Incohérence politique ou indépendance du parquet ?
Le feuilleton CNE continue donc. Comme de nombreux commentateurs l'ont relevé, alors que la Cour d'appel était saisie d'un déclinatoire de compétence le parquet général a quant à lui requis la compétence de l'ordre judiciaire.
La bizarrerie institutionnelle de la situation est à mon sens insuffisamment relevée : alors que le Garde des Sceaux revendique ouvertement depuis 2002 le droit, voire le devoir, de donner des instructions aux parquets - et il ne s'en est pas privé dans l'affaire du CNE - le parquet général prend une position radicalement opposée à celle du préfet de l'Essonne.
Des mauvais esprits verront peut-être dans cette affaire une illustration du divorce entre le ministère la justice (dont dépendent les procureurs généraux) et celui de l'intérieur (dont dépendent les préfets). Je pense qu'ils auraient tort, car dans ce genre d'affaires les instructions prises par le préfet ont sans doute également transmises par le ministère de la justice (belle illustration du rôle interministériel des préfets...). Plus probablement, on peut penser que le procureur général actuel, sans doute peu convaincu par la posture juridique du Gouvernement, aura exigé des instructions écrites du Garde des Sceaux, conformément à l'article 33 du code de procédure pénale. Sans doute le Ministre n'aura pas souhaité lui donner ce type d'instructions de crainte de voir le procureur général ne les suivre que par écrit et, user de sa liberté de parole pour développer des conclusions contraires (selon l'adage "la plume est serve mais la parole est libre"), ce qui aurait évidemment donné un résultat politiquement désastreux...
J'ai déjà donné mon opinion juridique sur cette affaire de CNE. Je n'en suis que plus à mon aise pour estimer qu'au plan institutionnel, ce type de situation me semble profondément malsaine car totalement illisible pour le citoyen. Quitte à être simpliste, j'ai tendance à considérer que, soit le parquet est un organe indépendant - et il convient alors d'assumer légalement ce statut et sans doute d'organiser une représentation de l'Etat par avocat, soit il ne l'est pas - et il appartient alors de donner au gouvernement les moyens de faire valoir son opinion en toutes circonstances. La situation actuelle me semble trop subtile pour être comprise. Et donc respectée.