La presse a déjà largement évoqué l'
arrêt du 18 octobre dernier par lequel la cour de cassation décide que
"l'employeur, investi par la loi du pouvoir de direction et de contrôle des salariés placés sous sa subordination juridique, est tenu de garantir ceux-ci à raison des actes ou faits qu'il passent ou accomplissent en exécution du contrat de travail" et qu'à ce titre, l'employeur devait rembourser les frais engagés par le salarié au titre d'une procédure pénale engagée à l'encontre de ce dernier et clôturée par un non-lieu. Cette solution permet un rapprochement salutaire entre le statut du salarié privé de celui du salarié public. A l'égard de ce dernier, on sait en effet que
l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 (plusieurs fois modifié) prévoit (entre autres) que "
La collectivité publique est tenue d'accorder sa protection au fonctionnaire ou à l'ancien fonctionnaire dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle".
L
'arrêt de la cour de cassation, comme les dispositions de la loi de 1983 se traduisent concrètement par une obligation de prise en charge par l'entreprise/collectivité des frais d'avocat du salarié/fonctionnaire (et des autres frais de justice). Il n'est du reste pas inintéressant de noter que ces frais restent néanmoins engagés par la personne concernée et pour son seul et unique intérêt. Peut donc se poser en pratique la question de savoir comment contrôler un minimum le coût de la défense ainsi mise en oeuvre par le salarié ? Comment éviter que le salarié n'engage des dépenses sans commune mesure avec l'enjeu du litige ? comment même contrôler le "service fait" de l'avocat alors que celui-ci, bien que payé par l'administration, reste tenu au secret professionnel vis à vis de cette dernière ? Pour autant que je sache, ces questions n'ont pas de solution claire en ce qui concerne le secteur public... dans le privé, sans doute un accord collectif (appelé de ses voeux par la cour de cassation) pourra les traiter.
En ce qui concerne la mise en oeuvre de cette "protection juridique", la jurisprudence de la Cour de cassation semble converger avec la loi de 1983 pour limiter les cas de protection aux contentieux l’objet est lié à l’exercice des fonctions considérées. Par ailleurs, la loi de 1983 exclut explicitement les cas de "faute personnelle" ; bien que ce point ne soit pas expressément indiqué, on peut raisonnablement penser que, mutatis mutandis, la cour de cassation adopterait une solution similaire pour les salariés privés. Il reste que ce concept, déjà parfois difficile à cerner en droit administratif, risque de l'être encore plus en droit privé et pourrait donner lieu à d'intéressant débats... Il est vrai toutefois que, curieusement, la mise en oeuvre de la protection juridique du fonctionnaire semble ne donner lieu qu'à un contentieux assez restreint. Les affaires sont-elles si limpides ou les désaccords sont-ils règlés "hors du juge" ?
En revanche, la Cour de cassation mentionne expressément le fait que la procédure engagée contre le salarié s'est conclue par un non-lieu. Est-ce à dire que la protection n'est due au salarié que dans ce seul cas ? la réponse n'est pas évidente à ce stade. S'agissant des salariés publics, les choses sont en revanche claires : sauf faute personnelle, la protection est due. Or, il est admis depuis longtemps que la commission d'une infraction pénale ne constitue pas nécessairement une faute personnelle. Dans ces conditions, le simple fait que l'agent public ait été reconnu coupable ne fait pas obstacle à la mise en oeuvre de la protection juridique (et ne permet pas de demander à l'intéressé le remboursement des sommes payées à ce titre), sauf s'il apparaît, mais par ailleurs, que les faits sont constitutifs d'une faute personnelle. Il sera sans doute intéressant que la Cour de cassation clarifie la portée de sa décision sur ce point. Si la limitation aux cas de relaxes ou de non-lieu devait être confirmée, il s'agirait en pratique d'une limite importante (mais pas forcément injustifiée) au dispositif par rapport à celui en vigueur "dans le public" (qui s'avère sans doute excessivement protecteur pour l'agent dans certaines circonstances).
