Dimanche 24 septembre 2006

Le feuilleton CNE continue donc. Comme de nombreux commentateurs l'ont relevé, alors que la Cour d'appel était saisie d'un déclinatoire de compétence le parquet général a quant à lui requis la compétence de l'ordre judiciaire.

La bizarrerie institutionnelle de la situation est à mon sens insuffisamment relevée : alors que le Garde des Sceaux revendique ouvertement depuis 2002 le droit, voire le devoir, de donner des instructions aux parquets - et il ne s'en est pas privé dans l'affaire du CNE - le parquet général prend une position radicalement opposée à celle du préfet de l'Essonne.

Des mauvais esprits verront peut-être dans cette affaire une illustration du divorce entre le ministère la justice (dont dépendent les procureurs généraux) et celui de l'intérieur (dont dépendent les préfets). Je pense qu'ils auraient tort, car dans ce genre d'affaires les instructions prises par le préfet ont sans doute également transmises par le ministère de la justice (belle illustration du rôle interministériel des préfets...). Plus probablement, on peut penser que le procureur général actuel, sans doute peu convaincu par la posture juridique du Gouvernement, aura exigé des instructions écrites du Garde des Sceaux, conformément à l'article 33 du code de procédure pénale. Sans doute le Ministre n'aura pas souhaité lui donner ce type d'instructions de crainte de voir le procureur général ne les suivre que par écrit et, user de sa liberté de parole pour développer des conclusions contraires (selon l'adage "la plume est serve mais la parole est libre"), ce qui aurait évidemment donné un résultat politiquement désastreux...

J'ai déjà donné mon opinion juridique sur cette affaire de CNE. Je n'en suis que plus à mon aise pour estimer qu'au plan institutionnel, ce type de situation me semble profondément malsaine car totalement illisible pour le citoyen. Quitte à être simpliste, j'ai tendance à considérer que, soit le parquet est un organe indépendant - et il convient alors d'assumer légalement ce statut et sans doute d'organiser une représentation de l'Etat par avocat, soit il ne l'est pas - et il appartient alors de donner au gouvernement les moyens de faire valoir son opinion en toutes circonstances. La situation actuelle me semble trop subtile pour être comprise. Et donc respectée.

par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Vendredi 15 septembre 2006
Rebondissement de l'histoire qui me permet de prolonger mon article d'avril dernier qui portait sur l'écartèlement du CNE entre la justice judiciaire et la justice administrative. En plus, piratant sans vergogne "silence des lois", je me fais le petit plaisir immodeste de jouer le "qu'est-ce que je vous avais dit" ....

Récapitulons. Après le jugement du conseil des prud'hommes de Longjumeau qui avait écarté le CNE au titre de sa non conformité à la convention 158 de l'Organisation internationale du travail (OIT) du 22 juin 1982, la presse se fait état de ce que le préfet de l'Essonne aurait soulevé auprès de la cour d'appel de Paris, saisie du litige, l'incompétence de la juridiction judiciaire au profit de la juridiction administrative (on ne peut que partager sur ce point les remarques justifiées d'un commentateur avisé sur le traitement médiatique de cette procédure - qu'on admettra néanmoins tordue...).

Sur le plan juridique, je ne peux que renvoyer pour l'essentiel à un beaucoup plus talentueux commentateur qui procède à une analyse critique complète, que je partage intégralement, de cette procédure. Je ne crois donc pas utile d'en rajouter notamment sur la démonstration (qui me semble parfaitement convaincante) tendant à exposer que l'ordonnance "CNE" aurait été implicitement ratifiée et aurait donc perdu son caractère règlementaire. Ce simple point permet à lui seul d'écarter la demande de l'administration qui aurait mieux fait de suivre les conseils avisés d'un citoyen portant un regard insistant sur le droit.
 
Il me semble en revanche intéressant de se pencher sur la question de fond qui aurait pu se poser si l'ordonnance avait bien conservé son caractère règlementaire. C'est alors la question de l'applicabilité de l'arrêt du tribunal des conflits "Septfonds" (16 juin 1923) qui se trouve alors posée. Rappelons que cet arrêt de principe, en résumé, reconnaît au juge judiciaire le droit d'interpréter les actes administratifs règlementaires mais réserve à la juridiction administrative le droit d'apprécier leur légalité. En substance, deux interprétations peuvent alors s'opposer :
- l'une (celle de l'administration) consistant à estimer que la question posée au juge judiciaire (sur la compatibilité entre le droit international et le l'acte règlementaire instituant le CNE) relève d'une forme de "contrôle de légalité" de l'acte adminsitratif et que la "solution Septfonds" doit alors s'imposer.
- l'autre, défendue notamment par M. Rolin dans son commentaire, consistant à distinguer le contrôle de légalité de l'acte (qui relève bien de la compétence administrative) de son "applicabilité" (qui relèverait du juge judiciaire).
 
