Réunion interministérielle ou réunionite ?

Publié le par Cacambo

Je n'ai encore jamais parlé de ce rituel gouvernemental que sont les "réunions interministérielles". alors qu'on ne parle jamais de ces réunions en faculté de droit, ce sont pourtant elles qui marquent l'activité de direction du Gouvernement par le Premier Ministre et son cabinet. Il s'agit en fait, simplement, des réunions organisées à Matignon par le cabinet du Premier Ministre entre les différents ministères intéressés par tel ou tel sujet, en vue (en principe) de trancher les éventuels avis divergents des différents ministères et de rendre les "arbitragesé" gouvernementaux.
Des "réunions interministérielles" ("RI" ou "inter" dans notre jargon), il y en a sur tout (la vache folle, le budget de tel ou tel établissement public, les projets de lois, des communications en conseil des ministres etc.) et parfois n'importe quoi ... J'y reviendrai surement au fil du blog...
Les participants sont de niveau hiérarchique varié, il existe des réunions réservées aux directeurs de cabinet, aux seuls membres de cabinets, ou sans précision. En général, le format de la délégation d'un ministère est un membre du cabinet du ministre et un ou plusieurs représentants des administrations. Les réunions sont présidées par un ou plusieurs membres du cabinet du Premier Ministre assisté d'un représentant du secrétariat général du gouvernement.
Je reparlerai le moment venu de ces réunions, tout au plus puis-je noter que celles que j'ai eu en début de semaine n'ont fait que confirmer un constat que je fais depuis quelques années ... la tendance notable à l'inflation du nombre de participants à ce type de réunions. Il est vrai que les convocations du secrétariat général du gouvernement mentionnent rituellement que la limitation du nombre de chaque représentation ministérielle à deux personnes, mais cette injonction n'est en réalité jamais respectée et l'on voit régulièrement certains ministères (les finances sont des spécialistes) arrivant à 5 et plus... Comme ceci se conjugue avec un nombre de plus en plus grand de ministères convoqués aux réunions (chaque ministère s'estimant concerné par tout - ou presque), on arrive à un format global de réunion dépassant souvent 30 à 40 personnes avec souvent 3, 4 ou 5 conseillers du Premier Ministre co-présidents... Sans être pourtant un doyen, je me rappelle que, lorsque j'ai commencé à fréquenter ce type d'instances au milieu des années 1990, le format moyen d'une "RI" était de 10 à 15 personnes et d'1 ou 2 conseillers du Premier Ministre.
Evidemment, ces réunions sont de ce fait souvent inutiles (débats impossibles, décisions inexistantes). Elles sont donc doublées de plus en plus souvent par des "réunions informelles" qui,  selon un format plus restreint, prennent les vraies décisions.
Comme on le voit, la réforme de l'Etat est en marche.

Commenter cet article

GJG 18/06/2006 12:04

Merci de mettre en lumière pour les internautes ces moments clefs du travail gouvernemental.Mais s'il vous plaît, pas de procès d'intention à l'égard des Facultés de droit, qui ont bien d'autres travers ;-)Ces réunions sont évoquées chaque année dans mes cours de droit constitutionnel devant au moins cinq cents étudiants...

Cacambo 23/06/2006 15:01

Loin de moi l'idée de faire un procès d'intention aux facultés de droit, mais je me permets de vous dire que vos étudiants ont bien de la chance... moi je n'avais jamais entendu parler de ces réunions au cours de mes études universitaires (lesquelles remontent à environ 15 ans, les choses se sont peut-être améliorées...)

ça balance 30/05/2006 00:07

La publication d'enregistrements sonores de ces réunions sur internet entrainerait probablement une élévation rapide du niveau des débats qui s'y tiennent et une augmentation continue de la productivité tout en en raccourcissant la durée.J'ai toujours été terriblement surpris que les plus hauts services de l'état, si prompts à prescrire de la révolution techno-culturelle à tous les étages, soient encore obligés d'organiser de so-ninenties réunions pour se coordonner : ils n'ont pas encore le mail, au services du premier ministre ? C'est pourtant si commode pour abolir les distances et les agendas irréconciliables...