Pour finir, et pour le fun, on notera qu'il s'agit d'un exemple intéressant où la créativité jurisprudentielle du droit privé s'oppose au droit écrit administratif... les images d'Epinal des facultés de droit (où les codes des "privatistes" s'opposent au recueil Lebon des "publicistes") en prennent encore un coup.
Mercredi 15 novembre 2006
Les difficultés du journal "Libération" (comme celles, à peine moindres, du "Monde") sont souvent l'occasion de se lamenter sur la concurrence des journaux dits "gratuits" et des divers sites d'information en ligne, qui "casseraient" la seule vraie presse libre, celle papier et payante.
Indépendamment du caractère réducteur de cette explication (comme j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer, certains journaux ont des résultats économiques à faire pâlir d'envie les plus voraces fonds de pension américains), je trouve curieux que personne ne semble s'apercevoir que la distinction gratuits/payants n'est pas si évidente qu'elle paraît : Un simple examen du site de libé, par exemple, permet de constater qu'on me propose un abonnement (sans urée minimale d'engagement) à 24.3 €/mois, le journal m'étant porté à mon domicile chaque matin et avec un DVD gratuit en prime. Il n'est pas besoin de beaucoup de calcul pour arriver à la conclusion que :
[frais de portage (au plus strict minimum, le tarif d'une lettre simple de La Poste soit environ 16€/mois pour 25 numéros) + DVD (d'une valeur marchande d'environ 20 € sur Amazon) = ... journal plus que gratuit].
Une vérification avec Le site du Monde (25€ par mois d'abonnement sur 6 mois et lecteur DVD gratuit) aboutit évidemment au même résultat....
Tout celà mériterait sans doute d'être approfondi par plus expert que moi, mais me confirme dans l'idée que l'économie de la presse - et les aides en tout genre distribuées au gré des humeurs politiques et qui, seules, permettent ce type d'aberrations économiques - mériterait sans doute une vraie remise à plat (ce qui est pratiquement le seul point où je me trouve en accord avec le médiocre rapport consacré à cette question par l'institut Montaigne). Je ne suis finalement pas sûr, quand je lis "Economie Matin" ou "20 minutes" d'avoir affaire à une presse d'une qualité très inférieure à celle de plusieurs quotidiens ou hebdomadaires prétendument "payants"... question juridique impertinente : les pratiques de vente ci-dessus mentionnées ne pourraient-elles relever du contrôle des aides d'Etat ou des pratiques anticoncurrentielles (anti-dumping) ?
Il aura donc fallu un sondage mettant M. Hulot à 66 % en tant que "personnalité représentant le mieux la défense de l'environnement pour la présidentielle" pour que M. Fabius, illuminé par la grâce, lui propose presque le jour même un poste de "ministre d'Etat, n°2 du gouvernement" (excusez du peu). Il démontre ainsi brillamment :
a) que sa préoccupation pour l'écologie (et évidemment pour le reste) est directement corrélée à la courbe des sondages (à l'instar sans doute de son souci du maintien d'EDF dans le secteur public que l'on avait pas compris aussi sensible au temps où l'intéressé, ministre des finances du gouvernement Jospin, plaidait pour la mise sur le marché de la même entreprise).
b) que la composition de son futur gouvernement (et son programme de travail) n'est aucunement liée à des considérations aussi bassement matérielles que la cohérence politique ou l'accord très superflu des députés mais à la parution de la dernière cote de popularité IFOP ou SOFRES. Ses collègues du PS (et d'ailleurs) qui ont peut-être quelques idées sur l'écologie et qui, légitimement ou non, briguaient le poste, mais dont la cote dans l'opinion est probablement équivalente à celle de mon canari apprécieront à sa juste mesure...
c) que compte tenu de ces mêmes sondages, on peut sans grand risque estimer que Zizou, en tant que ministre (d'Etat bien sûr) des sports et l'Abbé Pierre (même chose pour les affaires humanitaires) ont sans doute un bel avenir devant eux. On craint le pire au cas où un sondage devait démontrer la grande popularité de Rintintin dans l'opinion publique.
M. Fabius gagne donc brillamment le trophée du "que le meilleur perde" de la semaine (on n'est que mardi, je prends un risque).
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