Avant de se prononcer sur cet intéressant débat, il faut d'abord noter que la question ne peut se poser que dans la mesure où la norme internationale s'opposant (éventuellement) au "prétendu" règlement (l'ordonnance CNE) n'est pas de niveau communautaire. En effet, en ce qui concerne le droit communautaire, la pleine compétence des juridictions judiciaires résulte de la célèbre jurisprudence de la CJCE "Simmenthal" du 9 mars 1978. Par effet de cette jurisprudence, il est à mon sens incontestable que le juge judicaire a plénitude de juridiction pour apprécier la compatibilité au regard du droit européen des actes administratifs, y compris individuels du reste.
 
En ce qui concerne les autres normes de droit international, force est d'admettre que la situation est moins claire. J'admets être séduit par la distinction proposé par le professeur Rolin entre "applicabilité" et "contrôle de légalité". Mais on doit constater qu'en pratique, "écarter l'application" d'un texte règlementaire a exactement la même portée que le constat de son illégalité ... On peut donc admettre qu'en "pur droit" la question peut sans doute être soulevée.
 
Plus fondamentalement, il me semble que cette affaire constitue une illustration de l'anachronisme de notre procédure de règlement des conflits entre ordres de juridictions et de l'illisibilité tant de notre ordonnancement juridique que de notre organisation juridictionnelle.
 
Sur la procédure, il n'est tout d'abord pas besoin d'insister sur le fait que cette affaire illustre une situation, heureusement assez exceptionnelle, dans laquelle les pouvoirs de l'administration sont manifestement détournés de leur finalité, le seul objet de la manoeuvre étant en l'espèce de gagner du temps en entravant la justice. Quelle que soit l'opinion que l'on peut avoir sur la procédure en cause (j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer mon opinion critique sur le jugement du conseil des prud'hommes de Longjumeau par ailleurs largement commenté), le procédé est indigne d'un Etat démocratique et fait abstraction du fait que derrière chaque affaire judiciaire il y a non seulement du droit, mais (aussi) des justiciables pris en otages... Celà illustre la nécessité, au début du 21ème siècle, de s'interroger sur la procédure et le fonctionnement d'une procédure conçue au 19ème siècle pour "protéger l'administration" et qui se trouve manifestement aujourd'hui détoiurnée de son sens. Une remise à plat du dispositif de règlement des conflits entre ordre juridictionnels pourrait consister en :
- d'une part retirer le Garde des Sceaux de la formation du tribunal des conflits (sa participation y est certes en pratique exceptionnelle, mais on admettra que dans les cas où celà arrive la notion de "tribunal impartial est pour le moins douteuse...), cf. à cet égard la controverse à propos de l'affaire "Ben Salen et Taznaret" en 1997.
- d'autre part organiser un système parallèle d'élévation du conflit au profit de la jurdiction judiciaire (le système actuel fonctionne en sens unique, alors que les cas d'empiètement peuvent se présenter aussi de la part de la juridiction administrative),
- enfin "neutraliser" le système actuel de déclinatoire de compétence qui se trouve entièrement aux mains de l'exécutif qui, manifestement, n'est pas en mesure de respecter un minimum de neutralité républicaine dans ce type d'affaires. Pourquoi ne pas soumettre le principe du déclinatoire à l'avis favorable d'une formation administrative du conseil d'Etat ?.
 
Sur l'ordonnancement juridique, comment ne pas constater que la règle dont l'administration demande l'application est manifestement devenue absurde, voire démocratiquement choquante. Comment peut-on vouloir interdire au juge judiciaire d'apprécier la conformité au droit international d'une norme interne au motif qu'il s'agirait d'un acte administratif alors même que nul ne lui conteste le devoir de procéder à ce contrôle de conformité lorsque la norme interne est de nature législative ? Faut-il implicitement considérer que l'administration est d'avantage digne de "protection" (?) juridictionnelle que le législateur lui-même ? quel est l'intérêt du citoyen, et de l'administration elle-même à une telle distinction ?
 
