque en leur sein)... Il y aurait beaucoup à dire sur sur ce sujet. Beaucoup a déjà été dit avec plus d'autorité que je n'en aie... Pour ma part, je me bornerais à ce stade à quelques observations en vrac :

- On rappellera tout d'abord que le concept de "cabinet ministériel" se rapporte à l'équipe personnelle entourant un ministre. Bien que les frais de cette équipe soient intégralement pris en charge financièrement par l'Etat , les cabinets ne font pas partie de l'administration (ou "services") du ministère mais n'ont (au moins en théorie) qu'un unique rattachement au ministre et la cessation des fonctions de celui-ci entraîne ipso facto la cessation des fonctions des membres du cabinet l'entourant. Concrètement, un cabinet a à sa tête un "directeur de cabinet" (le "dircab" pour les intime) et parfois un "conseiller spécial du ministre" (il s'agit souvent d'un "dircab" bis, dont le positionnement réel et le rôle est très variable selon les cas). Le "dircab" est pratiquement un vice-ministre, c'est lui qui fait tourner la machine administrative. Il est assisté d'un (quelquefois plusieurs) "directeurs de cabinets adjoints" (les sous chefs). L'équipe du cabinet est également constituée, par ordre hiérarchique (théorique), d'un certain nombre de "conseillers auprès du ministre" (très bien) de "conseillers du ministre" (un peu moins bien) et de "conseillers technique" (la piétaille). Tout celà est évidemment assez largement théorique et l'organisation pratique dépend de beaucoup de facteurs personnels liés au ministre (certains conseillers ne voient quasiment jamais leur ministre, d'autres très souvent, des conseillers peuvent avoir, en fait, beaucoup plus d'influence que le directeur-adjoint, voire que le directeur lui-même etc.). Le tableau ne serait pas complet si on omettait le "chefcab" (chef de cabinet), et parfois son adjoint, qui sont en charge de l'intendance du ministre (agenda, organisation de ses déplacements notamment) et de son cabinet (recrutement, rémunération). Et, last but not least, le "SP" (le secrétariat particulier) composé d'une ou plusieurs personnes et dernier rempart avant la personne de celui-ci... Au total, il existe en général au sein des cabinets trois "équipes" (concept évidemment informel et fluctuant selon les cas), une en charge de l'intendance (SP et chefcab), une en charge des questions de "pure" politique (conseillers parlementaires, chargés de communication) etune en charge des questions techniques (mise en oeuvre au sein du département ministériel de la politique gouvernementale et suivi de l'activité des services administratifs du ministère). Cette dernière est, de loin, la plus nombreuse.

- L'originalité du cabinet (par rapport à l'administration du ministère) est que celui est composé en principe librement par le Ministre qui choisit et révoque "ad nutum" ses membres (qui sont le plus souvent fonctionnaires, mais les contractuels issus du secteur privé ne sont pas rares) et qui sont nommés (et révoqués) par simple arrêté ministériel, en principe sans aucune autre formalité ni condition (le ministre peut en théorie employer à son cabinet absolument qui il veut)... Le recrutement n'est encadré par pratiquement aucune règle si ce n'est l'article 11 du décret du 16 juillet 2004 prohibant pour les fonctionnaires appartenant à "un corps issu de l'ENA" (sauf mise en disponibilité), le départ en cabinet avant 4 années de service effectif au sein de leur corps d'origine.

- En réalité toutefois, depuis déjà plusieurs années, la liberté du ministre est depuis déjà plusieurs années assez strictement surveillée par le Premier Ministre ce qui semble avoir été officialisé désormais avec cette nuance qu'il semble que ce contrôle de la composition des cabinets soit aujourd'hui bien plus exercé par l'Elysée que par Matignon ...Conséquence logique de la nouvelle présidentialisation du régime. En pratique, il semble que l'actuelle équipe présidentielle exerce a minima un droit de veto sur la nomination au moins des directeurs de cabinets et de leurs adjoints, voire des conseillers.

- L'existence même des cabinets (c'est-à-dire d'une équipe attachée à la personne du ministre) n'est pas en tant que telle une "exception française". Ce qui l'est en revanche c'est, d'une part le nombre de personnes composant ladite équipe (selon les ministères, entre 15 et 30 personnes, voire plus), là où (notamment dans les pays anglo-saxons) on se limite en général à 3 à 5 personnes et, d'autre part, le fait que cette équipe "doublonne" parfois le travail effectué par les administrations centrales. Dans le cas présent, j'ai noté avec intérêt que le Premier Ministre avait demandé par circulaire à ses ministres de plafonner les effectifs de leurs cabinets à 20 personnes. Les expériences passées conduisent à être dubitatifs sur ce type d'annonces... Il a été dans le passé de pratique courante de contourner ce type de limitation en multipliant les "conseillers officieux", qui ne sont pas nommés par arrêté mais qui sont mis à disposition par une administration du ministère et qui, en fait, exercent les mêmes fonctions que n'importe quel conseiller "officiel".