Enfin, au plan institutionnel, cette affaire renouvelle mes précédentes interrogations relatives à la lisibilité de notre organisation juridictionnelle pour les citoyens. Comment expliquer un système faisant coexister deux ordres juridictionnels autonomes (tous deux parfaitement respectables du reste) alors que la seule justification "défendable" du système repose sur son caractère "historique" ? (la justification souvent avancée relative à la proximité supposée de la juridiction administrative avec l'administration "active" étant  largement démentie par les faits et, surtout, emportant nécessairement condamnation dudit système au regard des principes démocratiquement les plus élémentaires). En toute hypothèse, il est peu discutable que les raisons historiques qui ont conduit à l'élaboration de ce système ne sont désormais plus remplies, qu'il est désormais source de coûts et de confusion et surtout qu'il ne présente aucune cohérence pour nos concitoyens (à qui l'on explique par ailleurs, justement, que l'adaptation au monde moderne est nécessaire et indispensable)... L'organisation juridictionnelle de la France sera t-elle donc seule à ne pas devoir être modernisée ?
 
J'admets volontier qu'il ne s'agit sans doute pas d'un point central pour un programme présidentiel... Je crois néanmoins que c'est un élément assez symptomatique d'un blocage inavoué mais réel de la réflexion sur les rapports entre le droit, la justice et l'administration. Il est donc particulièrement  dommage que ce débat ne soit pratiquement pas ouvert ni chez les politiques, ni dans l'administration, ni dans la société civile (à quelques exceptions près).
par Cacambo publié dans : Droit
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Mercredi 13 septembre 2006

Le traitement médiatique des démélés judiciaires de M. Huchon, président (PS) du conseil régional d'Ile de France, démontre à nouveau le grand succès du concept médiatico-pénal "d'emploi fictif". Pourtant, contrairement à ce qui est parfois indiqué, le concept d'emploi fictif au sens commun du terme (c'est-à-dire la personne rémunérée alors qu'elle n'accomplit aucun travail effectif pour le compte de son "employeur"), ne correspond en tant que tel à aucune infraction pénale spécifique. Un tel comportement doit être appréhendé, au cas par cas, en général sous l'angle de l'abus de biens sociaux (pour les sociétés de capitaux, SARL ou SA) ou de l'abus de confiance (dans les autres structures de droit privé et de droit public). Il reste que ces qualifications sanctionnent, non l"'emploi fictif" au sens strict, mais le détournement de fonds commis par l'employeur soit au profit personnel de son salarié (rémunéré sans contrepartie), soit au profit d'un tiers (parti politique par exemple).

La question reste donc ouverte des situations - devenues rares dans le privé mais (relativement) fréquentes dans le public - des fonctionnaires (pas toujours "hauts", contrairement à ce qu'une certaine démagogie voudrait) qui sont simplement payés à ne rien faire avec l'accord, voire à la demande de leur hiérarchie... Sauf à étendre la notion de "détournement" à tout gaspillage de fonds publics, le "placard", doré ou pas, ne semble pas incriminé pénalement et à tout le moins n'est pas poursuivi. Sans doute en revanche pourrait-on s'interroger sur la responsabilité des ordonnateurs acceptant de payer de tels fonctionnaires en connaissance de l'absence de toute prestation de leur part. Mais la Cour des comptes manifeste semble t-il une grande compréhension à l'égard de ce type d'affaires (qui pourraient pourtant relever de la cour de discipline budgétaire et financière)... On peut donc être rassuré :-).  

En toute hypothèse la situation de M. Huchon semble différente. Le parquet a en effet choisi de baser sa poursuite sur les conditions dans lesquelles le conseil régional d'Ile de France a contracté (directement ou indirectement) avec l'épouse de M. Huchon et a(urait) fourni un avantage à cette dernière. Il s'agit donc du délit de prise illégale d'intérêts. Celui-ci a, pour l'accusation, l'avantage d'être un délit pour lequel il n'est pas nécessaire de démontrer la fictivité du travail fourni (ce point n'est pas en cause dans la présente affaire). La caractérisation de l'infraction nécessite "seulement" la caractérisation d'un intérêt quelconque de la personne publique mise en cause (intérêt direct ou indirect et même purement moral) et le caractère volontaire de l'acte de prise d'intérêt, ce qui est évidemment beaucoup plus facile...