- Le recrutement en cabinet se fait de différentes manières. Certains (les moins nombreux) y arrivent du fait d'un engagement politique préalable... Les plus nombreux (notamment dans les "équipes techniques") y viennent à la suite d'une forme de "droit de présentation" que s'auto-attribuent les grandes directions du ministère considéré et, surtout, les "grands corps" (Conseil d'Etat, Cour des Comptes, corps préfectoral, inspection des finances). Le ministre choisit personnellement les "têtes" de son cabinet (modulo ce qui a été indiqué ci-dessus sur le rôle de l'Elysée et/ou de Matignon), les "grouillots" étant en général cooptés par les premiers... Au total, les équipes sont souvent bien plus diversifiées qu'on ne le pense et souvent loin d'être politiquement monocolores... Et les cas de "passages" d'un cabinet de gauche à un de droite (ou vice versa) ne sont pas exceptionnels. Au total, il y a bien souvent au sein des cabinets (et dans le cadre des réunions interministérielles dont il a déjà été question ici) des discussions de fond paradoxalement beaucoup plus libres et ouvertes qu'au parlement par exemple...

- Je termine avec un "vrai sujet" qui passionne beaucoup certains au sein de la haute fonction publique... la place des différents "corps de l'Etat", censée, à tort ou à raison, refleter leur influence au sein de l'Etat. Il existe évidemment quelques "chasses gardées traditionnelles" (corps diplomatique au ministère des affaires étrangères, coprs préfectoral à l'intérieur, magistrats judiciaires à la justice). Au-delà de ces citadelles, il semble que la composition des nouveaux cabinets traduisent la poursuite de la prédominance du corps préfectoral déjà constatée sous le précédent gouvernement, mais aussi une remontée remarquée de l'inspection générale des finances, au détriment semble t-il du Conseil d'Etat (qui était sensiblement mieux "servi" par le gouvernement Jospin) et surtout de la Cour des Comptes.  qui semble, selon les meilleurs observateurs, en net déclin. Je laisse à tout un chacun le soin d'en tirer les conclusions qu'il souhaite (pour ma part, je ne suis pas sûr qu'il y ait quoique ce soit à en conclure)...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 18 mai 2007

Premier article de ce que j'envisage être une courte série de commentaires sur "le nouveau gouvernement vu du coté de son administration".


La nouvelle équipe gouvernementale est donc en place. Nous connaissons l'identité des heureux élu(e)s et celle de leur département ministériel.

Avant de commenter rapidement la pertinence de la nouvelle organisation gouvernementale, on commencera par noter qu'une fois de plus, la tradition consistant à... tout changer est respectée. A part la Justice et la Défense, seuls oasis de stabilité dans ce monde de brutes, ce gouvernement, comme ses prédecesseurs, a donc à nouveau changé presque tous les intitulés - et donc les compétences - de presque tous les ministères...

Cette "tradition du bouleversement" a incontestablement ses avantages, le premier d'entre eux étant bien sûr de donner au nouveau président l'occasion d'afficher ses priorités par contraste avec ses prédecesseurs. C'est évidemment le cas pour notre nouveau "ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l?Aménagement durables". Par ailleurs, la simple réduction du nombre de portefeuilles ministériels (ce qui impose évidemment la redistribution des attributions) est en soi un message passé à l'opinion...  De façon plus générale, il s'agit de montrer symboliquement qu'une "nouvelle ère" s'ouvre avec la nouvelle équipe.

Tout celà est fort bien, mais il me semble qu'on passe un peu vite sur les inconvénients entraînés par cette habitude. On citera d'abord, la période le veut, l'atteinte évidente au développement durable due au gaspillage de papiers à en-têtes qui doivent à chaque fois être détruits et renouvelés... Plus sérieusement, cette situation fait que pratiquement aucun département ministériel ne connait un périmètre stabilisé dans la durée. Ainsi, les différentes directions ne sont aucunement incitées à s'habituer à travailler ensemble non plus qu'à mutualiser leur moyens. Les "grandes directions" s'organisent donc pour travailler en autarcie en développant - avec plus ou moins de succès - en interne les compétences qui leur font défaut même si ces mêmes compétences existent dans la direction voisine, puisqu'on est jamais sûr que celle-ci ne "finira" pas entre les mains d'un autre ministre. Il en résulte évidemment un gaspillage de moyens (du fait des doublons ainsi entrenus) et/ou un niveau technique parfois médiocre (car toutes les administrations n'ont évidemment pas les moyens de maintenir en leur sein des compétences spécialisées, je pense notamment au domaine juridique ou financier). Par ailleurs, les "découpages" de l'administration étant infiniment plus stables que ceux du politique, les structures de direction elles-mêmes ne sont pas toujours cohérentes avec les compétences de leurs ministres et on arrive donc, de plus en plus, à voir des directions soumises à une double tutelle ministérielle (voire triple dans certains cas)... Au plan pratique, on notera également que cette habitude interdit toute rationalisation de la "géographie ministérielle" puisque les localisations géographiques des administrations ne peuvent aucunement répondre à une cohérence "ministérielle" (inexistante) et doivent se contenter d'une logique "directionnelle". On arrive ainsi à cette détestable pratique qui tend à se développer et qui consiste à "coincer" le ministre dans un superbe (mais radicalement non fonctionnel) hôtel particulier du 7ème arrondissement, tandis que les différentes directions de son ministère sont éparpillées à Paris et en banlieue... Au total, on arrive à une tutelle politique de l'administration sans cohérence avec l'organisation de celle-ci, tutelle souvent "éclatée" entre plusieurs ministres qui sont eux-mêmes géographiquement éloignés de leurs services... Ceci explique aussi les difficultés qu'a le pouvoir politique pour s'imposer au sein de l'administration.

On ne sait sans doute pas assez qu'il s'agit d'une de nos "exceptions françaises". La plupart des structures gouvernementales étrangères connaissent en effet une bien plus grande stabilité dans la définition des différents périmètres ministériels. Ceci n'empêche pas les changements, parfois substantiels (création du "department of Homeland Séecurity" aux Etats-Unis, d'un "Secretary of State for Justice" au Royaume-Uni), mais il s'agit en général d'évolutions ponctuelles, touchant un nombre limité de ministères et s'inscrivant du reste dans la durée ; la plupart des ministères "traditionnels" ne connaissent aucun bouleversement sur plusieurs dizaines d'années... La France est, à ma connaissance, quasiment le seul "grand" pays à bouleverser systématiquement la quasi-totalité de l'organisation gouvernementale à chaque changement.

Je précise que ces remarques ne doivent pas être interprétées comme autant de critiques contre les choix effectués (on y viendra en son temps) : les choses étant ce qu'elles sont, M. Sarkozy n'avait pas d'autres possibilités que de procéder à sa propre réorganisation gouvernementale... qui sera sans doute aussi éphémère que les précédentes.

Enfin, je terminerai en rappelant - pour les non-initiés de la nouvelle équipe gouvernementale - que la "vraie bataille" commence : celle des "décrets d'attribution" qui sont la traduction juridique (et opérationnelle) de la répartition entre les ministres des différentes structures administratives...  J'ai noté à cet égard avec intérêt le début d'une bataille à peine feutrée entre nos nouveaux ministres des comptes et de l'économie pour le contrôle de la direction de la législation fiscale, qui pourrait être l'un des exemples d'une de ces "double-tutelles" que j'évoque ci-dessus...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Samedi 10 mars 2007

Je suis semble t-il un peu seul, ou presque, à être choqué de l'attitude de Simone Veil qui, quelques jours à peine après sa sortie du Conseil constitutionnel, prend ouvertement parti pour l'un des candidats au point, semble t-il, de devoir prendre la présidence de son comité de soutien.

Certes, juridiquement, l'intéressée n'exerçant plus de fonctions officielles n'est plus juridiquement tenue au devoir de réserve. Déontologiquement en revanche, je trouve cette attitude choquante de la part d'une personne qui, il y a quelques jours à peine, statuait (notamment) sur la loi relative à la prévention de la délinquance présentée par le ministre dont elle soutient maintenant la candidature à la présidence de la République ? Comment nos concitoyens (et moi-même du reste) pourraient ne pas penser qu'un tel engagement militant a pu interférer, consciemment ou non, dans la teneur de ses décisions au Conseil ? 

On dira sans doute que ceci n'est pas sans précédent puisque Robert Badinter, au terme de sa présidence du Conseil constitutionnel, a quant à lui été élu sénateur sous les couleurs socialistes (il l'est encore à ce jour). Ceci ne me paraît pas un argument pertinent. D'abord, je ne fais pas partie de des admirateurs inconditionnels de M. Badinter. Surtout, il ne me semble pas qu'on puisse comparer un mandat de sénateur assorti d'un relatif éloignement vis à vis de la politique quotidienne et une participation active à la campagne électorale présidentielle au lendemain de l'échéance d'un mandat de conseiller (ce dont précisément Robert Badinter s'était abstenu en 1995). Même si le conseil constitutionnel est davantage un arbitre politique qu'une instance judiciaire, ses membres, même à l'échéance de leur mandat, devraient avoir à coeur de conserver une certaine distance par rapport aux débats quotidiens. Surtout dans le cadre d'une campagne électorale engageant un Ministre dont de nombreux textes ont été soumis à l'appréciation du conseil au cours des dernières années. Ce n'est certes pas une obligation juridique, celà me semble simplement relever du devoir moral vis à vis de l'institution...