Sur un plan légèrement différent, je note que la mise en cause de M. Huchon (toujours sous la qualification de "prise illégale d'intérêts") porte également sur l'embauche de Mme Huchon par le conseil régional à partir de 2004. Il serait intéressant de savoir quelle était la nature exacte de l'emploi considéré. En effet, s'il s'agit d'un emploi de type "cabinet", les conséquences d'une condamnation seraient importantes dans la mesure où une telle décision remettrait en cause la doctrine administrative qui considère les embauches faites dans ce cadre comme relevant du pouvoir politique discrétionnaire (sur ce point, voir également sur ce point mon commentaire de la décision de la CJCE concernant le cabinet de Mme Cresson).  Au plan pratique, il est du reste de notoriété publique qu'un certain nombre de "décideurs publics" (de tous bords, et de niveau ministériel, ou non) entretiennent ou ont entretenu des relations très "intimes" avec des membres de leur cabinet, parfois de façon officielle (il y a au moins un cas célèbre au ministère de l'intérieur, mais l'intéressée n'est - je crois - pas rémunérée), quelquefois moins :-). Je me demande (avec une certaine perversité) si le parquet de Paris a réellement voulu poser ce type de question à la juridiction pénale...

Jusqu'où nous mèneront les interrogations sur les emplois fictifs ?

par Cacambo publié dans : Droit
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Dimanche 10 septembre 2006
Damned. Silence des lois vient de me piquer mon sujet du jour, ayant eu moi-aussi l'ambition de plancher sur le sujet d'admissibilité "offert" aux candidats énarque, soit "l'inaction administrative", sujet qui se prête pourtant à bien des considérations facilement ironiques... J'en suis d'autant plus marri que je n'ai pratiquement rien à redire sur son billet au-delà du commentaire que je me suis permis d'y ajouter.

Dépité, je m'autorise néanmoins à rebondir sur sa réflexion relative au fait que le "secret"  de la réussite de ce type de sujet consiste en un subtil balancement entre la théorie juridique et l'illustration pratique - que seule procure la fréquentation assidue des acteurs de la tragi-comédie administrative. Naturellement, se trouvent donc favorisés lors de cet exercice les candidats bénéficiant, a minima de cette imprégnation administrative "scolaire" (en d'autres termes les "sciences-po Paris") et, mieux, ceux qui bénéficient de l'expérience de leurs parents. Cette situation n'est du reste pas propre à ce sujet spécifique. Malheureusement, elle est à peu près la même quel que soit le sujet et dans pratiquement toutes les matières (avec néanmoins une mention particulière pour le droit public et la culture générale, matières qui se prêtent sans doute particulièrement à cette forme d'analyse)... Voilà pour le concours d'entrée. Au cours de la scolarité, la situation s'aggrave encore, puisque lors du stage en préfecture/ambassade (dont la notation est déterminante pour le classement final), la notation dépend essentiellement de l'adaptabilité du stagiaire au notateur ; ce dernier étant lui-même évidemment énarque dans la plupart des cas aura donc tendance à favoriser son propre schéma de pensée et les stagiaires familiers de ce petit monde de la haute administration se trouvent donc naturellement favorisés...

Au final, on comprend assez bien l'origine de la situation décrite par le rapport établi par les élèves énarques de la promotion Leopold Sedar Senghor (2002-2004) et qui constatait que les enfants d'enarque représentent 0,01 % d'une calsse d'âge mais constituent 4,4 % du total des élèves de la promotion et accaparent 27,7 % des postes offerts dans les grands corps... Au total, un enfant d'énarque entré à l'ENA aura plus de 8 chances sur 10 de pouvoir sélectionner un prestigieux "grand corps", alors que ses camarades auront 9 chances sur 10 de croupir dans les profondeurs du classement. Nous sommes donc loin du dogme de l'égalitarisme républicain devant le concours et je me demande souvent même si nous n'avons pas dépassé le stade d'endogamie qui préexistait à la création de l'école (une étude amusante, dont je ne retrouve malheureusement pas la trace, a été effectuée sur l'origine sociologique des membres du Conseil d'Etat et, selon mes souvenirs, conduit à constater que l'origine familiale des membres actuel du Conseil est encore plus élitiste que celle des membres en fonction au milieu du 19ème siècle... tous mes remerciements par avance à celui qui me pourra me retrouver les références de ladite étude).