Ce type d'attitude est d'autant plus déplacé qu'il émane d'une personne souvent présentée comme une "conscience morale" de la droite alors même qu'elle participe ainsi à un discrédit moral des institutions dont ne peuvent profiter que les partis extrémistes. Il est vrai qu'elle est une habituée de ce type de dérives, puisqu'on se souvient de sa très contestable "auto-suspension" du Conseil constitutionnel au moment du référendum de 2005, lui permettant d'inventer le concept de devoir de réserve en pointillés... (avec un effet contre productif évident sur le résultat du référendum)...

Tout celà n'est guère glorieux ni pour l'intéressée, ni pour les institutions dont elle émane, ni pour le candidat qu'elle soutient. Que valent dans ces circonstances les promesses de ce dernier concernant la restauration de la neutralité des institutions ?

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 9 mars 2007

La critique favorite faite, à gauche et à droite, à l'encontre de François Bayrou consiste à dire que son élection se traduirait par un retour à la 4ème République honnie...Au plan strictement institutionnel, j'avoue ne pas bien comprendre l'argument car, au contraire, il me semble qu'on peut raisonnablement soutenir qu'un tel évènement permettrait sans doute de restaurer certains principes fondateurs de la 5ème République...

Nos institutions reposent en effet, et c'est leur originalité, sur une division de l'exécutif entre deux personnes. L'une, le Président, tenant sa légitimité (au moins depuis 1962) du suffrage universel direct. L'autre, le Premier Ministre, la tenant de sa désignation par le Président (pour l'essentiel) et de la confiance de l'Assemblée (ou tout au moins de la non censure de son gouvernement par celle-ci). La logique des institutions s'oppose certes clairement à l'idée de la "cohabitation", entendue comme la coexistence d'une majorité parlementaire opposée au président (encore que l'honnèteté oblige à constater que les institutions n'ont pas si mal fonctionné durant les différentes périodes de cohabitation que nous avons connu). Pour autant, rien dans ces mêmes institutions ne permet d'estimer que leur fonctionnement dépend d'une identité absolue entre le Président et la majorité parlementaire (les circonstances politiques en 1958 ne permettaient évidemment pas d'espérer aux gaullistes d'éspérer détenir la majorité parlementaire à eux seuls). A cet égard, l'absence d'opposition entre la majorité parlementaire et présidentielle ne signifie pas nécessairement identité complète de vue entre les deux et, si on peut ne pas partager le souhait de M. Bayrou de constituer un gouvernement de coalition, il me semble difficile (surtout aux gaullistes "historiques") d'affirmer qu'un tel programme serait contraire à l'esprit de la 5ème république. On notera en passant que les socialistes oublient également un peu vite qu'ils ont gouverné selon une telle logique entre 1988 et 1993.

J'irai même jusqu'à considérer que c'est cette identité absolue entre les majorités présidentielles et législatives, présentée aujourd'hui comme un optimum à atteindre, qui est en grande partie à l'origine de la dérive "absolutiste" de la 5ème République. Pour illustrer ladite dérive, je citerai une déclaration entendue d'un député qui, à l'occasion de l'élection du nouveau président de l'Assemblée Nationale, déclarait benoitement que le président de l'Assemblée qui sera élu au "perchoir" après les élections devra être désigné "en accord avec le président de la République"... Dans ces conditions effectivement, on peut se demander à quoi celà sert-il de séparer les pouvoirs et, par exemple, autant donner immédiatement au Président de la République le droit  de désigner le président de l'Assemblée Nationale et de nommer 6 membres sur 9 du conseil constitutionnel et du CSA... Par ailleurs, l'intention que l'on prête, à tort ou à raison, M. Sarkozy de rester président de l'UMP après son éventuelle élection à la présidence de la République me semble également caractériser une atteinte à l'esprit des institutions autrement plus grave que celle d'une éventuelle élection d'un président sans majorité parlementaire à sa botte...

Dans ces conditions, j'estime pour ma part que l'éventuelle élection de M. Bayrou serait donc plutôt une bonne nouvelle pour les institutions françaises. Quel que soit le résultat ultérieur des législatives, un tel président indépendant de la majorité parlementaire conduirait en effet necéssairement à une importance accrue du parlement tout en assurant l'existence d'un contre-pouvoir présidentiel stable susceptible d'assurer un certain équilibre des pouvoirs. Loin d'être contraire à l'esprit de la 5ème République, je pense qu'une telle situation correspond au contraire à sa logique institutionnelle historique. Celà permettrait peut-être de créer ainsi les circonstances permettant un rééquilibrage des pouvoirs tout en s'épargnant une ènième réforme constitutionnelle...

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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