Quelle réaction de l'administration face à ce type de constat : rien. Ou plutôt, si. A l'instar de l'éducation nationale cherchant à dissimuler les chiffres de la violence à l'école (et qui, faute d'y avoir réussi, tente désormais de discréditer la valeur de ses propres chiffres), le ministre de la fonction publique a menacé les élèves-énarques auteurs du rapport considéré (tout de même signé par 132 élèves sur 134) de sanctions disciplinaires, avec un certain succès puisque cet intéressant document n'est à ce jour pas disponible...

Ne s'agit-il pas d'une intéressante illustration de l'inaction de l'administration ?
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Mercredi 6 septembre 2006
Il n'était pas nécessaire que je rajoute mon grain de sel sur les conditions du débat parlementaire qui va s'ouvrir demain au sujet du projet de loi "GDF". Je ne peux néanmoins pas me retenir de quelques réflexions attristées sur l'état de notre démocratie...

Quelques brêves remarques sur le fond du dossier tout d'abord. Bien que je n'aie pas d'opinion définitivement arrêtée, je remarque qu'une fois de plus, l'opposition PS et l'UDF (que j'ai connue mieux inspirée) font un amalgame entre le statut public d'une entreprise (ou en langage crypto-marxiste la propriété collective des moyens de production) et le contenu (et le niveau de qualité) du service public - qui est une toute autre question. J'observe également que l'opposition (et une partie de la majorité) posent essentiellement des questions qui n'ont rien à voir avec le débat : qu'il s'agisse de la libéralisation des marchés de l'énergie - qui est d'ores et déjà acquise avec l'approbation du gouvernement Jospin en son temps - ou qu'il s'agisse du niveau des prix de l'énergie pour le consommateur - qui, compte tenu de la régulation par ailleurs instaurée, est totalement indépendante du statut de GDF. Sur ce dernier point du reste, je trouve particulièrement idiot pour tout parti de gouvernement (ou rêvant de l'être) de faire croire à ses électeurs que le statut public de l'entreprise, pourrait, de façon durable, mettre à l'abri le consommateur de la tendance haussière des prix d'une matière première importée à 100 % (ou presque)... Le simple bon sens veut que, si le prix du gaz importé augmente, le prix de cette augmentation devra à un moment ou à un autre être payé par quelqu'un, quelle que soit la régulation instaurée et quel que soit le statut de l'entreprise. Il peut légitimement y avoir débat sur la personne du payeur final (consommateur ou contribuable) mais non sur l'existence de la facture.

Sur la forme surtout, je trouve consternant que le PS adopte un comportement tel qu'il ne peut que paradoxalement justifier tous les instruments par ailleurs dénoncés - souvent à juste titre - par ces mêmes "démocrates" comme contraires aux droits du parlement (qu'il s'agisse notamment du vote bloqué ou du fameux "49-3" décrit par ailleurs)... Comme souvent l'opposition se montre bien inconséquente car, quand elle reviendra au pouvoir, elle aura ainsi légitimé les pratiques d'obstruction à laquelle elle se livre aujourd'hui et qui n'avaient jusqu'à présent jamais été mises en oeuvre de façon aussi extrémiste... Au-delà des plus ou moins belles promesses sur les droits du parlement, il y a donc fort à parier que, si la gauche revient au pouvoir, elle n'ira pas remettre en cause les instruments constitutionnels (et autres) dont elle démontre ainsi le caractère indispensable. Il est vrai qu'il y a loin de la parole aux actes et que les vociférations du PS sur cette question ne l'ont pas empêché d'utiliser l'article 49-3 ... 49 fois (celà ne s'invente pas) fois sur un total de 81 depuis le début de la 5ème République... Plus fort encore, certains "experts" proche d'un candidat à la candidature socialiste viennent de rappeler à leur champion qu'il n'existe pas l'équivalent de l'article 49-3 au Sénat et, qu'en cas de retour de la gauche au pouvoir, une telle obstruction dans cette auguste assemblée pourrait totalement paralyser le gouvernement... et qu'il pourrait donc être nécessaire d'instaurer un dispositif équivalent au Sénat...

Au total, l'attitude de l'opposition vient ainsi conforter le vieux fond d'anti-parlementarisme latent chez la plupart des français. On apporte ainsi la démonstration par l'absurde que la France n'est manifestement pas mûre pour une démocratie parlementaire qui repose tout de même à la base sur l'idée que, dans les limites du droit constitutionnel... la majorité gouverne.
par Cacambo publié dans : Institutions et politique
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Lundi 4 septembre 2006

Les années passent et, contrairement à ce que l'on dit parfois, les français changent.

Bref retour en arrière. 1999 : la maladresse de Bercy pour "avouer" l'existence d'un "surplus fiscal", vite qualifié de "cagnotte", de 30 à 50 milliards de francs soulève un tollé politique. L'opposition de droite s'en empare - certains de gauche aussi - et en avril 2000, le gouvernement présente un collectif budgétaire consistant en 40 milliards de francs de réduction fiscale. Rappelons pour mémoire qu'en cette même année 2000, le déficit budgétaire était de près de 200 MdsF... Août 2006 : JF Copé annonce des "surplus fiscaux" de 3 milliards d'euros. Quasiment sans débat, il semble désormais acquis que la totalité de cette somme serait donc affectée au désendettement (il eût néanmoins été plus exact de dire "affectée à un moindre endettement" dans la mesure où la simple stabilisation de la dette nécessiterait pratiquement quatre fois le montant de ces "surplus fiscaux"...).

Mon propos n'est pas de manier une facile ironie sur les positions politiques respectivement prises en 2000 et en 2006 (petit jeu facile à droite, mais aussi à gauche - cf. les convictions exprimées par un certain M. Fabius, ministre de l'économie en 2000). Pas plus que je n'exprime ici une préférence partisane (selon le sondage ci-dessus évoqué cette nécessité de réduire la dette publique serait du reste une opinion partagée par 53 % des sympathisants de gauche). Pour autant, force est de reconnaître qu'en quelques mois, le gouvernement et son ministre de l'économie sont parvenus à ce qu'aucun de leur prédecesseur n'avait pu (ou voulu) faire avant eux : placer au centre du débat les conséquences sur le déficit - et donc sur le niveau de la dette publique et la charge de son remboursement - des dépenses budgétaires (ou des baisses de recettes telle que les réductions d'impôts). Et ce travail de pédagogie a manifestement produit son effet dans l'opinion publique, "La Tribune" de ce matin faisant ainsi état de ce que 55 % des français (soit 18 points de plus que l'année dernière) jugent "que réduire l'endettement devait être une priorité du gouvernement". Au vu de ces résultats, je reconnais ne plus sourire à l'idée de l'installation d'un nouveau "conseil pour la diffusion de la culture économique".

Je précise que je ne suis pas un obsédé de la lutte contre les déficits, pas plus que je ne suis par principe contre tout endettement. Mais il est vrai qu'au point où nous en sommes - et indépendamment de toute considération économique - le financement systématique par l'endettement de toutes les promesses (de droite comme de gauche) me semble soulever un problème démocratique largement éludé : quelle est finalement la légitimité d'un processus de décision permettant, en pratique, de n'interroger que ceux qui bénéficient de la mesure proposée (les électeurs), alors que ceux qui en supportent les conséquences sont exclus du processus de vote, soit qu'ils ne votent pas encore, soit qu'ils ne soient pas même nés... (rappelons que le Trésor français, à l'instar de ses homologues étrangers, émet désormais des titres jusqu'à 50 ans, soit deux générations...). Evidemment la manoeuvre est tentante. Le risque pris par l'actuel politique (qui, en France, a souvent déjà atteint un âge avancé...) de se voir sanctionné par le futur électeur âgé de quelques semaines est effectivement réduit. Mais il reste que le père de famille que je suis (comme d'autres) peut difficilement se satisfaire de cette situation...

Du reste, contrairement à ce que laisse entendre l'article de "La Tribune", le débat qui en résulte n'est pas à sens unique. Réduction de la dette publique ne signifie pas nécessairement réduction des dépenses... le même résultat peut être obtenu par une augmentation des recettes (donc des impôts...). En revanche, il est vrai qu'une telle prise de conscience permettrait peut-être au débat politique français de rompre avec son hémiplégie habituelle et enfin de parler tout autant du coût (en général bien réel) des politiques que de leurs bienfaits supposés. Le financement du "programme présidentiel" est après tout autant légitime dans son principe que celui de la suppression annoncée de l'impôt sur les successions... pour autant qu'on dise précisément dans un cas comme dans l'autre qui - et comment - paiera de telles dépenses, et qu'on cesse donc d'éluder le débat sur ce point.

Le parallèle vaut ce qu'il vaut, mais dans mes meilleurs moments d'optimisme, je  me rappelle que la prise de conscience collective de l'insoutenabilité de la dette publique a été le premier acte de la fameuse réforme de l'Etat canadien, laquelle reste un modèle du genre... La France saura t-elle en faire de même ?

par Cacambo publié dans : Economie
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